La Marche funèbre des marionnettes – Adam-Troy Castro

En janvier 2021, Albin Michel Imaginaire avait lancé la publication de la série Andrea Cort d’Adam-Troy Castro. Elle s’ouvrait avec Emissaire des morts, volume regroupant un roman du même nom et quatre nouvelles appartenant au cycle.  De fait, l’histoire de la composition et de la publication de cette série en langue originale est quelque peu désordonnée et lire la bibliographie de l’auteur n’aide pas à lui attribuer une logique. Il a fallu la volonté de l’éditeur pour rétablir la chronologie du récit et proposer au lecteur un ensemble cohérent des textes qui forment le cycle. Suivirent La Troisième griffe de dieu en juin 2021, et La Guerre des marionnettes en juin 2022. Chacun de ces volumes contenants eux aussi romans et nouvelles. Le contexte du cycle d’Andrea Cort est celui d’un space opera se déroulant 40 siècles dans le futur. L’humanité a essaimé à travers l’espace et rencontré différentes espèces extraterrestres sentientes. Quoi que divisée, l’humanité se regroupe sous la bannière de la Confédération Homo-sapiens. Le roman La Guerre des marionnettes se déroule sur la planète Vlhan, habitée par une espèce intelligente à l’apparence singulière – des sphères parfaites munies de multiples membres tels des tentacules ou des fouets – et au langage complexe qui échappe en grande partie à ceux qui ont tenté de l’étudier. Plus étrange encore, chaque année les Vlhanis se livrent à un rituel dans lequel 100 000 d’entre eux meurent. Ce suicide collectif attire de nombreuses autres espèces qui assistent avec une curiosité morbide à ce rituel mystérieux.

C’est dans ce même contexte que se déroule la novella qui nous occupe ici, La Marche funèbre des marionnettes, publiée ce mois-ci dans la collection Une Heure Lumière chez Le Bélial’. Elle n’appartient pas au cycle Andrea Cort, l’héroïne n’y apparait pas, mais rétrospectivement à son univers étendu. Le texte a en effet été écrit en 1997, soit bien avant Démons invisibles, première nouvelle dans laquelle Andrea Cort apparait et publiée originalement en 2002. Ces précisions faites, on comprend qu’il n’est pas nécessaire d’avoir lu le cycle pour aborder ce texte qui se suffit à lui-même, et qui chronologiquement se déroule avant tous les autres.  Mais pour ceux qui l’ont lu, le texte apporte une expérience supplémentaire et une plongée enrichissante dans la culture vlhanis.

Brièvement, le récit est celui d’un employé de l’ambassade homsap (homo-sapiens) qui, alors qu’il assiste au rituel annuel des Vlhanis, réalise avec horreur qu’une humaine y participe. Il intervient pour la sortir de là et lui sauver la vie, déclenchant une série d’événements aux conséquences dramatiques.

Il est question d’altérité profonde et de l’impossibilité d’appréhender une culture qui nous est fondamentalement étrangère, et la fascination qu’elle peut toutefois exercer.  La Marche funèbre des marionnettes illustre parfaitement tout ce que j’apprécie chez Adam-Troy Castro. Autant par la sagacité de l’auteur, qui ne se contente jamais de glisser sur la surface d’un récit aussi extraordinaire soit-il mais creuse les ramifications des thématiques qu’il porte à l’attention du lecteur, que du fait qu’il s’agisse véritablement d’un récit de science-fiction qui ne s’arrête pas à la facilité de la métaphore évidente mais ouvre des horizons en dehors de l’expérience humaine immédiatement accessible.  La novella confirme aussi une impression que j’avais eu à la lecture des différents textes du cycle d’Andrea Cort : c’est dans la forme courte que je trouve que le talent d’Adam-Troy Castro s’exprime le mieux.

Une suite est déjà annoncée. La publication de Les Fils enchevêtrés des marionnettes est prévue pour le 19 septembre 2024, toujours dans la collection Une Heure-Lumière.


  • Titre : La Marche funèbre des marionnettes
  • Auteur : Adam-Troy Castro
  • Traduction : Benoît Domis
  • Publication : 23 mai 2024, Le Bélial’, coll. Une Heure-Lumière
  • Nombre de pages : 128
  • Support : papier (11,90€) et numérique (6,99€)

12 réflexions sur “La Marche funèbre des marionnettes – Adam-Troy Castro

  1. Je l’ai dévoré hier soir. Heureux d’avoir retrouvé l’univers d’Andrea Cort même sans Andrea et de découvrir Isadora dont on avait ébauché l’histoire dans une des nouvelles publiées chez AMI.

    Vivement la rentree. ☺️

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