Children of Ruin – Adrian Tchaikovsky*****

91sR03OmTeLSuite très attendue de l’excellent roman de science-fiction Children of Time, Children of Ruin accomplit l’impensable : non seulement être à la hauteur de son aîné, mais y ajouter une page de grande richesse. Au sein de la déjà vaste production d’Adrian Tchaikovky – il a publié une vingtaine de romans aussi bien en fantasy qu’en science-fiction depuis 2008, certains excellents (Guns of the Dawn, Dogs of War), d’autres plus oubliables (The Expert System’s BrotherCage of souls)  – Children of Time est à ce jour son chef-d’œuvre. Sorti en 2015, il a été traduit et publié dans la collection Lunes d’encre chez Denoël sous le titre Dans la toile du temps. En plus d’un accueil critique unanimement positif, il a reçu le prix Arthur C. Clarke. Dans ce planet-opera qui relève de la hard-SF, c’est-à-dire une fiction scientifiquement solide, l’auteur imaginait sur une planète lointaine l’émergence accidentelle d’une civilisation d’araignées intelligentes, suite à une expérience d’évolution accélérée par un virus synthétique, le virus Rus-Califi. Cette expérience était le produit d’Avrana Kern, une scientifique animée d’une volonté inflexible mais aussi passablement dérangée, venue d’une planète Terre déchirée par des conflits incessants. Children of Ruin en est la suite directe.

Le roman est organisé en deux lignes narratives, passé et présent, qui alternent au gré des chapitres. Le passé est là pour éclairer les événements décrits dans le présent. Cette structure participe grandement au plaisir de la lecture car elle déploie les pièces d’un puzzle qui s’assemble progressivement au cours du récit. Celui-ci étant relativement complexe, la juxtaposition des chapitres passés et présents fournissent au lecteur les clés de compréhension.

Une seconde genèse

Le passé débute des années avant Children of Time, et raconte le déroulement d’une mission scientifique humaine (je me dois de le préciser) envoyée vers une planète potentiellement habitable repérée longtemps auparavant par des sondes automatiques dans le système Tess 834. Sur place, deux planètes sont découvertes : Nod et Damascus, telles que les nomment les membres de l’équipage. La première possède une surface rocheuse en grande partie émergée qui abrite de la vie, la seconde en semble dépourvue et est entièrement couverte par un océan gelé. L’équipage décide de se scinder en deux groupes, l’un sera responsable de la terraformation de Damascus, l’autre de l’étude respectueuse de la faune et de la flore de Nod. Adrian Tchaikovsky ne perd pas de temps et les choses tournent mal, très mal, dès le premier chapitre. La situation sur Terre, en proie à des conflits qui deviennent globaux, dégénère de plus en plus. Cet état de fait va avoir une conséquence dramatique sur la mission. A la tête de l’équipe de terraformation, Dsira Senkovi, disciple indiscipliné d’Avrana Kern, tente ses propres expériences d’élévation (uplifting) en manipulant le génome de… je vous laisse le plaisir de le découvrir. C’est l’occasion pour le facétieux auteur d’introduire de nouvelles bestioles qui vont fournir un contrepoint aux charmantes araignées portia de Children of Time. La civilisation qui va se développer sur Damascus sera par la suite marquée par les événements qui ont présidé à sa genèse, avec notamment la persistance de peurs ancestrales.

To boldly go where no man has gone before!

Nos araignées, nous les retrouvons dans l’arc présent, dix mille ans plus tard. Ayant capté un faible signal en apparence d’origine humaine dans le système Tess 834, le vaisseau d’exploration Voyager quitte le monde de Kern avec à son bord un équipage composé d’humains et d’araignées, et l’IA conçue sur la personnalité d’Avrana Kern. Si vous avez lu le premier livre, vous savez que, de génération en génération, les personnages araignées étaient désignés par des noms (Portia, Bianca, Viola, Fabian…). Nous retrouvons ici le gang au grand complet. L’arrivée dans la système de Tess ne se fait pas sans complications et l’accueil que réservent les Damasciens à la navette envoyée par le Voyager prudemment resté en arrière est des plus hostiles. Le contact entre les deux mondes est difficile et le défit qui se présente à eux va être celui de la compréhension mutuelle.  La thématique principale du roman est celle de la communication inter-espèces, ou Comment parler avec un Alien, pour reprendre le titre du livre de Frédéric Landragin.

