Infinity’s end (Infinity project 7/7) – Collectif

infinityInfinity’s end est le septième est dernier volume de ce qui restera sans doute une des plus importantes anthologies de Hard-SF du début du 21e siècle, l’Infinity Project édité par Jonathan Strahan et publié par Solaris. L’anthologie est donc constituée de 7 recueils de nouvelles publiés sur une période de 8 ans : Engineering Infinity (2010), Edge of infinity (2012), Reach for Infinity (2014), Meeting Infinity (2015), Bridging Infinity (2016), Infinity Wars (2017), et désormais Infinity’s end (2018). On y croise les principaux auteurs de Hard-SF de ce siècle, des auteurs comme Stephen Baxter, Charles Stross, Alastair Reynolds, Peter Watts, Hannu Rajaniemi, James S. A. Corey, Elizabeth Bear, Greg Egan, Pat Cadigan, Ken Liu, Aliette de Bodard, Linda Nagata… Comme dans toutes les anthologies, la qualité, ou l’intérêt, des nouvelles présentées n’est pas constante et certains auteurs brillent plus que d’autres, pas forcément les plus connus par ailleurs. Les différents volumes ne sont pas non plus de qualité égale.

Mes préférés resteront sans doute Brindging Infinity et Infinity Wars. Infinity’s End, s’il comporte à mon avis trop de nouvelles qui ressemblent davantage à des lettres d’intention pour des récits plus développés qu’ils ne le sont ici, propose aussi des nouvelles qui sont d’excellente facture. C’est un des très bons crus de la série, qui marque par le côté poétique des textes plus que par leur aspect hard-SF.

Foxy and Tiggs – Justina Robson

L’Hôtel est un ensemble de quatre planètes transformées en parc d’attraction pour touristes, et qui est dirigé par une IA nommée… l’Hôtel. Sur l’une de ces planètes, un crime a été commis. Le corps d’un homme, un corps d’emprunt ou un avatar car personne ne prend le risque de voyager et mourir de vraie mort dans son corps réel, est retrouvé dans le parc des lions. Ce sont Foxy et Tiggs, un renard et un vélociraptor, employés à la sécurité de l’Hotel, qui vont mener l’enquête. Ils recevront l’aide d’un crabe géant et de requins. Mis à part le fait que cela ressemble à un récit pour enfants avec des gentils animaux détectives, la nouvelle souffre de n’être qu’une ébauche. Le scénario est expédié, l’enquête est rapidement conclue, et mise à part une course poursuite dans les rues d’une des planètes, il ne s’y passe pas grand chose.

Intervention – Kelly Robson

Nous sommes dans le système solaire et la plupart des planètes, lunes et astéroïdes sont habités. Le narrateur est directrice de crèche. Ne se plaisant pas sur la Lune, elle va s’installer sur Ricochet, une colonie basée sur un astéroïde, et développer un programme d’éducation pour enfants. La nouvelle raconte la difficulté d’être directrice de crèche dans le système solaire. Le sujet en soi ne m’intéresse pas des masses, mais en plus la nouvelle ne se donne pas le temps d’explorer ce système solaire ou son organisation, ses sociétés. Je n’ai au final pas trouvé d’intérêt à cette nouvelle.

Nothing ever happens on Oberon – Paul McAuley

Paul McAuley propose une nouvelle qui s’inscrit dans l’univers de son roman The Quiet War. Une capsule de secours, relevant a priori d’une technologie dépassée, s’écrase sur Oberon. Le passager n’est plus à bord lorsque Bai arrive sur le site du crash. Sans attendre que l’équipe de secours arrive sur les lieux, elle se lance à sa recherche. Elle découvre alors Xtina Groza. En sommeil cryo pendant longtemps, 70 ans minimum, elle a probablement été impliquée dans la Guerre Tranquille. Alors qu’elle cherche à l’aider, Xtina attaque Bai et s’échappe d’Oberon en volant un vaisseau. Bai passera plusieurs années à la recherche de Xtina, avant de la retrouver. C’est une nouvelle que j’ai trouvée très bonne mais qui propose un scénario trop complexe pour être réellement satisfaisant dans l’espace d’une nouvelle de quelques pages. C’est un peu comme lire le résumé d’un roman.

