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Far from the Light of Heaven – Tade Thompson

Tade Thompson est un auteur britannique dont la renommée en France fut acquise grâce à la publication de la trilogie de science-fiction Rosewater chez J’ai Lu dans la collection Nouveaux Millénaires et la série horrifique Molly Southbourne chez Le Bélial’ dans la collection Une Heure-Lumière. Son palmarès a de quoi impressionner. Rosewater a remporté le Nommo award (2017) ainsi que le prix Arthur C. Clarke (2019). Chez nous, il a décroché les prix Julia-Verlanger  (2019) et Grand prix de l’imaginaire (2020) pour Les Meurtres de Molly Southbourne, ainsi que le prix Utopiales pour Rosewater. Fin octobre, il a publié un nouveau roman, indépendant,  Far from the Light of Heaven. Sachez qu’il est en cours de traduction et sera disponible sous le titre Loin de la lumière des cieux chez J’ai Lu au mois de mars 2022. Je n’ai pas lu la série Rosewater, cela viendra. J’ai lu et beaucoup apprécié la série Molly Southbourne. Celle-ci était, à mon avis, particulièrement réussie en raison de la totale maîtrise du sujet par l’auteur. Il faut préciser que Tade Thompson est psychologue clinicien et son approche de l’expérience traumatique de la vie est profondément ancrée dans son expérience professionnelle.

Lecteur à la finesse d’esprit irréprochable, on ne te la fait pas et tu commences à te douter que, si je fais cette longue introduction sur les talents et les mérites de l’auteur, c’est qu’une ombre ne va pas tarder à se profiler dans ce tableau autrement immaculé. Appelons cette ombre Far from the Light of Heaven.

Le futur est lointain et l’espace est grand. L’humanité s’est répandue à travers la galaxie et a essaimé ses enfants loin de la Terre à bord de stations spatiales permanentes grandes comme des villes entières et des colonies planétaires. Cela a été rendu possible grâce à une technologie de portails, des ponts Einstein-Rosen nous dit l’auteur,  qui permettent de parcourir de longues distances en peu de temps. Les voyages spatiaux restent lent et peuvent prendre des dizaines d’années pendant lesquels les passagers sont placés en stase alors que les vaisseaux traversent l’espace et les portails de proche en loin. Michelle Campion, surnommée « Shell », est une rookie. Fraîchement sortie de sa formation d’astronaute sur Terre, et plutôt que de se lancer dans une longue carrière à la NASA, elle accepte la proposition de la compagnie privée MaxGalactix d’effectuer son premier voyage commercial dans l’espace profond en tant que copilote d’une nef, le Ragtime, transportant un millier de colons vers la Bloodroot. La loi prévoit en effet que, bien que les vaisseaux soient entièrement pilotés par des IA compétentes, la présence d’un humain est obligatoire. Au cas où. Shell s’embarque ainsi pour un voyage de 20 ans aller-retour. Évidemment, tout ne se passe pas comme prévu et à son réveil en orbite autour de Bloodroot, Shell découvre que l’IA du vaisseau est en vrac et qu’une trentaine de passager ont été assassinés pendant leur sommeil, et leurs corps retrouvés en pièces détachées. Informé par Shell, la colonie de Bloodroot envoie à bord un enquêteur, Fin,  accompagné de son androïde, ici nommé Artificiel, Salvo. C’est le début d’une enquête pour résoudre ce crime en chambre close.

