House of Suns – Alastair Reynolds

houseAlastair Reynolds est un écrivain britannique qui, comme de nombreux auteurs de la tendance hard-SF, possède une formation scientifique. Dans son cas, c’est plus qu’une simple formation puisque son doctorat d’astronomie l’a amené à travailler en tant qu’astrophysicien pendant 13 ans à l’agence spatiale européenne. Ce n’est qu’en 2004 qu’il décide de consacrer tout son temps à l’écriture. Ces précisions biographiques me semblent importantes pour aborder le contenu de l’oeuvre littéraire de Reynolds qui penche du côté hard de la hard-SF mais relève aussi du space-opera, ce qui lui permet de trouver un équilibre et rester abordable par de nombreux lecteurs. Fait d’armes notoire, Alastair Reynolds a décroché un contrat d’un million de livres sterling avec l’éditeur Gollancz pour l’écriture de 10 livres en 10 ans. Preuve s’il en est qu’il a la capacité de s’adresser à un lectorat large.

Alastair Reynolds est principalement connu pour le cycle des Inhibiteurs, ouvert en 2000 avec Revelation Space, et qui est constitué à ce jour de cinq volumes avec un sixième dont la sortie est prévue en 2018. A côté de cela, il a publié la trilogie des Enfants de Poséidon, bon nombre de nouvelles, et quelques romans indépendants. Si, jusqu’ici, j’appréciais l’imagination d’Alastair Reynolds, j’ai souvent été critique sur son style pas suffisamment tendu à mon goût, ses occasionnelles incohérences scénaristiques, et des personnages de guingois.

House of Suns est le roman que j’attendais d’Alastair Reynolds. Très exactement celui que ses écrits lus me promettaient sans jamais vraiment me le livrer. Avec House of Suns, je tiens enfin mon Alastair Reynolds. Et pourtant, il n’est pas récent, ce roman,  puisqu’il date de 2008. Oui, mais c’est ainsi, décalage relativiste oblige, il ne m’arrive qu’en 2018.

I was born in a house with a million rooms, built on a small, airless world on the edge of an empire of light and commerce that the adults called the Golden Hour, for a reason I did not yet grasp. I was a girl then, a single individual called Abigail Gentian.

House of Suns est l’histoire d’une jeune fille, Abigail Gentian, héritière d’une famille industrieuse qui a perfectionné la technique du clonage, et qui au XXXIe siècle vit sa vie de petite fille enfermée pendant 35 ans dans une maison aux dimensions à peine concevables, à la structure toujours changeante, et aux pièces emplies de fantômes. Pour tromper son ennui, Abigail joue. Elle joue à la princesse dans une simulation, le Palatial. elle y défend son royaume contre son ennemi le conte Mordax.

I had already seen dozens of empires come and go, blossoming and fading like lilies on a pond, over and over, seasons without end. Many of those empires were benevolent and welcoming, but others were inimical to all outside influences. It made no difference to their longevity.

House of Suns est l’histoire de la lignée Gentian, une famille de 1000 clones qui depuis 6 millions d’années parcourt la Voie Lactée, afin de construire une archive collective sans cesse mise à jour de l’expansion humaine d’étoile en étoile, de l’émergence et la disparition de civilisations, désormais disséminées à travers toute la galaxie. Chaque Gentian voyage seul, ou presque, à travers la galaxie, suivant un circuit de 200 000 ans. Puis il retrouve ses clones lors des Mille Nuits, pendant lesquelles ils mettent leurs mémoires en commun, avant de s’en retourner parcourir l’univers humain. Car voilà, l’humanité est seule dans la galaxie. Aucune autre espèce vivante n’a été découverte. Il y a bien eu une civilisation précédente, les Priors, déjà disparue lorsque l’humanité s’ébattait encore au fond des océans sous forme d’amibes. Les prédécesseurs ont laissé quelques artefacts dans la galaxie, d’une technologie tellement avancée que 6 millions d’années n’ont pas permis de la comprendre, tout juste de l’utiliser à des fins détournées. Les Gentian ne sont pas la seule lignée. Elles sont plusieurs, regroupées au sein de la Commonality. Chaque lignée s’est donnée une spécialité. Certaines terraforment les planètes, pour que des sociétés humaines puissent s’y installer, d’autres déplacent des planètes et des étoiles. Réutilisant, déplaçant, réajustant les anneaux-mondes des prédécesseurs, la lignée Gentian, elle, construit des barrages stellaires. Des constructions qui ont pour but d’éviter qu’une étoile en fin de vie n’annihile entièrement des civilisations lorsqu’elle devient supernova. Mais, quoi qu’il arrive, les civilisations sont amenées à disparaître au bout de quelques millions d’années, en moyenne deux, qu’elles soient expansionnistes ou isolationnistes, cela ne change rien. C’est un cycle, un turnover. Pour avoir vécu 6 millions d’années, les lignées sont les plus anciens humains de l’univers. Miracle qu’elles ont accompli justement en ne développant pas de civilisation, mais en restant toujours nomades. De par leur rôle, leur puissance et leur longévité, les lignées sont vues par les civilisations éphémères, et parfois eux-mêmes, presque à l’égal des dieux, autant craints que respectés. Les lignées obtiennent toujours ce qu’elles veulent. La première fois, elles demandent. La seconde, elles prennent.

