Terminus – Tom Sweterlitsch

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Lorsque Tom Sweterlitsch a publié son deuxième roman The Gone World le 6 février 2018 depuis la ville américaine de Pittsburg, il était sans doute loin d’imaginer que celui-ci provoquerait des oscillations de l’espace-temps suffisamment importantes pour matérialiser sa traduction sous le titre Terminus, à Paris en France, un an plus tard. Et pourtant, c’est le 24 Avril 2019 que les éditions Albin Michel Imaginaire publièrent publient publieront ce brillant thriller de science-fiction qui mêle très habilement voyage temporel et enquête policière. Happé par ce tour de force tant sur le plan scénaristique que par son excellence en terme d’écriture, je le lisais en quelques heures, deux jours avant sa sortie en librairie. Plus encore, je devinais dès la phrase d’ouverture qu’il figurerait dans ma sélection des meilleurs livres de science-fiction de l’année 2019, dans l’article qui fut sera publié sur ce blog le 30 décembre 2019 dans un des futurs possibles de notre univers. Dans un autre futur, ou le même peut-être, le livre est adapté au cinéma par Neill Blomkamp (District 9, Chappie) pour Fox.

« Elle verrait des choses que son esprit n’assimilerait pas, on l’en avait avertie. »

2199 – Prologue

Dans une région qui fut naguère le Virginie-Occidentale, Shannon Moss traverse en combinaison spatiale une forêt morte plongée dans un hiver éternel – décor digne de l’Enfer de Dante – où flottent les corps crucifiés. Ce à quoi elle assiste est la fin du monde, le Terminus. C’est la fin de tout et le début proprement hallucinant du roman.

1997 – Présent

Depuis la fin des années 70, le Naval Space Command (NCS) a développé le programme ultra-secret Espace Profond de voyage dans l’espace profond et le temps profond. Ce programme utilise le voyage spatial, à partir d’une base construite sur la face cachée de la Lune à la fois pour des raisons de discrétion et des raisons de sécurité qui deviendront évidentes à la lecture du roman, pour explorer le temps, ou plus précisément l’avenir. Car le passé est déterminé, et seul le présent constitue une terre ferme à laquelle il est possible de revenir s’amarrer lorsqu’on navigue l’océan des probabilités futures. Ainsi lorsque le NCS parcourt le temps, il ne fait que parcourir l’horizon des possibles, l’infinie complexité des probables et de l’inadmissible. Chaque voyage projette le voyageur dans l’un de ces futurs, jamais deux fois le même. Rapidement pourtant, il a fallu se rendre compte que tous les futurs convergent vers le Terminus, la fin de tout. Plus dérangeant, le Terminus fut pour la première fois identifié en 2666 mais se rapproche temporellement du présent à chaque nouveau voyage. A chaque fois un second soleil pâle, un trou blanc, apparaît dans le ciel et engendre l’apocalypse. D’abord en 2666, puis 2199 dans le prologue, puis… De manière inéluctable, il se rapproche du présent de 1997.

Tom Sweterlitsch ne s’étend pas sur la technologie qui permet le voyage spatio-temporel, tout juste parle-t-il de « générateur de macrochamps de mousse quantique Brandt-Lomonaco ». La méthodologie est en fait inspirée d’un article de Michael S. Morris, Kip S. Thorne et Ulvi Yurtsever publié dans la célèbre revue de physique Physical Review Letters (pp. 1446-1449, Vol. 61, 1988) intitulé « Wormholes, Times Machines, and the Weak Engery Condition ». Si le cœur vous en dit, vous pouvez le lire en suivant ce lien. L’idée, permise dans la théorie quantique des champs, est que si l’on dispose d’une technologie suffisamment avancée pour le faire, il est théoriquement possible d’extraire un trou de ver de la mousse quantique, ces fluctuations de l’espace-temps à l’échelle de Planck (10-35 m) selon le concept inventé par John Wheeler en 1955. Il suffirait alors de l’élargir à une taille classique et le maintenir pour pouvoir le traverser. Les auteurs de l’article vont plus loin et proposent que, suivant certaines conditions d’énergie, il serait possible d’utiliser ce trou de ver pour voyager dans le temps. Faut-il encore disposer de la technologie. Tom Sweterlitsch répond à cet impératif en décrétant que la dite technologie vient du futur, solution bancale qui pose la question du premier voyage, mais on fermera les yeux sur ce détail pour mieux apprécier le roman.

