Walking to Aldebaran – Adrian Tchaikovsky

aldebaranAdrian Tchaikovsky est dans une année faste. Deux mois après la sortie d’un Cage of Souls de fin du monde et deux semaines après le magistral Children of Ruin, il revient avec le roman court, presque une novella, Walking to Aldebaran. Ce dernier n’a pas pour ambition, ou prétention, d’aller chercher les sommets de la série Children. Ce texte est plutôt un hommage à la science-fiction du XXième siècle : les pulps, le space-opéra des années 50 à 70, les classiques comme Rendez-vous avec Rama d’Arthur C. Clarke, ainsi que des œuvres plus récentes de Peter F. Hamilton (Le commonwealth), Greg Bear (Eon) encore Ryk E. Spoor (Grand Central Arena), la SF horrifique des années 80,  le cinéma, les séries TV, etc. Walking to Aldebaran est un fan art regorgeant de références parfois directement citées, parfois plus subtilement évoquées. Je n’irai pas dans le détail des références les plus évidentes car leur évocation seule dessinerait les contours du livre d’Adrian Tchaikovsky et en révélerait éventuellement même les twists.

Big Dumb Object

Il y avait un truc étrange dans la ceinture de Kuiper, là où la neuvième planète était censée se trouver, si l’on en croit la mécanique newtonienne. La sonde Kaveney est partie voir. Ce qu’elle trouve sur place est un Big Dumb Object (le terme est utilisé avec humour dans le roman). De nature à l’évidence artificielle, l’artefact révèle une signature gravitationnelle incompréhensible et, vu de plus près, une structure fractale. Il est surnommé Frog God,  pour sa ressemblance avec le visage d’un grenouille. Mais c’est toujours la même face qu’il présente à l’observateur, ou c’est ce qu’il semble tout du moins, quelque soit la position de ce dernier en orbite autour. L’artefact se joue des lois physiques. La décision d’y envoyer une mission habitée est prise lorsqu’émerge la théorie qu’il s’agit non pas d’un simple objet en orbite lointaine autour du soleil mais d’un portail (on peut voir des étoiles à travers certaines ouvertures) vers d’autres univers ou d’autres galaxies. Une mission internationale de 29 personnes est envoyée vers Frog God à bord du Quixote. Gary Rendell est fait partie. Gary Rendell est astronaute. C’est ce qu’il voulait être lorsqu’il avait huit ans. Mais il ne savait alors pas ce que cela impliquerait. Le voyage va durer plusieurs années.

« I thought I was lucky when I made the grade. So lucky.
So.
So.
Lucky. »

Cast away

Rendell est le narrateur du livre. Il raconte son aventure avec humour, l’humour cynique d’un homme dans une situation désespérée et seul. Tellement seul qu’il s’adresse au lecteur en lui donnant un nom, Toto, comme le chien de Dorothy dans le magicien d’Oz. Ce compagnon imaginaire rappelle évidemment beaucoup le Wilson de Tom Hanks dans le film Cast Away, celui auquel le narrateur se confie et demande de ne pas le juger. Rendell se retrouve dans la position d’un nouveau Robinson Crusoé perdu dans l’espace parce que la mission a connu un développement dramatique. La narration de Rendell se fait par chapitres alternés, au présent et au passé. Les chapitres passés nous expliquent comment Rendell s’est retrouvé dans cette situation. Notez qu’Adrian Tchaikovsky a utilisé le même procédé d’écriture dans Children of Ruin. On découvre ainsi que les choses ont tourné horriblement mal pour l’équipe d’astronautes qui a investi l’une des ouvertures du Frog God. Rendell a été séparé de son équipe et erre dans les tunnels de l’artefact, qu’il appelle des cryptes, depuis maintenant des semaines, des mois, voire des années, il ne sait plus trop. Il n’est toutefois pas seul et rencontre les représentants d’espèces extra-terrestres morts ou vivants, hostiles ou amicaux. Ces rencontres sont brèves et aucune communication n’est vraiment possible.

In space no one can hear you scream

Une rencontre à la moitié du livre est l’occasion pour Adrian Tchaikovsky de nous faire comprendre qu’il y a un twist à tout cela. L’auteur va prendre le temps de le construire patiemment, sachant que vous sachez, mais qu’il va tout de même tenter de vous surprendre. Ce que vous ne savez pas, c’est quelle est la profondeur du terrier du lapin. Le roman prend alors un tour définitivement horrifique, toujours sous la forme d’ hommages aux grands récits du genre. L’humour devient très sombre, sur le mode « Il allait bien avant de mourir ». Etant friand de ce type d’humour, je peux vous dire que j’ai énormément rit à la lecture de ce roman. Tchaikovsky se lâche et c’est un régal.

« And we set off again, a testament to the indefatigability of human dumbassery […] going deeper and deeper into terra incognita because we’d rather play chicken with the universe than look yellow. »

Rendell est piégé dans le labyrinthe du minotaure et il doit survivre. Ça va saigner, hein Toto ?

En conclusion

A travers une production vaste et éclectique Adrian Tchaikovsky a montré qu’il était capable d’écrire de bons, voire très bons, voire excellents, romans dans les différents sous-genres de l’imaginaire, de la fantasy à la hard-SF. Avec Walking to Aldebaran, il propose un combo d’hommages, d’humour, et de SF horrifique. Sans être le roman de l’année, et sous cette forme relativement courte, ça fonctionne très bien. C’est référencé, c’est horrible et c’est drôle. A lire sans hésitation.


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Titre : Walking to Aldebaran
Auteur : Adrian Tchaikovsky
Éditeur : Solaris (28 mai 2019)
Langue : anglais
Nombre de pages : 140
Support : papier et ebook



Catégories :Romans

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9 réponses

  1. J’ai déjà contacté ma sœur qui est à la CGT. On prépare les pancartes « TCHAIKOVSKY EN UNE HEURE-LUMIERE ! », les mégaphones, et on charge les coordonnées de Saint-Mammès dans le GPS. Tu viens avec nous ?

    Aimé par 3 personnes

  2. Ok! je prends! 😉

    Mais j’avoue que le côté horrifique me glace un peu. Je suis un lutin sensible, moi…. Pas une galaxie froide et détachée…

    Aimé par 1 personne

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