
Comme tous les ans depuis 2018, les éditions Le Bélial’ lancent, le 21 mai, l’opération UHL dans les librairies partenaires ainsi que sur leur site. Cette opération promotionnelle permet d’obtenir un numéro hors-série, inédit et hors commerce, pour l’achat de deux titres de la collection de novella Une Heure-Lumière. Elle s’accompagne également de la parution simultanée de deux nouveaux textes dans la collection : Mondes de poche de Brenda Peynado et Sept vues sur les gorges d’Olduvaï de Mike RESNICK. Le hors-série proposé cette année est Carapaces, une nouvelle d’Audrey Pleynet.
Publié aux États-Unis en 1994, le roman court Seven Views of the Olduvai Gorge de Mike Resnick a récolté un bon paquet de prix dont le Hugo et le Nebula. Il a été traduit une première en 1998 dans la revue Galaxies sous le titre Sept vues de la gorge d’Olduvaï, puis une seconde fois dans le recueil Sous d’autres soleils chez Flammarion sous le titre Sept vues sur la gorge d’Olduvaï. Pour sa réédition dans la collection UHL, les éditions Le Bélial’ ont choisi un troisième titre : Sept vues sur les gorges d’Olduvaï. Pourquoi ? Tout d’abord parce que des gorges, il y en a plusieurs, mais aussi et surtout pour troller les archivistes du futur.
Sept vues sur les gorges d’Olduvaï appartient à cette rare catégorie de textes de science-fiction qui conjuguent vertige cosmique, ironie anthropologique et perspective historique en moins de deux cents pages. Derrière un dispositif narratif relativement simple — une série de sept récits autour des gorges d’Olduvai, berceau symbolique de l’humanité — Mike Resnick construit une méditation mordante sur l’évolution de l’espèce humaine, la mémoire et la disparition des civilisations.
Longtemps après l’expansion de l’humanité à travers la galaxie et son extinction, un petit groupe d’extraterrestres se lance dans une exploration archéologique des lieux supposés où naquit l’espèce qui a dominé avec brutalité toutes les autres : la Terre, les gorges d’Olduvaï. Ils y découvrent divers objets et retracent le contexte et l’histoire qui les a entourés. Chacune des « vues » se déroule à une époque différente, depuis la préhistoire jusqu’à un futur extrêmement lointain. Au lieu de raconter l’histoire de l’humanité de manière linéaire, il en montre les échos, les ruines successives. Plus que le décor d’une succession de récits, Olduvaï représente un point fixe autour duquel tournent des sociétés, des empires et des croyances appelés à disparaître.
L’une des forces du roman réside dans son regard exoanthropologique. Resnick traite les humains futurs comme des peuples exotiques observés par d’autres espèces intelligentes qui assurent le rôle de commentateurs : l’humanité cesse d’être la norme pour devenir l’objet d’une étude critique. Ses comportements, sa violence, ses religions ou ses ambitions expansionnistes sont traités comme des curiosités ethnologiques. À travers cette distance, Resnick offre une satire acérée de l’histoire humaine. Le ton du livre oscille entre humour et fatalisme, entre ironie et tristesse métaphysique.
Le roman peut également être lu comme une réflexion sur le colonialisme et l’impermanence des civilisations. L’histoire n’est pas une ascension, mais une succession de remplacements, avec une constante : la prédation. Sept vues sur les gorges d’Olduvaï est une œuvre brève, mais dense qui obverse la profondeur du temps et livre un regard acerbe sur l’humanité tout en préservant, comme toujours chez Resnick, une certaine sympathie désabusée, presque coupable.
Ailleurs sur les blogs : Apophis, Gromovar,
- Titre : Sept vues sur les gorges d’Oldivaï (Seven Views of the Olduvai Gorge, 1994)
- Autrice : Mike Resnick
- Traduction : Jean-Marc Chambon
- Publication : Le Bélial’, coll. Une Heure-Lumière
- Nombre de pages : 112
- Format : broché (11,90 €) et numérique (6,99 €)
j’ai le Galaxie 08 qui contient la première traduction de la novela de Resnick. Est-ce que ça vaut le coup d’acheter cet UHL avec cette nouvelle traduction ?
De manière générale ce serait intéressant de comparer les traductions successives d’un texte.
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Je ne connais pas la première traduction, donc je ne sais pas du tout si elle est très différente mais cette « nouvelle » traduction est celle de Chambon qui date de 2001, donc juste 3 ans après le Galaxies. Je suppose que si le texte a été retraduit aussi rapidement, c’est qu’il doit y avoir une bonne raison.
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