Jusqu’ici tout va bien, Tade Thompson nous propose un polar dans un contexte de space opera, de quoi faire se pâmer tout fan de science-fiction, sauf que tout va mal. Les raisons pour lesquelles tout va mal sont multiples, et certaines trouvent écho  dans la postface déconcertante que l’auteur ajoute en fin d’ouvrage. Bien qu’il prévienne qu’un texte doit exister par lui-même et ne devrait pas nécessiter d’explication, il éprouve le besoin de le faire en ce qui concerne ce roman. Tout d’abord, il prend soin de dire au lecteur que son roman n’est pas un space opera, qu’il n’a que faire des tropes de la science-fiction et que, par ailleurs, il n’a pas jugé utile de lire d’autres space opera pour écrire son roman. Simple lecteur, je m’incline devant les intentions de l’auteur et le geste de l’écrivain, il fait bien ce qu’il veut.  Après tout, Rich Larson dit qu’il ne lit pas de science-fiction et, contre toute attente, il produit ce qui est à mon sens la SF la plus avancée du moment. Je le soupçonne d’essayer de nous enfumer en prétendant cela. Seulement voilà, il se  trouve que le roman de Tade Thompson est un space opera, sous quelque angle qu’on le regarde. Que les tropes dont il n’a que faire, il les utilise en masse, malgré lui semble-t-il. L’auteur a préféré donner à son roman des bases réalistes en s’inspirant des comptes rendus de la mission Apollo 13 pour témoigner des difficultés rencontrées par les astronautes dans l’espace.  Malheureusement, de trop nombreuses choses ne collent pas. Le roman est criblé d’incohérences scientifiques et techniques.  C’est souvent le cas dans les romans de SF en dehors de la hard-SF, me direz-vous, mais là on atteint des sommets de suspension d’incrédulité. Admettons que ce ne soit pas le fort de l’auteur. Mais il est plus gênant alors que ces incohérences soient aussi comportementales, ce qui de la part de Tade Thompson est assez surprenant et décevant. Notamment, en insistant très lourdement sur le fait que les astronautes sont des gens préparés à garder leur calme dans les situations les plus critiques, il les prive de réactions crédibles.

Toujours dans la postface, l’auteur explique qu’il s’est inspiré du Double assassinat dans la rue Morgue d’Edgar Allan Poe en transposant le mystère d’un crime dans l’environnement fermé d’un vaisseau spatial navigant pendant des années.  Mais là aussi, l’affaire s’avère bancale dans la mesure où, envers et contre toutes les règles du genre, la résolution du crime se joue dans les dernières pages en faisant appel à des éléments, des personnages, et des motifs qui ne sont jamais exposés ni même préparés avant. Le tout surgit de derrière le rideau, privant le lecteur de tout engagement émotionnel ou intellectuel avec la conclusion du roman.

En matière de polar galactique, la grande référence reste pour moi le cycle de L’étoile de Pandore de Peter F. Hamilton. Jamais Hamilton n’y fait d’erreur et ne perd la cohérence de son propos  au cours de la saga. Tade Thompson aurait dû s’en inspirer. En matière de mystère en chambre close dans l’espace, nous avons récemment lu La Troisième griffe de Dieu d’Adam Troy Castro. Là encore, la maîtrise du scénario est toute autre. L’impression que je retire de la lecture Far from the Light of Heaven, et malgré des promesses engageantes, est celui d’un scénario qui aurait totalement échappé à un écrivain dépassé par une machine qu’il a lancé sans maîtrise suffisante de ses mécanismes. Voilà qui est dur à écrire à propos d’un auteur comme Tade Thompson, dont on pouvait raisonnablement attendre plus, mais il me faut reconnaître ma déception face à ce roman que je trouve raté, aussi bien comme space opera que comme polar.

D’autres avis : Apophis (pas plus convaincu que moi),


  • Titre : Far from the Light of Heaven
  • Auteur : Tade Thompson
  • Publication : 28 octobre 2021 chez Orbit
  • Nombre de pages : 320
  • Format : papier et numérique
  • Traduction à venir : J’ai Lu, mars 2022

9 réflexions au sujet de “Far from the Light of Heaven – Tade Thompson”

  1. Oh !!

    Je tenterai quand même le coup. Les références à Hamilton et Castro sont de haut niveau donc peut être que cela passera…

    Et je connais des romans recommandés qui me sont tombés des mains… lol

    J'aime

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