Bandes dessinées

Une BD : Celui qui hantait les ténèbres – Gou Tanabe

Après les premières adaptations de Les Montagnes hallucinées, Dans l’abîme du temps, et de L’Appel de Cthulhu, le mangaka Gou Tanabe poursuit son œuvre graphique pour la série « Les Chefs-d’œuvre de Lovecraft », avec la sortie en français chez Ki-oon de Celui qui hantait les ténèbres. Ce volume est le plus court de la série à ce jour, avec seulement 160 pages. Il contient en outre deux histoires qui sont des adaptations de deux nouvelles de H.P. Lovecrat : Dagon et Celui qui hantait les ténèbres.

Dagon

Il s’agit d’une des premières nouvelles de Lovecraft, écrite en 1917 et publiée en 1919, puis reprise en 1923 dans Weird Tales. Elle rapporte le témoignage d’un ancien marin, désormais psychologiquement instable et accro à la morphine. Durant la première guerre mondiale, son navire est capturé au milieu du Pacifique par la marine allemande, mais il parvient à s’échapper et se laisse dériver à bord d’un canot de sauvetage. Il échoue sur ce qui est apparemment une nouvelle île volcanique où il se trouve confronté à Dagon, une très ancienne divinité. La rencontre lui fait perdre un bon paquet de points de santé mentale. La nouvelle est considérée comme faisant partie du mythe de Cthulhu, car le culte de Dagon sera plus tard évoqué dans Le Cauchemar d’Innsmouth (The Shadow over Innsmouth, 1936). Le texte source est très court, et son adaptation aussi (31 pages). Il ne s’agit pas non plus d’une des nouvelles marquantes de l’œuvre de Lovecraft, et ne sera pas une des adaptations marquantes de l’œuvre de Gou Tanabe. Il n’y a rien à lui reprocher en particulier, mais le contexte, l’île surgie du fond des océans, constitue un décor assez pauvre qui ne permet pas au mangaka de s’y exprimer totalement. Ne restent que les expressions faciales du personnage, ce qui n’est pas le point fort de Gou Tanabe. Notre pauvre marin a dans le regard la vivacité d’un hareng mort.

Celui qui hantait les ténèbres

À ne pas confondre avec la nouvelle Celui qui chuchotait dans les ténèbres (The Whisperer in Darkness)  parue en 1931, la nouvelle Celui qui hantait les ténèbres (The Haunter of the Dark) a été publiée dans Weird Tales en décembre 1936. Il s’agit du dernier écrit de Lovecraft qui s’éteignit quelques mois plus tard, en mars 1937. Le texte appartient au Mythe de Cthulhu et fait des références à plusieurs piliers du Mythe : Yog-Sothoth, le Necronomicon…

Un jeune écrivain du nom de Robert Harrison Blake s’installe dans la ville de Providence et commence à s’intéresser à une vielle église abandonnée qu’il aperçoit depuis la fenêtre de son logement. Les premières recherches qu’il fait dans le quartier lui révèlent que l’église a connu un sombre passé et que les habitants d’aujourd’hui prennent soin de l’éviter. Il va alors pousser ses investigations, ce qui évidemment va provoquer sa perte.

Sous le récit d’horreur se cache une plaisanterie metatextuelle. Le personnage de Robert Blake s’inspire de l’écrivain Robert Bloch avec lequel il entretenait une relation épistolaire et le nom même est emprunté à ce dernier. Robert Bloch avait créé le personnage pour la nouvelle Le Visiteur venu des étoiles (The Shambler from the Stars, 1935) dans laquelle il tuait… Lovecraft. Lovecraft lui rend ainsi la pareille en le tuant dans Celui qui hantait les ténèbres. (Ah, ils savaient s’amuser à l’époque !)

En ce qui concerne l’adaptation de Gou Tanabe, et par rapport aux volumes précédents dans la série, il s’agit là d’un changement de décor et d’ambiance, puisque la nouvelle se déroule entièrement en milieu urbain, dans la ville de Providence chère à H.P.L. Là, j’ai trouvé que Tanabe à nouveau brille. Il a de très belles planches qui découvrent la ville, ses quartiers, l’église et la créature qui s’y cache. Gou Tanabe l’avait déjà montré dans Les Montagnes Hallucinées et Dans l’abîme du temps, il apprécie particulièrement les architectures torturées. Le lecteur est ravi est en prend plein la vue. Mais c’est surtout au niveau de l’ambiance, sombre et angoissée, que cette adaptation est particulièrement réussie. On retrouve dans le dessin le côté intimiste de la relation du personnage au lieu, qui restitue toute la puissance de l’angoisse face à l’horreur. Et puis les monstres !!!

Celui qui hantait les ténèbres ajoute une nouvelle pierre à l’œuvre d’adaptation des textes de Lovecraft par Gou Tanabe et se montre très réussie, au moins en ce qui concerne la seconde nouvelle présente dans ce tome. Nous attendons maintenant avec impatience Le Cauchemar d’Innsmouth !


D’autres avis : Gromovar, Au pays des Cave Trolls,


  • Titre : Celui qui hantait les ténèbres
  • Série : Les chefs-d’oeuvre de Lovecraft
  • Auteur : Gou Tanabe
  • Publication : 4 mars 2021 chez Ki-oon
  • Langue : français
  • Nombre de pages : 160
  • Format : papier et numérique

3 réflexions au sujet de “Une BD : Celui qui hantait les ténèbres – Gou Tanabe”

  1. Il faut vraiment que je me penche sur ces adaptations. J’aime beaucoup l’esthétique des oeuvres de Gou Tanabe. Et ça me permettra de poursuivre ma découverte de Lovecraft car que j’ai encore jamais lu ces deux nouvelles.

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