Noumenon Infinity – Marina J. Lostetter

noumenonIl y a trois mois de cela, à l’occasion de la sortie de Noumenon Infinity, je lisais et chroniquais ici Noumenon, le premier chapitre de la duologie de Marina J. Lostetter. Space opera d’exploration, à la Star Trek, lorsque l’humanité se fixe comme but l’infini et au-delà à grand coup d’arches générationnelles, de voyages intergalactiques s’étalant sur des milliers d’années, de big dumb objects, Noumenon ne constituait pas une révolution. Au contraire, Marina J. Lostetter proposait un sorte de tour de piste des gimmicks du genre, n’ajoutant rien mais résumant tout. Pour cette raison, et parce que c’était plutôt élégamment fait, j’avais apprécié la lecture de Noumenon.

Profitant d’un moment de calme et de prospérité dans son histoire, la Terre envoyait douze missions spatiales lointaines pour explorer l’univers. Noumenon racontait sur 2500 ans l’histoire du septième convoi à destination de « PQ Pyx » pour y étudier une structure en apparence artificielle qui orbite autour de l’étoile. Le récit ne perdait pas beaucoup de temps, sautait de génération en génération, pour aller de la Terre à  destination, puis revenir sur la planète mère avec ses découvertes. L’épilogue du livre voyait le convoi repartir vers PQ Pyx pour ajouter un nouveau chapitre à sa mission d’origine.

Chronologie

Noumenon Infinity reprend là où le premier livre nous avait laissés. Mais pas tout à fait. Nous allons certes suivre les nouvelles aventures du convoi 7 mais aussi revenir 2500 ans en arrière pour suivre celles du convoi 12. Ce dernier n’avait pas pour mission de quitter le système solaire, mais de conduire des recherches scientifiques sur les sous-dimensions l’espace afin de compléter la physique et développer les technologies qui permettent le voyage plus rapide que la vitesse de la lumière. A la suite d’un dramatique accident, le convoi 12 est projeté loin de la Terre, très loin, et se perd dans l’inconnu. En parallèle, mais dans une autre chronologie, le convoi 7 saisit l’opportunité de nouvelles découvertes scientifiques et se scinde en deux convois, 7 et 7.5. Les deux convois doivent se retrouver autour de PQ Pyx 500 ans plus tard. Les choses ne se dérouleront évidemment pas ainsi.

Alors que Noumenon suivait une tradition science-fictive, bien installé dans des ornières toutes tracées, Marina J. Lostetter se voit obligée d’innover dans Noumenon Infinity. Le premier tour de vélo sans les petites roues à l’arrière est souvent casse-gueule. Noumenon Infinity n’est pas un mauvais livre ou un bon livre. C’est un livre qui est tour à tour  bon et très mauvais. C’est un chapelet de petites perles enfilées sur un vieux bout de corde moisie.

Un fond de hard-SF et des idées

Il y a bien des perles dans ce roman, quelques bonnes idées, des trucs charmants. Tout d’abord, il y a un fond de hard-SF que j’apprécie. On y parle de physique, de biologie, de génétique, de cosmologie, et parfois de manière détaillée et convaincante. Ceci participe à rendre crédible les missions scientifiques qui ont envoyé les convois dans l’espace. Il y a aussi une histoire qui dans l’ensemble fonctionne bien. Marina J. Lostetter nous baladait sur 2500 ans dans Noumenon, ici elle nous emmène dans 100 000 ans. Elle aborde les thématiques de la vie extra-terrestre, du transhumanisme, des modifications génétiques, voire de l’apparition de la vie dans l’univers. On y trouvera des clins d’œil à Star Maker d’Olaf Stapledon. Elle caresse aussi l’idée de compétition à l’échelle de l’univers, et là nous regardons du côté de Cixin Liu. Enfin, le récit n’est pas avare de rebondissements, certains que l’on voit arriver, d’autres qui sont plus surprenants. Il y a de vrais morceaux de science-fiction dans ces pages, de celle qui offre sa dose de sense of wonder. Le problème est ailleurs.

