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Le Cycle d’Andrea Cort [3/4] : La Troisième Griffe de Dieu – Adam-Troy Castro

Optimiste, j’annonçais à l’occasion de la première chronique qui lui a été consacrée sur l’épaule d’Orion que le cycle d’Andrea Cort d’Adam-Troy Castro devrait, si tout se passe bien – c’est à dire, si les livres se vendent – comporter quatre instances. La première fut consacrée aux quatre nouvelles publiées en janvier 2021 chez Albin Michel Imaginaire dans un volume les regroupant avec le roman Émissaires des Morts. La deuxième fut consacrée au roman lui-même. Cette troisième chronique est consacrée au second volume publié chez AMI en juin 2021 sous le titre La troisième griffe de Dieu : Andrea Cort – Tome 2. Il contient le roman éponyme ainsi qu’une novella de 70 pages, Un coup de poignard. Le troisième et ultime roman de la saga a été publié aux US en 2010 sous le titre War of the Marionettes. Comme je le disais, nous le verrons traduit en français uniquement si le succès commercial des deux premiers volumes le permet. Les romans qui constituent le cycle sont indépendants les uns des autres, bien qu’ils se suivent, et se suffisent à eux-mêmes. La perspective de ne pas voir un jour le troisième publié ne devrait donc pas arrêter le lecteur dans son envie de faire connaissance avec Andrea Cort ni entacher son plaisir à suivre ses aventures. Il est de toute façon trop tôt pour faire les comptes, et je reste optimiste.

La Troisième Griffe de Dieu fait suite à Émissaires des Morts et se déroule un an après des faits que l’auteur prend soin de rappeler dans le premier chapitre du livre. Le plaisir de lecture du cycle repose en très grande partie sur le caractère particulier de son héroïne, Andrea Cort, son histoire et son évolution au cours des péripéties qu’elle traverse. Il est donc fortement recommandé au lecteur d’avoir lu les nouvelles et le premier roman avant de se plonger dans celui-ci. Non pas qu’il lui serait incompréhensible, mais il lui manquerait la construction du personnage.

Pour plus de détails sur l’univers du livre, je vous invite à vous reporter à ma première chronique du cycle. Brièvement, l’action se situe dans un futur lointain où l’humanité a essaimé à travers l’espace et rencontré différentes espèces extraterrestres sentientes. L’humanité, quoi que divisée, se regroupe principalement sous la bannière de la Confédération Homo-sapiens. Andrea Cort est représentante du Procureur Général du Corps Diplomatique de la Confédération Homsap. Enquêtrice, elle a en charge l’arbitrage de conflits juridiques entre cultures humaines et extraterrestres. Pour des raisons que je ne révélerai pas, sa situation a beaucoup évolué à la fin du premier roman et elle a gagné une totale indépendance vis-à-vis de la hiérarchie du Corps Diplomatique. En d’autres termes, elle fait ce qu’elle veut, et choisit ses missions sans plus avoir à rendre de compte. Cela la conduit dans La Troisième Griffe de Dieu à accepter l’invitation de la famille Bettelhine à les rejoindre sur leur monde de Xana. Véritable dynastie industrielle, richissime et politiquement très puissante au sein de la galaxie, cette dernière s’est spécialisée dans la conception et le commerce d’armes de haute technologie dont certaines sont à même d’anéantir des planètes entières. Alors qu’elle se trouve à bord de l’ascenseur spatial qui l’amène à la surface de la planète, en compagnie de trois membres éminents de la famille Bettelhine et de quelques autres personnes de leur entourage, l’ascenseur s’arrête brutalement et un crime est commis au moyen d’une arme très ancienne, 16000 ans, produite par une civilisation depuis disparue.

Andrea Cort se verra dans l’obligation de résoudre ce crime en chambre close en interrogeant chacun des passagers et en confrontant leurs récits. Elle y parviendra grâce à sa perspicacité et avec l’aide précieuse de l’étrange binôme formé par les Porrinyard qui l’accompagnent désormais en tant qu’assistants, gardes du corps, amis et amants.

La forme est classique et évoque, comme d’autres l’ont déjà noté avant moi, très directement Le crime de l’Orient-Express d’Agatha Christie. Adam-Troy Castro a simplement remplacé le train par un ascenseur spatial. Je distingue dans mes lectures les romans dans lesquels la science-fiction n’est qu’une esthétique, un décor qui sert de toile à une histoire qui autrement pourrait se passer à n’importe quelle époque, ce qui n’a aucun intérêt de mon point de vue, et les romans dans lesquels la science-fiction constitue le propos, ceux que mes penchants intellectuels m’amènent à préférer aux premiers. Pendant la première moitié de ma lecture de La Troisième Griffe de Dieu je me suis interrogé sur ce qui constituait le propos science-fictif du roman. Dans Émissaires des Morts et les nouvelles qui l’accompagnent, Adam-Troy Castro jouait la carte de l’altérité et confrontait son héroïne et ses lecteurs à des cultures extraterrestres pour mieux explorer différents systèmes judiciaires, comme autant de variations sur le thème de crime et du châtiment. L’approche est différente dans La Troisième Griffe de Dieu puisque, à une brève exception près, tous les protagonistes sont humains et l’histoire se déroule dans une culture très semblable à la nôtre aujourd’hui.