Shannon Moss est agent spécial du Naval Criminal Investigative Service (NCIS). Elle a fait partie du programme Espace Profond. Elle a même perdu une jambe dans l’incident Terminus de 2199. Devenue experte des questions qui entourent le programme, elle est depuis devenue enquêteuse. Un meurtre a été commis  : la famille Mursult a été en partie massacrée dans des conditions atroces. L’ainée, Mirian Mursult, a disparu. Le principal suspect est le père, Patrick Mursult, quartier maître deuxième classe de L’US Navy, 48 ans. Problème, il a officiellement disparu au combat en 1986. Second problème, il a officieusement fait partie du programme Espace Profond et c’est à bord du vaisseau le Balance qu’il a disparu. C’est là que Shannon Moss intervient dans l’enquête.

2015 – le futur

Rapidement l’enquête de Shannon se heurte à un mur. Vu l’enjeu pour la sécurité nationale, elle va devoir se rendre 19 ans dans le futur, en 2015, pour tenter de retrouver des preuves. L’idée n’est pas simplement de se rendre dans l’avenir après la résolution de l’affaire, car il faut se souvenir que les futurs accessibles ne sont que des possibilités. Le roman repose sur l’idée bien plus subtile que tous ces futurs possibles sont liés au présent par les même relations de causalité et qu’une exploration de plusieurs possibilités peut permettre de déduire les causes. Tom Sweterlitsch développe alors un scénario très complexe dans lequel il distille soigneusement les indices entre le présent et les différents futurs que Shannon sera amenée à visiter pour, à chaque fois, ramener des révélations de plus en plus inquiétantes sur les liens entre la disparition du Balance et le Terminus qui ne cesse de se rapprocher de 1997. L’enquête prend la forme d’une  spirale temporelle entre le futur et le présent, se refermant de plus en plus avec, en son centre, la fin du monde, jusqu’à un final épique et un épilogue qui redistribue les cartes.

En conclusion

Je le disais en chroniquant récemment le très dispensable Permafrost d’Alastair Reynolds, plus de mille livres de science-fiction ont pour thème central le voyage dans le temps. Il est donc difficile d’innover. Tom Sweterlitsch réussit là où Reynolds échoue. En réussissant à renouveler le thème, Tom Sweterlitsch produit un roman à l’efficacité redoutable supporté par des personnages principaux et secondaires des plus intéressants.  Les conséquences du voyage dans le temps et des futurs potentiels aussi bien sur les événements que sur les personnages sont admirablement explorées. Le caractère multidimensionnel de l’enquête est particulièrement bien construit et se joue de la chronologie pour nous plonger dans un scénario non linéaire enivrant. Quand bien même on devine dès le début certaines destinations, le voyage forme un excellent thriller science-fictif. Tout n’y est pas parfait, et il reste ici ou là des petites incohérences qui m’auraient fâché dans un autre roman. Mais Terminus a des qualités qui font vite oublier ces petits écarts à la logique. Véritable page turner de haute volée, il ne m’aura fallu que quelques heures pour en absorber les 400 pages.


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Titre : Terminus
Auteur : Tom Sweterlitsch
Editeur : Albin Michel Imaginaire (24 Avril 2019)
Traduction : Michel Pagel
Nombre de pages : 448
Support : papier et ebook



Catégories :Romans

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15 réponses

  1. Très addictif ce roman… beaucoup de mal à le lâcher.

    Aimé par 1 personne

  2. Superbe roman. J’en suis encore toute chamboulée et il est difficile de trouver une lecture aussi palpitante à sa suite…. Dommage, je me serai bien lu (et non relu) Anatèm…

    Merci pour ces précisions quant aux trous de ver quantique.

    Aimé par 1 personne

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