Mondes de poche — Brenda Peynado

Comme tous les ans depuis 2018, les éditions Le Bélial’ lancent, le 21 mai, l’opération UHL dans les librairies partenaires ainsi que sur leur site. Cette opération promotionnelle permet d’obtenir un numéro hors-série, inédit et hors commerce, pour l’achat de deux titres de la collection de novella Une Heure-Lumière. Elle s’accompagne également de la parution simultanée de deux nouveaux textes dans la collection : Mondes de poche de Brenda Peynado et Sept vues sur les gorges d’Olduvaï de Mike RESNICK. Le hors-série proposé cette année est Carapaces, une nouvelle d’Audrey Pleynet.

Brenda Peynadoest une autrice américano-dominicaine qui a publié depuis 2016 une vingtaine de nouvelles, qui ont été en grande partie regroupées dans le recueil Rock Eaters (2021). Mondes de poche est son premier roman (court), paru aux États-Unis en 2024 sous le titre Time’s Agent et distingué du prix Phillip K. Dick en 2025. C’est aussi son premier texte traduit en langue française. Si l’autrice est largement inconnue dans le monde francophone, elle ne l’est pas de toi, lecteur fidèle et attentif ! Car je t’ai parlé de Brenda Peynadoen dès 2018, lorsque la nouvelle The Kite Maker est parue sur le site Tor.com. C’est ainsi : si tu lis L’épaule d’Orion, tu sais déjà tout. Ce site est un monde parallèle dans lequel le temps s’écoule différemment d’ailleurs, et où je te propose hier l’actualité de demain. Comme si…

… imaginez qu’on découvre des mondes parallèles. Non pas des univers entiers, avec leurs étoiles et leurs planètes, mais des bulles isolées : de petites poches de réalité, parfois vastes de centaines de milliers de kilomètres carrés, parfois réduites à la taille d’un placard, et où le temps s’écoulerait de manière différente. Que se passerait-il si on trouvait le moyen d’y accéder ? Qu’en ferait-on ? Chercherait-on à préserver ces endroits extraordinaires ou y balancerait-on nos ordures ? C’est la question que pose Brenda Peynado dans Mondes de poche.

Tout commence, comme souvent, de manière fortuite : une physicienne de Buenos Aires remarque que, dans un coin son laboratoire, les règles habituelles de la thermodynamique cessent de s’appliquer. Cette découverte amène quelques années plus tard à la création de l’Institut mondial pour l’étude scientifique et humaniste des mondes de poche. Les MDP deviennent une nouvelle Terra Incognita vers laquelle se précipitent les scientifiques du monde entier espérant intégrer l’Institut. C’est le rêve que réalisent Raquel l’archéologue et Marlena la biologiste une fois leurs doctorats obtenus aux Etats-Unis. Toutes deux rejoignent l’antenne dominicaine de l’Institut et poursuivent leur passion pour la recherche tout en filant le parfait amour. Mais ouvrir un nouveau MDP n’est pas chose anodine, et nul ne sait ce qui se cache derrière un point-seuil : un paradis préservé ou un environnement mortel. Pour Raquel et Morlena le bonheur s’arrête le jour où Raquel commet une erreur et se retrouve piégée dans un MDP où le temps s’écoule très lentement. Elle n’en ressort que 40 ans plus tard, pour découvrir une société transformée. L’Institut n’est plus que l’ombre de ce qu’il a été et ses idéaux ont été remplacés par la rapacité des compagnies privées qui exploitent les MDP jusqu’à l’épuisement, ne laissant derrière elles que ruines et désolation.

Mondes de poche brasse de nombreuses thématiques. Brenda Peynado s’empare d’un des tropes de la science-fiction, les univers parallèles, qu’elle réimagine en un novum original, véritable moteur du récit et de ses enjeux. À l’opposé de nombreux romans dans lesquels l’aspect science-fictif n’est qu’un décor ou une excuse pour se libérer des contraintes du réel, elle explorer les implications concrètes de la découverte de ces bulles temporelles, leurs usages, les dérives, et les conséquences autant individuelles que sociétales. Le constat qu’elle dresse est sombre. Le constat qu’elle dresse est sombre. Mondes de poche est un roman dystopique, où la fascination pour la découverte scientifique se heurte inexorablement à l’exploitation capitaliste et à la destruction des mondes — celui-ci ou les autres.

Aussi original qu’il soit, la novella n’est toutefois pas sans défauts. Comme la majorité des romans d’imaginaire américains publiés ces dernières années, il ne distingue pas par sa subtilité et le message est asséné plutôt que démontré. Dans ma petite bulle temporelle à moi, ce monde de poche à l’échelle de ma bibliothèque, j’ai plus d’attrait pour les ouvrages qui pensent la complexité du réel. Mais pourquoi pas, hein ? L’une ou l’autre des approches — le tableau nuancé ou la caricature — produisent à peu près le même résultat sur la marche du monde, alors autant gueuler.


  • Titre : Mondes de poche (Time’s agent, 2024)
  • Autrice : Brenda Peynado
  • Traduction : Gilles Goullet
  • Publication : Le Bélial’, coll. Une Heure-Lumière
  • Nombre de pages : 192
  • Format : papier (13,90 €) et numérique (7,99 €)

Une réflexion sur “Mondes de poche — Brenda Peynado

  1. Assez intéressant le concept, même si je suppose que l’idée ou ses variantes ont dû être déjà explorées avant.
    Je note dans ma pile de livres à…
    … acheter.
    À ce rythme là, c’est un 38 tonnes pour la livraison 🙀

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