L’IA dans l’armure – trois nouvelles de Banks, Brown et Reynolds

Arthur_Haas

(Illustration d’Arthur Hass pour Clarkesworld)

Au commencement était Starship troopers de Robert Heinlein (1959). Depuis ce texte fondateur, l’idée des exosquelettes motorisés s’est répandue à travers la SF, de La Guerre éternelle de Joe Haldeman jusqu’à la trilogie Red par Linda Nagata. Il en est de même dans les films comme Elysium de Neill Blomkamp (2013), ou Edge of Tomorrow de Doug Liman (2014), et dans les jeux vidéo. Il serait fastidieux de recenser les œuvres de SF dans lesquelles on croise des exosquelettes ou des armures ultrasophistiquées tant le concept a imprégné l’imaginaire des auteurs de SF. Un autre trope de la SF a croisé celui-ci : les IA. Il existe ainsi de nombreux textes dans lesquels les IA ont investi les scaphandres et autres armures. L’étape suivante fut évidemment la fusion entre l’IA et l’humain placé dans l’une de ces armures. (Il existe l’équivalent avec une fusion entre soldat et arme comme par exemple dans la nouvelle The Sniper and I de Rich Larson.) Cela donne de bonnes histoires, surtout quand on en arrive à ne plus savoir qui est qui. Je vous propose trois textes dans lesquels les auteurs abordent cette idée de manière très semblable.

Descente – Iain M. Banks (1987)

Publiée originellement en 1987 dans l’anthologie Tales from the Forbidden Planet chez Titan Books, la nouvelle a été traduite en français par Sonia Quémener et publiée dans le recueil L’essence de l’art chez Le Bélial’ (2010). Le texte s’inscrit dans le cycle de la Culture, mais uniquement très marginalement à travers quelques détails que les afficionados reconnaitront comme les mentions d’Orbitales, ou de missiles couteaux. Sa thématique centrale est en effet assez éloignée de celles qu’on rencontre dans le cycle. L’histoire est celle d’un homme (une identité à considérer au sens large dans l’univers pan-humain de la Culture) et de son scaphandre intelligent luttant pour leur survie. Suite à l’attaque surprise de leur module de transport par un missile, ils se sont crashés sur une planète étrangère, dénuée de vie et d’atmosphère respirable. L’homme est blessé, et a perdu connaissance plusieurs jours. Le scaphandre a subi d’importants dégâts et ses capacités de rechargement sont limitées par le faible éclairement de la planète. Ils dépendent l’un de l’autre pour se mouvoir à tour de rôle avec l’espoir de rejoindre la base qui était leur destination et qui se situe à un millier de km, soit une quarantaine de jours de marche. Le scénario rappelle celui de la nouvelle Marche au Soleil (1991) de Geoffrey A. Landis (l’IA en moins) ou encore Helstrid (2019) de Christian Léourier (si on remplace le scaphandre par un rover). Il y a évidemment un twist final, mais qu’on voit venir de loin. La nouvelle fonctionne sur une confusion entretenue entre les narrateurs, le scaphandre et son humain.

Laying the Ghost – Eric Brown (2010)

Nouvelle publiée dans le numéro 49 de Clarkesworld magazine en octobre 2010, elle est disponible en anglais en ligne en suivant ce lien, ou dans le numéro 63 de Bifrost, ou encore dans le fix-up Les Ferrailleurs du cosmos (2018) publié chez Le Bélial’. L’histoire est celle de Katerina, une humaine d’une vingtaine d’années qui ne quitte jamais son scaphandre. Elle convainc un équipage de ramasseurs d’épaves de l’espace de la transporter jusqu’à sa planète natale qui a été le lieu d’une guerre perdue contre une armée extra-terrestre et durant laquelle toute sa famille a péri. Les trois membres de l’équipage, deux humains et une IA, seront amenés à s’interroger sur les motivations de Katerina, d’autant que quelque chose cloche chez la jeune femme. L’idée de fusion des consciences est plus poussée que dans la nouvelle d’Iain M. Banks, et son twist final fonctionne aussi sur une confusion des narrateurs. La nouvelle prend soin de porter une réflexion sur ce qui définit la vie et la conscience, réflexion qui elle-même présente un twist plus intéressant que le twist scénaristique qu’on devine, là encore, assez rapidement.

Trauma Pod – Alastair Reynolds (2012)

Il s’agit d’une nouvelle publiée en 2012 dans l’anthologie Armored puis reprise dans le recueil Beyond the Aquila Rift (2017). L’histoire s’inscrit dans un cadre militaire qui rappelle celui du récit d’Heinlein. Le sergent Mike Kane est envoyé en mission de reconnaissance dans une zone de combat planétaire où les unités robotisées des deux camps qui s’affrontent présentent une tendance inédite à disparaitre et quitter le théâtre des opérations. D’où l’envoi d’observateurs humains. La mission tourne mal, très mal, et l’unité est décimée. Le sergent Kane est grièvement blessé et son armure intelligente déploie autour de lui l’unité de protection médicalisée qui lui permettra d’attendre une évacuation. Un médecin, Annabel, assure auprès du sergent une téléprésence réconfortante mais la situation au sol empire rapidement. Le sergent Kane et l’IA de son armure vont devoir prendre des décisions, d’autant que le docteur Annabel ne lui dit pas toute la vérité. Là encore, il y aura confusion des consciences et twist final que vous verrez arriver si vous avez lu les deux nouvelles précédentes. Il s’agit largement de la nouvelle la plus sombre des trois. Il ne rigole pas vraiment Alastair Reynolds ici.



Catégories :#projetMaki, Nouvelles

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6 réponses

  1. C’est Heinlein qui a certes popularisé le concept, mais ce dernier était déjà présent chez E.E. « Doc » Smith dès 1937 😉

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Rétroliens

  1. Les ferrailleurs du cosmos – Eric Brown – L'épaule d'Orion
  2. Beyond the Aquila Rift – Alastair Reynolds – L'épaule d'Orion

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