Une structure narrative foutraque

La structure narrative est mal maîtrisée et s’avère pénible à suivre. D’un côté, le récit des misères du convoi 12 se présente de manière linéaire, sur quelques années, mais implique de multiples personnages et se perd dans des micro-histoires personnelles qui n’ont strictement aucun intérêt, voire qui plombent le roman par des maladresses inexcusables. Par exemple, Marina J. Lostetter ne peut s’empêcher d’introduire dans ce récit une romance entre deux protagonistes qui va donner lieu à une des scènes les plus ridicules qu’il m’ait été donné de lire (La scène de la douche, si jamais vous le lisez). J’ai cru à un moment d’apesanteur, mais c’est juste que je perdais des neurones. Cette scène, à elle seule, m’a fait abandonner (provisoirement) la lecture du roman. Ecrire de telles conneries est impardonnable.

A côté de cela, le récit de la mission 7 reprend la forme narrative que l’on connaissait dans Noumenon : des sauts dans le temps, parfois de plusieurs générations, des changements incessants de personnages. Mais si dans Noumenon nous suivions le déroulement d’une mission qui avait un objectif clair, ce n’est plus le cas ici. Marina J. Lostetter procède à des ellipses extrêmement dommageables, qui ressemblent parfois fortement à des tours de passe-passe scénaristiques, sur le mode « une fois qu’ils eurent résolu tous ces problèmes insolvables, … »

Des maladresses, des scènes à la limite du ridicule, il y en a malheureusement d’autres dans ce roman. Il y aussi des incohérences et des éléments cruciaux non résolus. La fin laisse la porte grande ouverte à une suite.

Conclusion subjective et lapidaire

Noumenon Infinity est pour moi un ratage. Mais c’est un ratage incomplet. Marina J. Lostetter  avait quelques bonnes idées, mais n’a pas su construire un roman convaincant. L’ensemble du récit, avec ses arcs narratifs non-euclidiens et sa chronologie de gruyère AOP, provoque un sentiment d’incohérence douloureuse et d’entropie irréversible. Le  bon s’enchaîne avec le très mauvais. Certains passages m’ont laissé la mâchoire pendante, d’autres m’ont piqué les yeux. Sachez toutefois que ce livre reçoit un bon accueil avec une note globale de 4.1 sur Goodreads et de très bonnes critiques. Mais pas sur l’épaule d’Orion.


Titre : Noumenon Infinity
Série : Noumenon (2/2)
Auteure : Marina J. Lostetter
Publication : Août 2018 chez Harper Voyage
Langue : anglais
Nombre de pages : 576
Format : papier et ebook

Sur amazon.fr : Noumenon Infinity



Catégories :Romans

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7 réponses

  1. Il se trouve que je discutais l’autre jour des notes sur Goodreads avec Emmanuel Chastellière, et que chacun de notre côté, nous sommes parvenus à la même conclusion : elles sont devenues d’une fiabilité douteuse, assez souvent. Certes, il y a toujours eu des attentes différentes de la part du public SFF français d’une part et de l’anglo-saxon de l’autre, mais quand je vois les bonnes notes dont certains romans objectivement plus que perfectibles peuvent se vanter, j’avoue rester dubitatif. C’est pour ça que, pour moi, le travail de défricheur de certains blogueurs francophones, comme toi, reste capital : leur avis est bien plus fiable car établi sur des critères proches de ceux du lecteur hexagonal moyen.

    Aimé par 3 personnes

    • Hé, hé. ^^
      Bon, forcément, dans le lot, parfois, je me retrouve encore d’accord avec certains de leurs plébiscites (Circé, dernièrement.) 🙂 Mais le fait est qu’ils font monter la « hype » sur pas mal de titres et que, surtout au niveau des premiers romans, j’ai du mal à être toujours convaincu !

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  2. bon, ben je l’avais sur mes tablettes…. je vais passer une éponge humide et nettoyante. Et un de moins.

    Quant à Good reads, la fiabilité est vraiment douteuse quand je vois ce qui est élu comme meilluer livre fantasy et SF depuis quelques années. Ou dans la short-list.

    Aimé par 1 personne

  3. Il me semblait bien que j’avais lu ta chronique et que j’avais noté : ne pas lire.
    Toi aussi tu fais fort dans l’allégorie culinaire! 😉

    Pourtant un space op à la Stra Trek, comment dire, je suis fan!

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Rétroliens

  1. Noumenon – Marina J. Lostetter – L'épaule d'Orion

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