
Il est rare que j’écrive sur des albums de BD, n’étant pas un lecteur assidu du genre, et donc sans grande légitimité pour en parler. Mais parfois, cela s’impose. C’est le cas de Un jour j’écrirai mon nom, de Clément C. Fabre. Cet ouvrage, préfacé par Nicolas « il-est-partout » Martin, adapte la nouvelle de Greg Egan, Le Coffre-fort (The Safe-Deposit Box, 1990), que l’on peut lire dans le recueil Axiomatique, publié au Bélial’.
La question de l’identité personnelle a été mille fois abordée en science-fiction à travers le trope du clone et son corollaire évident : comment savoir si je suis l’original ? En 1990, Greg Egan proposait un retournement de la question : qui est-on lorsqu’on se réveille chaque matin dans un corps différent ?
C’est le quotidien du narrateur de cette histoire. Depuis sa naissance, il passe chaque jour d’un corps à l’autre. Une nouvelle apparence, une nouvelle vie, sans conserver le moindre élément stable de son existence. Enfant, il croit d’abord que cette situation est normale : il change de maison, de parents, d’école. Mais il comprend rapidement qu’il est le seul dans ce cas.
Peu à peu, il réalise que sa situation obéit à certaines règles. Il grandit avec ses hôtes, un jour à la fois, toujours des hommes qui habitent la même ville. Il détermine que, statistiquement, il peut se retrouver dans le corps d’environ un millier d’hommes de son âge. Il lui arrive donc de retrouver certains d’entre eux plusieurs fois, à des mois ou des années d’écart, ou même de croiser celui qu’il a été, un jour. Mais pour lui, impossible de construire des amitiés, et encore moins une relation amoureuse.
Il commence à noter tout ce qu’il vit et rassemble les éléments qui lui permettent de garder une trace de toutes ces existences dans un « coffre-fort », une consigne de la gare.
Un matin, il se réveille dans le corps d’un infirmier. Cette journée va changer sa vie.
Clément C. Fabre reste fidèle au récit de Greg Egan, qu’il transpose dans une petite ville de France, mais il se l’approprie totalement. En un sens, il prolonge la nouvelle originale et lui apporte une humanité qui manquait peut-être au texte d’origine. Le résultat est un superbe récit graphique, qui fait honneur à cette littérature du vertige qu’est la science-fiction, et que j’ai énormément apprécié.

- Titre : Un jour j’écrirai mon nom
- Auteur : Clément C. Fabre
- Publication : 25 septembre 2026, Dargaud
- Nombre de pages : 128
- Format : relié (20,50 €)