Les romans de science-fiction à lire ou à offrir en 2024

Comme chaque fin d’année, à un mois de Noël, L’épaule d’Orion vous vient en aide car – attention spoiler – le père Noël n’existe pas et vous allez devoir vous débrouiller avec vos listes de cadeaux. Des mois durant, nos équipes ont battu la campagne et scruté les nouvelles sorties en littérature de l’imaginaire, lu les romans publiés sur l’ensemble du territoire pour finir, entre perplexité et désarroi, par établir une liste certifiée conforme du meilleur de la science-fiction de 2024. Bref, j’ai lu quelques bouquins et je vous propose une courte sélection de trucs chouettes à lire ou à offrir, si le cœur vous en dit.

Cette année confirme la tendance observée les deux années précédentes, la production anglosaxonne actuelle est assez pauvre, à de rares exceptions près. À l’inverse, la SF hexagonale se réveille et fournit parmi les meilleurs textes qu’on puisse lire ces temps-ci. On trouvera donc dans cette sélection, et c’est une nouveauté ici, une majorité d’auteurs et d’autrices de chez nous.

(Il est toujours bon de le rappeler : cette liste n’a pas pour prétention de sanctionner ou classer des œuvres les unes par rapport aux autres, mais de suggérer des lectures parmi les romans que j’ai lus et qui m’ont enthousiasmé. Il s’agit d’un choix personnel, par nature incomplet et subjectif, et je n’ai pas lu tous les livres.)


Le roman de l’année

L’épaule d’Or 2024 est attribuée aux Champs de la Lune de Catherine Dufour. Pour son retour tant attendu, Catherine Dufour s’offre une place dans le catalogue de la collection Ailleurs et Demain. Les Champs de la Lune est un planet opera intimiste qui ambitionne de vous faire abandonner l’idée que la vie humaine sur une autre planète que la Terre – quand bien même il s’agirait de sa voisine la plus proche, à savoir ici la Lune – puisse être une partie de plaisir. Au style taquin qu’on lui connait, l’autrice mêle la poésie des descriptions des paysages lunaires (rivalisant avec celles de la planète Mars qu’on trouve chez Robinson) et le sens du vertige lorsque le regard porte au loin. Un superbe roman. (Ma critique du roman a été publié dans le numéro 116 de la revue Bifrost)

Les Champs de la Lune – Catherine Dufour – Robert Laffont, coll. Ailleurs et Demain – 26 septembre 2024 – 288 pages – 20,50 €


Les grosses productions

Deux auteurs, l’un anglais l’autre français, des plumes confirmées, se distinguent particulièrement cette année dans la catégorie roman de science-fiction, qui illustrent l’un le vertige, et l’autre son opposé.

  • La maison des Soleils – Alastair Reynolds

Sans conteste un des poids lourds non seulement de l’année mais aussi de la décennie, de la SF flamboyante, qui s’inscrit en définition des vertiges propres au genre et incarne la raison pour laquelle on est amateur du genre : La Maison des Soleils d’Alastair Reynolds.  Dans ce space opera grandiose, l’auteur gallois repousse tous les cadres précédemment établis par la SF. C’est le roman de la démesure. Il aurait pu être mon choix pour le roman de l’année, mais publié en VO en 2008, il commence un peu à dater pour prétendre à ce titre. Un immense roman, nonobstant. (Voir la chronique complète)

La Maison des Soleils – Alastair Reynolds – Le Bélial’ – 18 avril 2024 – Traduction Pierre-Paul Durastanti – 512 pages – 24,90€

  • La Vallée du Carnage – Romain Lucazeau

Romain Lucazeau, pour sa part, ne vise pas le vertige dans son dernier roman. Il vise le KO.  La Vallée du Carnage repose sur l’allégorie d’une uchronie qui fait tout pour créer le malaise profond face à la contemplation de l’abysse. Imaginant une antiquité qui aurait perduré jusqu’à l’ére de l’atome, Lucazeau pousse les curseurs au maximum, et décrit l’horreur de la guerre éternelle, celle dans laquelle l’humanité ne cesse de se replonger encore et toujours. C’est un livre brutal, exigeant, et terrifiant. Ce sera aussi certainement le roman de plus controversé de l’auteur à ce jour. (Ma critique du roman a été publié dans le numéro 116 de la revue Bifrost)

La Vallée du Carnage – Romain Lucazeau – Verso – 27 septembre 2024 – 448 pages – 22,90 €


Les p’tits nouveaux

Puisque cette sélection s’intéresse aux romans de l’année, il me semblait qu’une catégorie « premier roman » s’imposait.

  • La Montagne dans la mer – Ray Nayler

Evidemment, vous vous y attendiez, le premier roman de Ray Nayler, La Montagne dans la mer, trouve sa place dans cette sélection des romans à lire en 2024. Il ne pouvait en être autrement. Grand roman de SF qui explore différents types d’intelligence (humaine, animale, et artificielle), il met l’accent sur la communication, ou son absence. C’est de la SF qui réfléchit et fait réfléchir.