J’ai été rassuré dans la seconde moitié par le fond alors que les thématiques se dévoilent. Adam-Troy Castro se saisit d’une question actuelle, celle de l’aliénation des individus produite par les grandes entreprises capitalistiques en position de domination, et l’extrapole dans un avenir où la technologie permettrait d’aller une étape plus loin. Prenons l’exemple des GAFAM, toujours pratique mais le principe s’applique à beaucoup d’autres. Ces entreprises construisent et exigent de la part de leurs employés une loyauté sans faille qui va bien au-delà des simples accords de non-divulgation et de non concurrence. En présentant cela comme des avantages sociaux, certaines entreprises proposent à leurs employés des campus sur lesquels ils trouvent restaurants, salles de sport, crèches pour les enfants et commerces, transports, etc. Le confort et le bonheur au prix d’une dépendance totale à l’entreprise. Derrière l’enquête d’Andrea Cort, Adam-Troy Castro extrapole autour de cette idée et en la retournant contre le système qui l’a produite pose une simple question, qui reviendra sous différentes formes au cours du roman et sera posée à différents personnages : la fin justifie-t-elle les moyens ?

Il y a des choses que je n’apprécie pas dans l’écriture d’Adam-Troy Castro. Notamment sa tendance à se répéter. Vous retrouverez ainsi 10 fois telle caractérisation de l’héroïne, ou tel détail sur son passé, à l’identique, comme s’il écrivait pour un lectorat dont la capacité de concentration ne dépasse pas 5 pages (ce qui est peut-être le lectorat qu’il vise, par ailleurs). Je trouve ça très pénible. Il a aussi tendance à trop vouloir expliquer, à trop préparer ses coups, ce qui fait que les révélations arrivent toujours tard par rapport à la compréhension du lecteur et ratent l’effet de surprise. Mais malgré ces critiques, il me faut reconnaitre le plaisir que j’ai eu à lire ce roman. L’enquête d’Andrea Cort est finement construite. Sur le principe du fusil de Tchekhov, chaque détail compte et vient s’assembler pour former le plus vaste puzzle d’une toile de fond aux dimensions croissantes alors que l’enquête avance. Les thématiques sous-jacentes sont justement amenées et illustrées pour apporter une substance philosophique et sociale à ce polar spatial. Tout ceci fait de La Troisième Griffe de Dieu un roman de science-fiction prenant qui se dévore en deux jours.

Un mot sur la novella Un Coup de Poignard. Son seul véritable intérêt est de changer le point de vue, et de présenter Andrea Cort et les Porrinyard par un regard extérieur. C’est instructif, sans être forcément très passionnant.


D’autres avis : Apophis, Gromovar, Yuyine, le nocher des livres, le chien critique, les lectures de xapur, Fourbis et têtologie, Au pays des Cave trolls, Yozone, Soleil vert, Yossarian, le Maki, Chut Maman lit, la Geekosophe,


  • Titre : La troisième griffe de Dieu : Andrea Cort – Tome 2
  • Série : Andrea Cort
  • Auteur : Adam-Troy Castro
  • Publication : Albin Michel Imaginaire, 2 juin 2021
  • Traduction : Benoît Domis
  • Nombre de pages : 451
  • Format : papier et numérique

8 réflexions au sujet de “Le Cycle d’Andrea Cort [3/4] : La Troisième Griffe de Dieu – Adam-Troy Castro”

  1. Ne reste plus qu’à espérer que les ventes soient au rendez vous pour voir l’ultime tome débarquer en France.

    Je n’avais pas vu les redondances… dois je en conclure que ma concentration ne dépasse pas 5 pages ! lol (je comprends dès lors mes difficultés à assimiler l’univers d’Ada Palmer : Terra Ignota 😉 )

    Aimé par 1 personne

  2. On croise les doigts pour le troisième volet. C’est tellement frustrant de voir que ces romans, sans conteste excellents, ne trouvent pas leur public. J’ai trouvé ce second volume tout aussi bon que le premier, appréciant les évolutions des personnages toit comme le fin mélange entre sujets de société et trame de polar spatial.

    Aimé par 1 personne

    1. D’autant qu’on pourrait vraiment s’attendre à ce que ce mélange de polar et de SF ouvre un peu plus le lectorat. Notamment celui-ci qui est moins SF pur en fait. C’est difficile vraiment de voir ce qui va plaire ou pas en SF.

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