Prophet of the Roads – Naomi Kritzer

Luca est un ancien combattant qui a participé à la destruction de Ganymède durant la guerre. Il en fait encore des cauchemars. Sur Ganymède, il a trouvé un fragment de l’Ingénieur sur le corps d’un soldat ennemi. Depuis sept ans, il parcourt le système à la recherche d’autres fragments. L’Ingénieur était une superintelligence artificielle qui présidait à la destinée humaine, dictant aux hommes comment construire des stations spatiales, comment se nourrir efficacement, comment s’habiller et mener sa vie quotidienne de la manière le plus optimisée qu’il soit. Mais l’Humain a besoin d’autre chose que d’optimisation, il a avant tout besoin de liberté, même si le prix à payer est de faire sans cesse des erreurs. Il y a donc eu le Grand Soulèvement, et l’Ingénieur a été détruit, dispersé en de multiples fragments. Grâce au fragment qu’il transporte, Luca communique avec l’Ingénieur, ou plutôt une partie de cette IA, qui le guide à la recherche d’autres fragments. Sur Amphitrite, Luca va rencontrer Hannah, qui elle aussi est porteuse d’un fragment de l’Ingénieur. Une nouvelle satisfaisante, qui se termine sur un ton légèrement mystique, mais pourquoi pas.

Death’s Door – Alastair Reynolds

Trois amis post-humains, Sakura, Gedda et Tristan, se transportent de planète en planète à travers des portails, choisissant leur corps à chaque itération. Leur principal but est de tromper l’ennui qui ronge leur immortalité. Voilà, il n’y a pas grand-chose de plus dans cette nouvelle assez décevante d’Alastair Reynolds. Un quête de sens ? De beauté dans l’univers ? Je ne sais pas. La nouvelle ne m’a pas du tout convaincu.

Swear not by the Moon – Seanan McGuire

Wendy May, riche héritière,  achète à 37 ans une des lunes de Saturne, Titan, à travers un montage financier, pour acquérir auprès de différents gouvernements, les droits miniers, des airs, etc, pour finalement acquérir un droit complet sur la planète sans que personne ne voit les choses venir. Elle meurt à 283 ans après avoir entièrement consacré sa fortune à Titan. Des années plus tard Michael, descendant de Wendy May, arrive sur Titan avec sa fille de 7 ans et la perd au moment de la descente sur la lune. Il comprend rapidement que celle-ci a été enlevée. C’est à nouveau ici une nouvelle qui aurait pu être très bonne, mais qui propose un scénario qui ne fonctionne pas pour une nouvelle. C’est une lettre d’intention pour un roman.

Last Small Step – Stephen Baxter

Il y a des auteurs qui savent écrire des nouvelles proposant un scénario pleinement satisfaisant, Stephen Baxter, en grand maître de la hard-SF, fait partie de ceux-là. L’humanité a tourné le dos à l’exploration spatiale, après quelques infortunes sur Mars, Venus et la Lune, laissant derrière elle uniquement des IA. Une dernière vague d’explorateurs est autorisée, pour explorer les dernières planètes vierges du système solaire, des mondes mineurs dans la ceinture de Kuiper ou dans le nuage d’Oort,  pour y planter un drapeau et revenir à la maison sans perturber l’environnement de ces quelques cailloux. Sauf que Stravos Gershon à bord du Last Small Step a apparemment décidé d’outrepasser la règle. Gershon a été au-delà de la ceinture de Kuiper. Il a trouvé une planète à laquelle il a donné le nom de Voga, la planète d’or dans Les Voyages de Gulliver.  Deux hommes, Joe Salo et Winifred Chambers, habitués à des missions spatiales ensemble, sont envoyés pour récupérer Gershon. C’est un voyage à sens unique à bord du Red Malenfant, ancien vaisseau de transport Terre-Mars, équipé d’un réacteur à fusion ionisant de l’hydrogène sous forme de plasma qui le propulse à 500 km/s. Ils mettront 2 ans pour atteindre Voga et une fois sur place, ils devront attendre les secours. Arrivés à proximité de Voga, ils découvrent une planète exotique, d’une densité très supérieure à la Terre. Et ils trouvent Gershon. C’est de la vraie hard-SF à la Baxter, avec profusion de détails scientifiques, une mission spatiale qui tient debout et une excellente conclusion. La nouvelle la plus brillante du recueil à mon sens.