– What is House of Suns ?
– No such thing exists.

House of Suns est l’histoire du plus vaste complot que l’Histoire des dieux et des hommes ait connu. Un complot qui implique toutes les lignées, tous les humains, les machines, le passé et le futur, et les galaxies. Le roman débute avec le voyage de Campion et Purslane Gentian, un couple illégitime de clones vers la prochaine réunion de leur lignée. Réunion qui n’aura jamais lieu. La lignée Gentian est victime d’une attaque aussi brutale que sans précédent.

House of Suns est aussi l’histoire de mille civilisations humaines, couvrant des millions d’années, parcourant des dizaines de milliers d’années lumière à des vitesses relativistes, mais toujours, implacablement, en-deçà de la limite physique. Cette limite qui les isole, au point qu’elles divergent culturellement et physiquement, même si elles restent irrémédiablement humaines. Il est impossible de résumer le temps d’une critique l’ensemble des thématiques abordées dans ce roman. Que ce soit le post-humanisme, la physique des voyages spatiaux, les technologies en tout genre, l’intelligence artificielle, la vie biologique ou a vie artificielle, la structure de la mémoire, la liste est longue et ces thèmes sont traités de manière pointue, hard-SF vous dis-je. Mais Reynolds n’assomme pas le lecteur de détails techniques.  Par contre, il dissémine des informations dans le texte, à l’usage des hard-SFeurs qui liront ainsi entre les lignes et trouveront leur compte.  Comme lorsqu’il écrit, par exemple, « Silver Wings was bending space in one direction, surfing the distortion« , le fanatique saura que le mode de propulsion s’appuie sur la métrique d’Alcubierre, sans que cela ne soit indigeste pour le lecteur qui n’a pas l’envie de plonger les mains dans le cambouis.

Comme souvent chez Reynolds, cette histoire est racontée suivant plusieurs points de vue. Il y a l’histoire d’Abigail Gentian, il y a 6 millions d’années,  cruciale car elle prédétermine tous les éléments de l’histoire future. Dans ce futur, le roman donne tour à tour, à la première personne, les récits de Campion et Purslane. Il faudra être attentif au contexte pour savoir qui parle, car il est parfois difficile de les distinguer l’un et l’autre, mais n’oublions pas qu’ils sont clones et partagent en grande partie la même mémoire (et pas que). J’ai volontairement omis de nombreux autres personnages, car je ne veux pas trop révéler de cette construction titanesque. Chaque détail a son importance, et il vaut mieux avoir une lecture attentive.

Alastair Reynolds repousse dans House of Suns tous les cadres précédemment établis par la SF. Je ne connais aucun autre roman d’une telle démesure. Une place dans la catégorie chefs-d’oeuvre sur ce blog ne s’acquiert pas en une lecture, c’est un processus qui s’inscrit dans le temps, lorsqu’un ouvrage ne me quitte plus et devient une référence à la mesure de laquelle je juge d’autres œuvres. Il n’est pas impossible que House of Suns un jour y entre.

Voir aussi la critique d’Apophis.


Sur Amazon.fr : House of Suns


Livre : House of Suns
Auteur : Alastair Reynolds
Publication : 2008
Langue : Anglais
Nombres de pages : 512
Format : papier et ebook



Catégories :Romans

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9 réponses

  1. Excellente critique ! Totalement d’accord avec toi sur le fait que c’est probablement le chef-d’oeuvre de l’auteur et un roman qui explose toutes les (dé)mesures habituelles de la SF, même la plus ambitieuse. Il ne nous reste plus qu’à pleurer sur le fait que nos petits camarades qui ne lisent pas l’anglais ne connaîtront jamais le plaisir infini de savourer ce bouquin 😦

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    • Je ne comprends pas qu’il ne soit pas traduit. On me répète à loisir qu’il n’y a pas de marché pour la SF en France. Je pense que pour qu’il y ait un marché, il faut qu’il y ait une offre de qualité. D’ailleurs, il me semble que la collection Une Heure Lumière marche plutôt bien, et quand on voit le succès incroyable de la campagne participative de Mnémos, on se dit qu’il a des gens en France prêt à acheter des livres de SFFF (et sans doute pas que HPL). J’aimerais chroniquer plus souvent des livres de SF de qualité en français sur ce blog, mais honnêtement, ils sont rares ou vieux.

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  2. Je suis d’accord avec Apo : excellente chronique. L’anglais n’a pas l’air trop compliqué à lire.

    Aimé par 1 personne

Rétroliens

  1. House of suns – Alastair Reynolds | Le culte d'Apophis
  2. Noumenon – Marina J. Lostetter – L'épaule d'Orion

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