Ball Lightning – Cixin Liu

balllightningL’auteur chinois Cixin Liu a été rendu célèbre dans le monde entier par la trilogie Remembrance of Earth’s Past, plus connue chez nous sous le nom de trilogie du problème à trois corps, constituée des romans Le Problème à Trois Corps (2016 pour la VF), La Forêt Sombre (2017), La Mort Immortelle (2018). Ce mois-ci a été publié aux Etats-Unis, chez Tor Books, un roman antérieur de l’auteur, Ball Lightning, dont la publication originale en Chine remonte à 2004. Dans la postface du roman, Cixin Liu explique avoir écrit Ball Lightning après sa célèbre trilogie, mais l’avoir publié avant car la science-fiction chinoise sortant d’une relativement longue période d’isolement, il pensait que le lectorat n’était pas prêt pour la trilogie et son inspiration occidentale. De fait, Ball Lightning est un préquel à la trilogie, à la fois du point de vue de l’histoire -sa conclusion finale suggère les événements qui vont se dérouler dans la trilogie et l’un des personnages principaux de Ball Lightning y réapparaîtra (Ding Yi)- et du point de vue du l’approche science-fictive de Cixin Liu.

Le jour de son quatorzième anniversaire, le narrateur, que l’on connaîtra uniquement sous le nom de famille Chen, est le témoin d’un phénomène rare, l’apparition d’une boule de foudre, qui provoque la mort de ses parents par incinération. Chen décide alors de consacrer sa vie à l’étude de ce phénomène. Il entreprend des études en physique atmosphérique et, lors d’une mission d’observation sur une montagne, il rencontre une jeune femme mystérieuse et séduisante, le major Lin Yun qui, elle, s’intéresse au potentiel militaire de la foudre. Après des années de recherche théorique sans réel progrès, Chen se laisse convaincre par Lin Yu de la rejoindre dans le programme de développement d’armes nouvelles, ce qui lui fournit l’occasion de travailler sur le phénomène qui l’obsède depuis ce jour fatal. De son côté, Lin Yu a elle aussi sa propre obsession, celle des armes, qu’elle a développée de façon pathologiquement morbide suite à la mort de sa mère sur le front lors des affrontements armés entre la Chine et le Vietnam. S’adjoignant le concours d’un théoricien tout aussi obsessif qu’eux, Ding Yi,  les trois personnages vont se lancer dans une course folle amenant au développement d’armes basées sur la physique de la foudre en boule, jusqu’à l’éclatement d’un conflit armé entre la Chine et les Etats-Unis, au cours duquel leur découverte aura des conséquences inattendues.

Efficacement écrit, Ball Lightning se lit comme un roman à suspense qui entraîne le lecteur page après page. C’est un page turner. Il propose une vision de la recherche scientifique, et s’appuie sur des personnages fouillés. Le rythme des découvertes est accompagné par les questionnements des personnages sur leurs motivations propres, lorsqu’ils sont confrontés à des séries d’échec et d’espoirs qui relancent sans cesse leur désir d’aboutir. L’auteur évoque les difficultés de convaincre les décideurs et d’obtenir les financements nécessaires à la poursuite des travaux. On ne voit pas le temps passer et sa lecture offre un très bon moment de SF… si tant est qu’on se débranche le cerveau.

Le sujet de la foudre en boule m’intéresse d’un point de vue personnel. Tout d’abord parce que j’en ai été témoin, et aussi pour des raisons professionnelles que je ne détaillerai pas ici.  L’explication du phénomène dans le roman est complètement farfelue, et fait appel à une physique encore plus farfelue (très succinctement, la foudre en boule est l’ionisation de poussières constituées principalement de silice et de carbone sous la forme d’un plasma. Si la dynamique physique n’est pas encore bien comprise, la composition chimique, elle, l’est. Mais ces découvertes sont postérieures au roman de Cixin Liu). Cixin Liu, comme il l’avait aussi fait dans la trilogie du problème à trois corps, imagine une nouvelle physique, et il faut bien lui reconnaître une imagination débordante, mais qui ne tient debout, notamment en raison des très nombreuses contradictions qu’elle comporte en son sein. Il est impossible d’y croire plus d’une nanoseconde et donc d’adhérer à l’histoire. De plus, un des points centraux du roman repose sur une interprétation stupide et fausse de la mécanique quantique.

J’ai donc un gros souci avec ce livre. Ball Lightning est un roman centré sur la thématique de la recherche scientifique et militaire et fait appel à des notions assez pointues. Cette focalisation le classerait comme roman de hard-SF, et réclame de la part du lecteur une certaine éducation scientifique. Le problème est que, dès lors que le lecteur possède cette éducation scientifique, il titube devant l’ineptie du propos.

On se trouve donc face à un paradoxe.

Ball Lightning est un roman réussi du point de vue de l’écriture, entraînante et troublante, quand bien même Cixin Liu s’abstient totalement d’aborder les questions philosophiques et sociétales des conséquences des technologies qu’il décrit (ce dont il s’explique par ailleurs dans la postface), se contentant d’explorer ses personnages. Mais c’est aussi un roman incroyablement frustrant du point de vue scientifique alors qu’il se donne des allures de hard-SF. Cela fonctionnerait peut-être si l’on pouvait faire abstraction de la science, sauf que ce sujet est au cœur du roman. Personnellement, j’ai beaucoup de mal à fermer les yeux, d’autant qu’il y a aussi quelques soucis idéologiques qui viennent se greffer à l’image que l’auteur donne de la recherche scientifique et de ses relations avec la recherche militaire. Mais il y aurait là des pages et des pages à écrire pour tout juste effleurer le sujet.

Ai-je pris du plaisir à lire ce livre ? Oui. Ai-je apprécié ce livre ? Non.


D’autres avis de blogueurs :  GromovarBlog-O-Livre.


Titre : Ball Lightning
Auteur : Cixin Liu
Publication : 14 Août 2018
Langue : anglais
Nombre de pages : 384
Format : papier et ebook



Catégories :Romans

Tags:,

3 réponses

  1. S’il y avait eu une cohérence interne de l’aspect scientifique, je t’aurais dit que, sur le plan taxonomique, elle suffisait à classer tout de même ce livre dans la Hard SF, même si des découvertes postérieures à sa parution invalidaient les hypothèses faites. Maintenant, si l’édifice ne tient pas debout et se contredit lui-même, le classement dans ce sous-genre est en effet plus douteux, ce qui placerait donc Ball lightning dans la Soft-SF.

    Le plus paradoxal là-dedans reste tout de même ton ultime phrase, même si j’en saisis tout à fait l’essence. Je ne savais pas qu’il y avait des chats de Schrödinger chez les Harkonnen, qui sont à la fois satisfaits et insatisfaits d’un livre 😉

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  2. Je crois que je ne vais pas ouvrir la boîte cette fois-ci, et laisser le lvre dans cet état « incertain » et simultané.

    Aimé par 1 personne

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