Once on the Blue Moon – Kristine Kathryn Rusch

Une jeune fille de 11 ans très douée pour hacker des choses embarque avec ses parents sur un vaisseau pour un voyage intra système solaire qui doit l’emmener de chez elle, près de Saturne, jusqu’à la Terre avant la rentrée des classes. Lorsque le vaisseau est attaqué par des méchants pirates, elle sauvera tout le monde grâce à son ingéniosité. Gros soupir et incommensurable ennui.

A Portrait of Salai – Hannu Rajaniemi

Hannu fait du Rajaniemi. Si vous suivez ce blog, vous savez l’admiration que je peux avoir pour cet auteur hors catégorie. Rajaniemi est un poète de la hard-SF, dont la lecture est très exigeante. Il faut accepter de ne pas tout comprendre pour lire ses romans. Et, une fois encore, je ressors émerveillé de la lecture de cette nouvelle, mais je dois avouer que je n’ai pas compris grand chose. Il y parle de composition de symphonie à base de comètes détournées, de peinture cosmologique, de station spatiale organique, de post-humanisme à base de personnalité immortelle dispersée à travers de multiples organismes et d’une histoire d’amour. C’est très beau, absolument merveilleux, mais complètement obscur.

Longing for Earth – Linda Nagata

L’Âge des Architectes est depuis longtemps passé et avec lui l’époque de la grande ingénierie humaine.  L’Âge des Architectes a laissé dans le système solaires un vaste ensemble de mondes artificiels. Ces Biomes sont maintenant entretenus par des robots de maintenance et des bureaucrates qui s’assurent du bon fonctionnement des mondes. Hitoshi a 301 ans et est l’un de ces bureaucrates, en charge de Cherisky, un immense monde cylindrique. Comme tous les Biomes, Cherisky s’autorégule et la présence humaine ne sert qu’à l’accueil des visiteurs. Cela fait un moment qu’Hitoshi n’a croisé personne. La plupart des humains ont en effet choisi la sécurité de la couche Virtuelle plutôt que les dangers de la couche Tangible, comme sa femme et ses enfants l’ont fait il y a longtemps. Hitoshi est parti en voyage. Depuis un siècle, il a parcouru 1000 mondes. Exactement mille. Sur Lyosan, son millième monde, il rencontre Carol, une femme presque aussi âgée que lui. Elle est tisserande, tisserande généticienne. Elle s’intéresse à la protection des espèces qui, pour cause d’isolement sur les différents mondes, divergent jusqu’à devenir toxiques les unes pour les autres. Bientôt, elle fera elle aussi sa transition vers la couche Virtuelle. Mais Hitoshi, lui, est à la recherche d’autre chose… La nouvelle, qui parle de la beauté du monde, de la vie et du libre arbitre, est humaine et jolie.

The Synchronist – Fran Wilde

Beneficence Valorous « B.V. » Sand est une enfant en kit. Elle est issue d’un œuf sélectionné par son père Galen Sand pour ses prédispositions génétiques en mathématiques. Sa mère donneuse est en effet mathématicienne à l’université de Ganymède. Galen Sand est le capitaine du vaisseau Verdant Nine qui fait du transport de marchandise dans le système solaire. Les déplacements supraluminiques sont extrêmement contrôlés par la Consistency, qui définit le standard des mesures de temps et les horloges à bord des vaisseaux effectuant des sauts. Ceci pour des raisons de sécurité et de contrôle « aérien », car il ne faudrait pas qu’un vaisseau arrive dans l’orbite congestionnée d’une station là et quand il ne le faudrait pas, mais aussi pour des raisons commerciales afin d’éviter les tricheries. Galen gagne justement sa vie en trichant un petit peu avec le temps, en grappillant quelques millisecondes ça et là, à chaque saut, le long de trajectoires ajustées, pour arriver toujours un peu avant ses concurrents. Mais il va se faire prendre. BV est encore enfant, et devait reprendre le vaisseau de papa une fois sa formation terminée. Prenant peur face à la Consistency, Galen envoie BV auprès de sa mère biologique et disparaît. BV n’a que 8 ans. Elle va consacrer le reste de sa vie à chercher son père mais surtout à tenir sa promesse de travailler dur à fabriquer de meilleures horloges quantiques. Elle finira par entrer dans le Challenge des Synchronistes avec la ferme intention de le gagner face à la Consistency. Ce faisant, elle va faire une découverte inattendue. Cette nouvelle purement hard-SF est intéressante et bien menée à travers l’histoire de BV, mais est un peu gâchée à mon goût par une chute en queue de poisson.