Le côté hard-SF du roman et le talent de son auteur s’expriment pleinement dans la description des deux civilisations, dans la mise en valeur des caractéristiques biologiques et comportementales de deux espèces vastement différentes mais dont la genèse trouve son origine dans une expérience humaine de manipulation génétique. Tchaikovsky imagine ainsi des technologies et des vaisseaux intimement liés à la nature de ces deux espèces, ainsi que, évidemment, des modes de communication qui leur sont propres. Là va se trouver toute la difficulté pour les descendants des humains qui vont devoir tenter de surmonter cette barrière pour amener tout ce monde à pouvoir s’entendre avant de s’entre-tuer. D’autant qu’un troisième joueur va progressivement se révéler dans la partie.

We’re going on an adventure

C’est depuis la planète Nod que va surgir un danger insoupçonné à l’origine de l’hostilité des Damasciens envers les humains de la mission Voyager. A la moitié du livre le récit bascule dans un scénario entre The Thing de John Carpenter et Premier Contact de Denis Villeneuve. Alors que Children of Time se classait comme planet-opera, c’est dans l’espace que se joue Children of Ruin. L’aspect space-opera du roman s’affiche à travers les quelques batailles spatiales entre races d’aliens qui ponctuent le scénario, ou certains passages qui relèvent quasiment de la SF horrifique en huis-clos. Cette partie de l’aventure se révèle ainsi moins originale toutefois que celle consacrée à la civilisation damascienne, quand bien même elle continue à servir le propos principal qui est celui de la communication avec une forme de vie totalement différente. Contrairement à Stanislas Lem dans le roman Solaris, Adrian Tchaikovsky fait preuve d’optimisme, a confiance en la science, et résout de manière à mon avis un peu facile le drame qui se joue dans le système de l’étoile Tess 834.

En conclusion

Adrian Tchaikovsky retourne dans le monde du superbe Children of Time et propose une hard-SF très divertissante avec ce nouveau roman.  Il ajoute à la richesse de son univers en le portant cette fois-ci sous la forme d’un space-opera qu’on pourrait voir comme un Star Trek mâtiné d’un soupçon d’horreur à la The Thing. Le résultat est un roman passionnant dans lequel la thématique de la communication entre espèces de natures très différentes occupe la place centrale. Si vraiment je voulais lui trouver un défaut, je lui reprocherais toutefois une place encore trop importante laissée aux humains. Le roman aurait été encore plus intéressant si ces derniers n’avaient été plus qu’un souvenir.


D’autres avis de lecteurs : Apophis (qui prend soin de ne pas révéler la nature des charmantes bestioles),  Anudar (qui lui balance), Gromovar (qui balance en prévenant qu’il va balancer)


Titre : Children of ruin
Série : The Children of Time (2/…)
Auteur : Adrian Tchaikovsky
Éditeur : Tor (14 mai 2019)
Langue : anglais
Nombre de pages : 576
Support : papier et ebook



Catégories :Chefs-d'oeuvre, Cycles, Romans

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18 réponses

  1. Je n’en suis qu’à 37%, mais pour l’instant je suis du même avis que toi, cette suite est supérieure au tome 1 (ce qui n’est pas un mince exploit tant celui-ci était une baffe force 10). Et en effet l’aspect puzzle entre les deux lignes narratives / temporelles est à la fois bien fait et passionnant. Critique à suivre jeudi, pour ma part.

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  2. Il m’en reste à lire 16%. On s’émerveille, on tremble, on sourit devant les références aux textes de l’Âge d’Or. C’est excellent.

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  3. Ça me décide définitivement à me lancer dans le tome 1.
    Par contre, j’imagine qu’on va perdre la résonance des titres en VF, c’est triste.

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    • Il va falloir qu’ils se creusent un peu la tête pour suivre le premier titre. « Dans la toile du temps », ça collait à peu près à l’histoire mais « Dans les ruines du temps » n’aurait plus aucun rapport avec le roman. Et tant qu’à faire, une plus jolie couverture aussi.

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  4. Et voilà, ma chronique est écrite, publication prévue à 19 h ! Mon impression à 84 % est confirmée.

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  5. bon, j’essuie la bave qui a dégouliné sur mon clavier devant cette superbe critique.
    J’avais décidé d’attendre la publication chez Denoël, mais la tentation est forte de faire fi de cette résolution, surtout que tu nous dis qu’il est supérieur au premier tome que j’avais adoré.

    Merci de cette belle et sublime tentation.

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Rétroliens

  1. Children of ruin – Adrian Tchaikovsky | Le culte d'Apophis
  2. Walking to Aldebaran – Adrian Tchaikovsky – L'épaule d'Orion – blog de SF
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