En regardant pousser les arbres – Peter F. Hamilton

hamiltonEn regardant pousser les arbres est une courte novella, 92 pages, de Peter F. Hamilton publiée sous le titre original Watching Trees Grow en 2000, puis traduite par Jean Claude Mallé pour Bragelonne et publiée en français en 2002 dans l’anthologie Faux-rêveurs. On la retrouve dans le recueil Manhattan à l’envers sorti en 2013, toujours chez Bragelonne, et enfin le texte seul est disponible en format électronique.

Peter F. Hamilton est principalement connu pour ses longs cycles de space opera, à l’image de la saga du Commonwealth, la Trilogie du vide, et les Naufragés du Commonwealth. La Saga du Commonwealth (L’étoile de Pandore) atteint par exemple les 2000 pages. Quand bien même c’est remarquable au niveau du worldbuilding, on pourrait éventuellement lui reprocher une certaine tendance au tartinage de masse. Il est donc intéressant de découvrir de quoi il est capable dans un format court.

Verdict : j’ai trouvé cette novella brillante.

Les Borgia sont toujours au Vatican, me rappela Rebecca.

Oxford, Angleterre
An de grâce 1832

Edward Bucahanan Raleigh est réveillé un matin par la sonnerie de son téléphone en bakélite noire. Son supérieur hiérarchique, Francis Haughton Raleigh l’informe qu’ils ont un sacré problème sur les bras : le meurtre de Justin Ascham Raleigh, un étudiant en physique. En regardant pousser les arbres commence comme un enquête policière dans une Angleterre du XIXe siècle, qui rappelle les ambiances d’Edgar Allan Poe. A ceci près que nous sommes dans une uchronie, que l’empire romain n’a pas périclité il y a quinze siècle mais couvre désormais toute la planète. La société est dominée par de grandes familles nobles qui à force de sélection génétique (naturelle) sont parvenus à étendre grandement l’espérance de vie de leurs membres. Ceux qui n’appartiennent pas à ces grandes familles, de classes sociales moindres, sont des Éphémères.  Le pouvoir économique et politique de ces familles est comme on peut s’y attendre énorme. La forme de stabilité que ce système a apporté à la société a deux conséquences directes : les guerre et les crimes violents ont été abolis, et les progrès scientifiques sont plus rapides dans ce monde alternatif que dans le nôtre. En 1832, il y a ainsi des voitures électriques dans les rues et les moteurs à explosion, trop polluants, ont été interdits. L’enquête sur le meurtre de Justin Ascham Raleigh, relatée sous la forme de discussions et d’interrogatoires des suspects, va occuper près de la moitié du texte et ne mener à rien. A ce moment de la lecture, on se demande un peu où Hamilton cherche à nous emmener.

Manhattan
an de grâce 1853

Et puis on saute soudain en 1853. Francis Haughton Raleigh est décédé depuis quelques années, Edward Bucahanan Raleigh l’a remplacé à son poste. Il est facilitateur dans les affaires qui touchent la famille Raleigh. L’enquête n’a jamais abouti. Les progrès de la science sont de plus en plus fulgurants et le premier homme s’apprête à poser le pied sur la Lune. Les preuves récoltées lors de l’enquête sur le meurtre d’il y a 20 sont toujours conservées dans des frigos cryogéniques. Edward continue une heure par semaine, un jour par mois, à enquêter sur cette affaire.

Ganymède
An de grâce 1920

Les progrès de l’aérospatiale et de la médecine sont toujours plus rapides et l’humanité explore et conquiert les planètes du systèmes solaires, notamment pour remédier à la croissance exponentielle d’une population qui maintenant à atteint une quasi immortalité mais fait toujours autant d’enfants (catholicisme de l’empire romain oblige). Les progrès de la science permettent aussi à Edward de sans cesse réévaluer son enquête sur le meurtre du siècle dernier.

1971… 2000… 2038

On a compris que l’enquête sur le meurtre du jeune étudiant n’est que le fil rouge d’un récit dont l’objet n’est autre que de nous faire voyager dans le temps et être les témoins d’une évolution technologique accélérée de la société humaine. Et comme l’auteur est Peter F. Hamilton, il va aller loin vers les étoiles et se permettre d’écrire des phrases comme :

En disparaissant, la dernière traînée de lumière des hyperpropulseurs emporta avec elle l’étrange ombre double que projetait le chêne.

La seconde partie du livre est superbe d’inventivité, de hard-SF, de sense of wonder. DE par la concision du texte, Hamilton ne fait qu’effleurer certains grands thèmes, mais ils sont bien présents.  Il évoque le « future shock » d’Alvin Toffler, la pression exercée sur les individus et la société lorsque les changements se font trop rapidement, ou l’état psychologique au fur et à mesure des années d’individus devenus immortels, comme chez Egan dans la nouvelle Border Guards, ou encore le post-humanisme qu’il esquisse en fin de novella. C’est le genre de SF que j’aime car elle me transporte. Le meurtre sera résolu, 206 ans après avoir été commis, et de manière très satisfaisante. Le motif sonne juste dans la société qu’Hamilton nous décrit et prend tout son sens dans l’évolution du monde pendant ces deux siècles.

Peter F. Hamilton montre avec En regardant pousser les arbres qu’il sait être percutant dans le format court en proposant une histoire passionnante de progrès et de SF à grande échelle. J’ai beaucoup apprécié ce texte court qui sous certains aspects me rappelle Accelerando de Charles Stross. Hamilton aurait dû en faire un livre de 300 pages, cela aurait été fantastique.

Vous pouvez lire un avis sur le recueil Manhattan à l’envers sur le Culte d’Apophis et sur Quoi de neuf sur ma pile.


Sur Amazon.fr : En regardant pousser les arbres


Livre : En regardant pousser les arbres
Auteur : Peter F. Hamilton
Publication originale : 2000
Traduction : Jean Claude Mallé pour Bragelonne 2002
Nombre de pages : 92
Format : ebook (2013)



Catégories :Novella

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6 réponses

  1. C’est clairement le texte le plus frustrant d’Hamilton. Un peu comme avec Latium de Lucazeau, on aurait aimé voir l’uchronie naître « en direct », voir ses premiers siècles, sa conquête du monde, plutôt que cela nous soit raconté de façon ultra-condensée. On aurait aussi aimé que l’auteur revienne à cet univers à l’énorme potentiel, dans un ou plusieurs livres de 500 pages, mais il ne semble pas en prendre le chemin, puisque sa nouvelle trilogie s’inscrit dans un contexte différent. C’est vraiment, vraiment dommage que la seule fois où il aurait fallu faire long à tout prix, son choix ait été de faire court. Content que tu aies aimé, en tout cas, belle critique !

    Aimé par 1 personne

  2. Chose amusante, ou pas d’ailleurs, moi qui ne suis pas tenté par du Hamilton en format long (parce que la Hard SF et moi…), je suis là titillé et plutôt tenté pour lui donner une chance si je le croise, justement pour ce format court. ^^

    Aimé par 1 personne

Rétroliens

  1. L’œil d’Apophis – Numéro 11 | Le culte d'Apophis

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