Talking to Ghosts at the Edge of the World – Lavie Tidhar

Des années auparavant, Rania a servi comme médecin militaire lors des combats incessants entre les grandes maisons de Ganymède et de Callisto dans le système de Jupiter. Rania est ainsi devenue experte dans l’extraction des fantômes. Tout Humain grandit dès le stade de fœtus avec un implant, appelé node. Le cerveau se développe autour, acceptant les filaments, fusionnant avec lui. Lors de la mort, le cerveau est perdu mais le node reste, comme un fantôme de la personnalité du vivant. Il revient aux familles de décider ce qu’elles font du fantôme du décédé : le Paradis ou les Archives. Rania se rend à Al Quseir, une ancienne ville minière à la surface de Titan, pour les obsèques d’Abu Nasr. Elle y est accueillie par Umm Nasr, et son fils Nasr. Et malheureusement c’est à peu près tout. Et c’est très dommage car l’auteur israélien tenait là un thème extrêmement prometteur. Il faut en faire une histoire complète monsieur Lavie Tidhar, et pas nous laisser planter là avec une nouvelle sans vraiment de dénouement.

Cloudsong – Nick Wolven

Des milliers d’années dans le futur, les mondes du système solaire interne ont tous besoin d’eau : Mars, Ganymède, et même la Terre. Si rien n’est fait, le gouvernement inerOrbit prévoit une catastrophe majeure dans les 2000 ans à venir. De l’eau, il y en a en grande quantité dans une réserve inexploitée, la ceinture de Kuiper. Le programme Snowfall consiste à envoyer des machines autoréplicantes pour moissonner l’eau présente dans la ceinture de Kuiper, et convertir ce large champ de neige en projectiles qui retomberaient vers le système interne dans quelque 1000 ans. Le seul petit problème avec ce plan est qu’il faut traverser les territoires externes, les limites de l’expansion humaine, les colonies installées loin du Soleil, là où habitent les Darklings. Malgré l’accord passé il y a trente ans, les Darklings ont décidé que le projet Snowfall ne pouvait être poursuivi, considérant que la zone affectée pouvait être… habitée. Anander Flyte est l’un des meilleurs diplomates du gouvernement interOrbit. A lui de négocier avec les Darklings. Ceux-ci vont tâcher de le convaincre, lui feront rencontrer trois interprètes et il connaîtra une épiphanie. La nouvelle est intrigante, poétique et au final charmante, même si ce n’est pas un grand moment de hard-SF.

Kindred – Peter Watts

Le recueil se referme sur une nouvelle de Peter Watts qui est à la fois un classique des thématiques de l’auteur, à savoir celle des formes de conscience extraordinairement différentes, et à la fois très étonnante dans sa forme, celle d’un dialogue à une voix. La nouvelle me rappelle le texte The Server and the Dragon d’Hannu Rajaniemi dans Edge of Infinity. Il s’agit d’un dialogue opposant le tout à la multitude, et qu’il est difficile de résumer sans trop le maltraiter. Il se lit comme une longue complainte face à la mort inévitable. C’est un superbe texte, encore une fois empreint d’une grande poésie.


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Livre : Infinity’s end
Collection : Infinity Project
Auteur : collectif
Editeur : Jonathan Strahan pour Solaris
Publication : 2018
Langue : Anglais
Nombre de pages : 452
Format : papier et ebook



Catégories :Anthologies

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11 réponses

  1. Ton avis sur la nouvelle de Justina Robson est inquiétant pour le tome 2 d’After the war, puisque c’est elle qui prend la suite de Tchaikovsky.

    Sinon, heureusement qu’il y a quelques valeurs sûres (Baxter / Rajaniemi / Watts), parce que le reste ne m’a pas l’air follement passionnant.

    Aimé par 1 personne

  2. Rien que pour Watts, et ton avis globalement positif, je signe! 🙂

    Aimé par 1 personne

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