La Montagne dans la mer – Ray Nayler – Le Bélial’ – 26 septembre 2024 – Traduction d’Hendy-Luc Planchat – 448 pages – 24,90 €

  • Fragile/s – Nicolas Martin

Pour son premier roman, Nicolas Martin s’enfonce dans les méandres obscurs de la dystopie avec un texte hommage à quelques classiques à la fois de la littérature et du cinéma, dont bien sûr la Servante écarlate de Margaret Atwood. Le plus flippant ici, c’est qu’on a l’air d’y aller droit devant.

Fragile/s – Nicolas Martin – Au diable Vauvert – 22 août 2024 – 432 pages – 21 €


Les romans courts

Sur l’épaule d’Orion, on aime les textes courts, vous le savez, et si habituellement la collection Une-Heure Lumière chez Le Bélial’ écrase un peu la catégorie, de nouvelles collections dédiées sont apparues chez divers éditeurs et proposent des textes de haute qualité.

  • Après tout – Ian Soliane

J’ai beaucoup aimé les deux textes de Ian Soliane, Basqu.IA.t et Après tout, publiés par les discrètes éditions JOU. À la suite de Basqu.IA.t qui s’interrogeait sur la perception de l’art par les IA, Après tout questionne à nouveau l’intelligence artificielle mais dans un contexte tout à fait différent qui est celui du deuil et de la folie. (Voir la chronique complète). Ian Soliane est un grand écrivain, et il est fort à parier qu’on entende à nouveau parle de lui avant longtemps.

Après tout – Ian Soliane – éditions JOU – 5 avril 2024 – 128 pages – 12 €

  • Les Essaims – Chloé Chevalier

À l’occasion de la rentrée littéraire, Les Essaims de l’autrice française Chloé Chevalier, a rejoint la nouvelle collection dédiée au textes courts au sein d’Ailleurs et Demain (Robert Laffont). collection. Les Essaims est un space opera aussi poétique que métaphysique, humble et vertigineux à la fois. Je l’ai trouvé tout simplement brillant. (Voir la chronique complète)

Les Essaims – Chloé Chevalier – Robert Laffont, coll. Ailleurs et Demain – 26 septembre 2024 – 112 pages – 12 €


Les poètes

Une catégorie un peu particulière, pour des textes qui échappent aux classifications simples Les deux textes sélectionnés sont des romans courts, ou novella, et ont en commun une forme libre qui se rapproche plus de la poésie en prose que du roman classique. Deux très belles plumes de l’imaginaire français.

  • Foodistan – Ketty Steward

Ketty Steward joue sur la forme et les mots, dans un court roman post-apocalyptique où les groupes sociaux ne se définissent plus par le revenu moyen, mais par leur régime alimentaire. À la fois critique de nos modes de production et de consommation, et utopie poétique, Foodistan est une grande réussite. (Voir la critique complète)

Foodistan – Ketty Steward – Argyll, coll. RéciFs – 8 novembre 2024 – 128 pages – 9,90 €

  • Clapotille – Laurent Pépin

Clapotille de Laurent Pépin est le troisième chapitres de la trilogie débutée avec Monstrueuse féérie et Angélus des ogres. On ne pourra pas le lire seul, sans avoir auparavant absorbé les deux tomes précédents. Mais l’écriture et cet univers sont est tellement saisissants que je ne pouvais pas ne pas l’inclure dans cette sélection. (Voir la critique complète)

Clapotille – Lautent Pépin – Fables fertiles – 17 octobre 2024 – 128 pages – 17,50 €


Roman graphique

  • Moi ce que j’aime c’est les monstres, livre deuxième – Emil Ferris

En matière de BD ou romans graphiques, il s’agit évidemment de la sortie de l’année, très attendue depuis la publication et le succès tant critique (fauve d’Or à Angoulême en 2019) que commercial (100 000 exemplaires vendus) du premier tome Moi ce que j’aime c’est les monstres, livre premier. (voir la critique complète)

Moi, ce que j’aime, c’est les monstres, Livre deuxième – Emil Ferris – Monsieur Toussaint Louverture – Traduction de Jean-Charles Khalifa – 7 novembre 2024 – 416 pages – 34,90 €


Les beaux livres

Pour finir, une catégorie particulièrement adaptée à l’approche de Noël, à savoir celle des beaux livres qu’on n’a pas envie d’offrir mais de garder pour soi. Est-ce que vos amis le valent vraiment ? Ces superbes ouvrages ne seraient-ils pas mieux dans votre bibliothèque personnelle ? À vous de voir.

  • Anatèm, l’intégrale – Neal Stephenson

« Si vous n’avez pas lu Anatèm, vous avez raté votre vie de lecteur. » Dixit le patron. Et je ne peux qu’abonder en ce sens. Ainsi, si vous ne voulez pas ratez votre vie de lecteur, voilà l’édition intégrale que l’on attendait depuis longtemps du chef d’œuvre de la science-fiction à capuche.

Anatèm, L’intégrale – Neal Stephenson – Albin Michel Imaginaire – 30 octobre 2024 – 1200 pages – 32 €

  • La Cité des marches et La cité des Lames – