Au-delà du ciel – Chloé Chevalier

Il y a tout juste deux ans, Chloé Chevalier délaissait la fantasy, domaine dans lequel elle avait publié plusieurs romans, pour s’essayer à la science-fiction avec Les Essaims. Parue dans la toute jeune collection Le Labo d’Ailleurs et Demain, chez Robert Laffont, cette novella a remporté le Grand Prix de l’Imaginaire en 2025. L’autrice poursuit aujourd’hui son exploration du genre avec Au-delà du ciel, qui nous ramène sur Gloire, une planète croisée dans Les Essaims, mais à une époque antérieure. On y retrouve notamment la Matière Pourpre, dont la découverte, au cœur de ce nouveau récit, annonce une transformation profonde de la civilisation. Une histoire qui se déroule donc très, très longtemps avant celle de Les Essaims.

Bien que l’univers soit fictif – un autre temps, une autre galaxie –, le cadre d’Au-delà du ciel, à en juger par son niveau de développement technologique, pourrait tout aussi bien être le nôtre, ici et aujourd’hui, sur Terre.

La station spatiale LOCE – inspirée notre ISS, jusque dans certains détails techniques qui donne à cet aspect du roman une crédibilité scientifique très poussée – arrive en fin de vie. Trop coûteuse et reléguée au second plan par de nouveaux objectifs, elle va progressivement être démantelée. Selmig, jeune spationaute au parcours exceptionnel, fait partie de son équipage. Une fois sa mission achevée et de retour sur Gloire, elle devient porte-parole de la Collaboration internationale, qui pilote l’exploration spatiale. À ce titre, elle doit défendre un projet de nouvelle base de lancement sur les Terres, un archipel isolé dont la population autochtone fut l’une des dernières à intégrer, sous la contrainte, la grande unité mondiale – difficile ici de ne pas penser à la Guyane. Pour ses habitants, cette implantation constitue une nouvelle atteinte à leur territoire, à leurs traditions et à leur culture, sans la moindre contrepartie. Une ZAD s’est donc installée sur le site retenu pour la future base afin d’en empêcher la construction. Parmi les militants se trouve Lalatiana, originaire des Terres, dont Selmig fut la doublure durant leur formation commune, avant qu’il ne quitte brusquement le programme spatial.

Même si cette entrée en matière permet de découvrir l’univers et de faire connaissance avec les personnages, je dois avouer que je l’ai trouvée un peu lente. Nous comprenons assez vite que Selmig et Lalatiana partagent un passé commun et une histoire d’amour contrariée qui ne demande qu’à reprendre. Heureusement, le récit ne tarde pas à prendre de l’ampleur, bien au-delà des seuls destins de ses deux protagonistes.

« On l’a fait pour le faire. C’est l’humanité qui s’expérimente elle-même au sein du fondamentalement non-humain : l’espace. »

Selmig repart bientôt en mission pour un voyage de plusieurs mois vers Espérance, une planète voisine encore inexplorée. Évidemment, tout ne se passe pas comme prévu : sinon, où serait l’intérêt ? L’équipage doit regagner Gloire à bord d’un vaisseau contaminé par une étrange matière rosâtre. Pendant ce temps, Lalatiana et quelques camarades se lancent dans une action politique spectaculaire, mais pour le moins inconsidérée. Les trajectoires des deux anciens compagnons sont donc appelées à se croiser de nouveau, tandis que, sur Gloire, les événements s’enchaînent et que l’avenir de la société se redessine, pour le meilleur ou pour le pire.

Au-delà du ciel est un roman ambitieux, qui multiplie les pistes sans s’enfermer dans une thématique unique. Chloé Chevalier entretient la curiosité en faisant constamment évoluer son récit. Les enjeux politiques et coloniaux côtoient les questions d’engagement individuel et collectif, tandis que l’exploration spatiale ouvre sur des réflexions autour du langage, de l’identité et de l’altérité. Le roman joue également avec le temps, les ruptures et l’incertitude de l’avenir. Et lorsque l’on croit avoir pris la mesure de son univers, les dernières pages nous entraînent encore ailleurs, dans l’espace comme dans le temps, ouvrant des perspectives vertigineuses.

Malgré un démarrage lent et un rythme parfois inégal, j’ai été vraiment enthousiasmé par Au-delà du ciel et par ce que Chloé Chevalier nous propose. En ce moment plongé dans les méandres de la traduction, je tiens aussi à souligner la qualité de son écriture. Quant aux nombreuses questions laissées en suspens, notamment sur la véritable nature de la Matière Pourpre, elles donnent envie de retrouver cet univers. On peut raisonnablement penser que l’autrice n’en a pas fini avec lui. Pour ma part, je prends rendez-vous.


  • Titre : Au-delà du ciel
  • Autrice : Chloé Chevalier
  • Publication : 17 septembre 2026, Robert Laffont, coll. Ailleurs et Demain
  • Illustration de couverture : Lucille Clerc
  • Nombre de pages : 384
  • Format : Broché (21,90 €) et numérique (14,99 €)

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