Un pont sur la brume – Kij Johnson

pont

Un Pont sur la Brume est un beau texte, qui ne relève pas de la science fiction à proprement parlée. On parlera plus généralement d’une littérature de l’imaginaire, voire de littérature blanche mâtinée d’un soupçon de fantastique, rappelant la littérature japonaise ou chinoise actuelle. Je trouve d’ailleurs cette influence assez marquée dans cette novella de l’auteure américaine Kij Johnson, au point que si l’histoire se déroule dans une contrée fictive, on l’imagine assez aisément s’inscrivant dans l’empire du milieu.

L’Empire est scindé en deux par un fleuve, long et large, couvert d’une brume hostile, corrosive, habitée de créatures fantastiques, dangereuses, et dont la texture semi-solide la rapproche plus d’une sorte de mousse sur laquelle il est possible de naviguer, plutôt que d’un brouillard fait de gouttelettes d’eau en suspension. La brume constitue l’élément fantastique de la nouvelle. On n’en saura pas plus, ni sur ses origines, ni sur les créatures qui l’habitent. A partir de là, l’histoire sera celle de Kit Meinem d’Atyar, architecte de la capitale, issu d’une famille qui construit pour l’empire depuis plus de mille ans, et de Rasali Bac, dont la famille, peut-être depuis aussi longtemps, dirige de génération en génération les bateaux qui seuls traversent la brume pour relier les deux rives du fleuve éloignées de 400m. Kit Meinem passera 5 années entre Loinville et Procheville, pour mener à terme l’immense projet de l’Empire qui est de construire un pont sur la brume, qui enfin réunira les deux rives de manière sûre. Le pont sur la brume est la fin d’un monde et le début d’un autre, où les humains jusqu’ici définis par leur fonction, jusque dans leur patronyme, devront se réinventer. Rasavi va ainsi voir sa vie bouleversée par ce changement dont Kit Meinem est l’instrument, et c’est la relation entre ces deux personnages que la nouvelle explore.

Nombres de critiques louent l’aspect humain qui est au centre des qualités de la nouvelle. Je suis évidemment d’accord. La relation qui se tisse entre Kit Meinem et Rasavi, jusqu’au dénouement, est joliment construite, sonne toujours juste, et constitue la poésie de cette nouvelle, et son ancrage philosophique, voire politique.

Mais j’avoue aussi ne pas faire pas partie des gens qui estiment que toute bonne littérature se doit avant tout de parler de l’humain et de ses sentiments. Pour tout dire, je trouve même cette revendication littéraire tout à fait narcissique. La fresque des sentiments humains, si elle peut être appréciable, ne constitue qu’un pan des possibilités de la littérature. Et de fait, ce qui m’a le plus charmé dans Un Pont sur la Brume, c’est tout ce qu’il y a autour. En premier lieu, la création en quelques lignes d’un monde fascinant et d’une atmosphère tout à fait envoûtante. A ce titre, j’ai assez apprécié le fait qu’on reste dans l’ignorance quant à l’origine de la brume ou son écologie, même si on en ressent une certaine frustration. On est dans le fantastique, la présence inexpliquée qui façonne ce monde, et la vie humaine qui s’organise autour d’elle. La brume est le personnage principal de la nouvelle. Kit Meinem et Rasavi n’en sont que des personnages secondaires. J’en viens à souhaiter que Kij Johnson emmène à nouveau à l’avenir ses lecteurs dans cet univers, qu’on ne fait ici qu’effleurer, à le parcourir à travers différents récits qui étofferaient ce monde.

Voir les critiques de Lecture 42, de Lutin, d’Apophis, de L’ours inculte, de Vert


Livre : Un pont sur la brume
Collection : Une Heure Lumière (Le Bélial)
Auteur : Kij Johnson
Publication : 2017
Langue : Français (traduction de Sylvie Denis)
Nombre de pages : 160
Format : papier et ebook
Prix : Nebula (2011) et Hugo (2012)



Catégories :Novella

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