L'épaule d'Orion

Bilan 2019 – Une sélection de livres de SF

Alors que s’égrainent les dernières heures de 2019, prenons quelques instants pour chanter la gloire de notre seigneur Cthu… faire le bilan de ces merveilleuses lectures qui nous ont accompagné cette année, des frimats aux canicules. Voici donc ma sélection de livres sortis cette année, lus, aimés et recommandés. Il s’agit d’une liste, resserrée à l’extrême, des livres qui m’ont marqué parce qu’ils sont sublimes ou parce qu’ils présentent un intérêt singulier qui les distingue d’autres, parfois plus réussis mais aussi plus classiques.


Chez Le Bélial’

L’année dernière Albin Michel Imaginaire avait fait forte impression pour son lancement avec des livres qui déboîtaient. Cette année, c’est Le Bélial’ qui casse la baraque en sortant tranquillement les trois meilleurs bouquins de l’année.

Diaspora – Greg Egan

« Diaspora est un chef-d’oeuvre de la science-fiction en version hard, un livre qui porte très loin le regard. Préparez-vous à voir grand. »


Trop semblable à l’éclair – Ada Palmer

« Ce roman a tout du chef-d’oeuvre, mais ce premier tome ne constitue que la moitié de l’histoire. C’est une mise en place qui ne trouve aucun dénouement propre. Tout va se jouer dans la suite, Sept redditions. Il est fort possible que nous tenions là une oeuvre majeure de la SF moderne. »


Jardins de poussière – Ken Liu

« Ken Liu est un géant. Dans Jardins de poussière il fait œuvre de science-fiction. Il interroge le présent à la lumière du passé et porte un regard critique sur l’avenir. Il y entrevoit des solutions, refuse les banalités et la facilité mais interroge encore et encore, dévoilant les failles et les dangers.  Il confronte l’humain à sa nature profonde, le ramène à sa dimension, le tabasse puis lui montre les étoiles et la poésie du monde. Du grand art. »


Chez Albin Michel Imaginaire

Terminus – Tom Sweterlitsch

« En réussissant à renouveler le thème, Tom Sweterlitsch produit un roman à l’efficacité redoutable supporté par des personnages principaux et secondaires des plus intéressants.  Les conséquences du voyage dans le temps et des futurs potentiels aussi bien sur les événements que sur les personnages sont admirablement explorées. Le caractère multidimensionnel de l’enquête est particulièrement bien construit et se joue de la chronologie pour nous plonger dans un scénario non linéaire enivrant. »

Semiosis – Sue Burke

J’ai hésité entre Une cosmologie de monstres de Shaun Hamill, qui est très réussi, et Sémiosis de Sue Burke qui l’est moins. Remarquablement, ce sont deux premiers romans. Mais Sémiosis a fini par emporter mon choix car je trouve que c’est une très bonne porte d’entrée dans des thématiques chères à la SF.

« Certes, pour le lecteur aguerri de science-fiction, ce premier roman manquera d’ambition et d’un soupçon de sense of wonder. Mais si un ami, un parent, un jour vous demande de quoi parle la science-fiction, vous pourrez toujours lui tendre Semiosis et lui dire : ça parle de ça. »


Chez Mnémos

Chroniques du Pays des Mères – Elizabeth Vonarburg

D’accord, il s’agit d’une réédition, mais ce fut pour moi l’occasion d’une grande découverte.

« Chroniques du Pays des Mères d’Élisabeth Vonarburg est un roman magnifique à tous points de vue. C’est un chef-d’œuvre de subtilité et d’intelligence. »


Chez l’Atalante

Vita Nostra – Marina et Sergueï Diatchenko

« Sous la forme d’un roman d’apprentissage empruntant au fantastique, Vita Nostra est une analyse profonde et symbolique de la métamorphose qui s’opère lors du passage à l’âge adulte. Sombre, angoissant, et audacieux, Vita Nostra demande à son lecteur efforts et assiduité. C’est une réussite magistrale, un grand roman, une œuvre surprenante. »


Chez Bragelonne

Aurora – Kim Stanley Robinson

« Aurora est passionnant. Les nombreuses thématiques abordées sont exploitées en profondeur et reposent sur une argumentation scientifique très solide.  On y retrouve des questions communes avec la Trilogie de Mars qui a rendu son auteur célèbre. Pourtant, Aurora en prend le contre-pied. L’auteur se montre volontiers pessimiste, que ce soit sur l’homme ou la possibilité de l’expansion de l’humanité au-delà de la surface terrestre.  C’est un roman dense, bourré d’idées remarquables. « 


Chez 1115

Céder la place – Emmanuel Quentin

Les éditions 1115 nous ont proposé cette année plusieurs textes courts de très bonne qualité. Au moment du choix, j’ai préféré mettre en avant le texte d’Emmanuel Quentin pour la précision de son scénario.

« Céder la place fonctionne comme un épisode de La Quatrième Dimension. A partir d’une mise en scène que notre imaginaire collectif associe d’entrée à une situation angoissante, la thématique glisse dans des directions inattendues jusqu’à aller déchirer le rideau de la normalité pour nous proposer une peur venue d’ailleurs. « 


Chez Sonatine

Les Sept morts d’Evelyn Hardcastle – Stuart Turton

« Avec ce premier roman, Stuart Turton signe un polar a la construction tout à fait extraordinaire, jouant avec bonheur de la boucle temporelle, et donne au lecteur les joies d’une lecture ludique et gratifiante. Ajoutons à cela que c’est un livre formidablement bien écrit. »


Aux Forges de Vulcain

L’incivilité des fantômes – Rivers Solomon

« L’incivilité des fantômes est un roman singulier, qui va titiller dans les plaies et gratter là où ça pique. Sans jamais verser dans le pamphlet abrupt, il n’en est pas moins ouvertement militant pour une simple cause, celle du droit à la différence, en y confrontant la pire des oppressions que les sociétés humaines ont pu créer. Rivers Solomon est une voix qui, malgré ses fautes de grammaire romanesque, est des plus intéressantes à écouter. « 


Autopublié

Ellipses – Audrey Pleynet

« Ellipses est pour moi une grande réussite qui mêle des textes parfois simples mais efficaces et beaux à d’autres qui sont plus cruels, et qui s’offre le luxe de varier les univers et les thématiques. Audrey Pleynet montre qu’elle maîtrise l’art de la nouvelle et propose avec Ellipses un recueil dont la lecture est très plaisante. »


Et en VO


Children of Ruin – Adrian Tchaikovsky

« Adrian Tchaikovsky retourne dans le monde du superbe Children of Time et propose une hard-SF très divertissante avec ce nouveau roman.  Il ajoute à la richesse de son univers en le portant cette fois-ci sous la forme d’un space-opera qu’on pourrait voir comme un Star Trek mâtiné d’un soupçon d’horreur à la The Thing. Le résultat est un roman passionnant dans lequel la thématique de la communication entre espèces de natures très différentes occupe la place centrale. »

Exhalation – Ted Chiang

« Ted Chiang est l’un des grands nouvellistes de science fiction de notre époque. »

Wounds– Nathan Ballingrud

« Sa peinture des enfers reprenant les codes de l’iconographie médiévale où l’étrange et l’angoisse surgissent d’une corruption des formes humaines et animales (trop de membres, trop de dents), présente une folie baroque très évocatrice. L’unité thématique du recueil construit le récit au-delà de la nouvelle et participe à créer un univers extrêmement sombre pour dire une humanité plus corrompue encore que les créatures infernales qui habitent ces nouvelles. « 


Pour accéder à mon classement 2018, c’est ici.