Neverness – David Zindell

nevernessNeverness est la version originale du roman de David Zindell traduit en français sous le titre Inexistence. Pourquoi le choix de l’anglais ? D’abord parce que je préfère lire les versions originales, mais aussi parce que l’ouvrage est devenu introuvable neuf, et qu’il n’existe qu’en anglais en version électronique. Je préfère vous prévenir que pour aborder cet ouvrage en VO une bonne maîtrise de l’anglais est nécessaire car l’écriture de David Zindell est emplie de langage technique et de nombre de néologismes que seuls les lecteurs habitués à lire dans cette langue saisiront. Cela dit, le style de l’auteur est un ravissement et le jeu des mots est superbement créatif et récréatif.

Neverness est souvent comparé à Dune de Frank Herbert. On y retrouve en effet des points communs. Tous deux sont des space operas aux dimensions épiques adoptant la forme de romans initiatiques où le personnage principal endosse la fonction du héros en quête de divinité, dans un univers où la diaspora humaine s’est étendue à travers la galaxie, et dans lesquels la société hiérarchisée par les castes professionnelles ou religieuses possède des contours politiques moyen-âgeux. Principal lieu de l’action, Dune est la planète des sables, Neverness est la planète des glaces. On pourrait ainsi continuer à développer les similitudes, mais les différences sont aussi majeures.

Là où Dune était un roman politique, Nerverness est un roman philosophique. le Paul Atréides de Frank Herbert est un jeune noble qui se fera prophète pour lever un djihad visant à renverser le pouvoir politique et religieux en place. Le Mallory Ringess de Zindell est un jeune pilote qui se verra lancé dans une quête dont le but n’est ni plus ni moins de trouver le sens de la vie dans l’univers. Impétueux et arrogant (voire carrément tête à claques), il va parcourir un univers peuplé d’espèces aux origines humaines lointaines et habité d’intelligences artificielles quasi-divines. Au long de son parcours, il va être amené à repenser ses conceptions de la vie, du libre arbitre, et de la conscience, pour aboutir à transcender lui-même sa condition humaine et… je n’en révèle pas plus. Mallory, souvent aux moments les plus incongrus mais il y a une bonne raison à cela, se lance dans de très belles réflexions sur le libre arbitre, la conscience, la mémoire, etc….

Là où Dune était un roman de soft SF, évacuant l’aspect scientifique de l’anticipation, Neverness s’inscrit pleinement dans la hard-SF, avec notamment l’accent mis sur les mathématiques.

C’est un monde post-singularité où les intelligences artificielles ont évolué, jusqu’à atteindre des dimensions interstellaires. L’une d’elles, the Solid State Entity (malencontreusement traduite par « Entité compacte » dans la version française, ce qui n’a bien sûr aucun sens, puisque Solid State désigne ici le transistor à semi-conducteur) est constituée de lunes gravitant autour de multiples étoiles.

In my mind, time dilated and stretched out like a sheet of rubber, seconds becoming hours, and hours like years. This slowing of time was necessary, for otherwise the flickering rush of stars would have left me too little time to establish my isomorphisms and mappings, to prove my theorems. Or I would have dropped into the photosphere of a blue giant, or fallen into an infinite tree, or died some other way.

Les voyages supra-luminiques ne se font pas ici dans un état de conscience induit par l’absorption d’une drogue mais en résolvant la topologie complexe de l’espace temps à grands coups de conjectures et de théorèmes mathématiques que les pilotes-mathématiciens se doivent de résoudre infiniment rapidement en étant assistés par l’ordinateur de leur engin spatial. Cela donne lieu à de superbes pages dans lesquels les mathématiques se mêlent à des descriptions de la structure de l’univers, guidées par la règle première du voyage intersidéral : « Prove your theorems or die ». J’adore !

Enfin, au centre de la quête philosophique, voire mystique de Malory Ringess, se trouve l’ADN humain, que partage tout du moins en partie, la plupart des espèces d’origine humaine.

Cependant, tout n’y est pas parfait. Notamment, au cours de sa quête, Mallory Ringess et quelques compagnons sont amenés à s’immerger au sein d’une société néandertalienne. Ce long passage qui constitue la partie centrale du roman ne m’a pas particulièrement convaincu, ni dans sa justification vis à vis de l’histoire, ni dans sa forme. En fait cette partie m’a carrément ennuyé. A l’inverse, la résurrection de Mallory par une civilisation trans-humaniste sur la planète Agathange est un chapitre brillant du livre.

En conclusion, Neverness est un roman de SF ambitieux et abouti, qui contient de superbes pages. J’ai été particulièrement sensible à cet aspect hard-SF, et la description de la mécanique des voyages à travers l’espace est pour moi une des grandes trouvailles de ce livre. Il vaut mieux ne pas avoir les mathématiques en horreur pour apprécier ces pages. le style de l’auteur est magnifique, et ses inventions de langage sont particulièrement riches.

Voir la critique d’Apophis


Livre : Neverness
Série : Neverness (Book 1)
Auteur : David Zindell
Publication : 1988
Langue : Anglais
Traduction : Inexistence (1989)
Nombre de pages : 768
Format : papier et ebook



Catégories :Romans

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Rétroliens

  1. Inexistence – David Zindell | Le culte d'Apophis

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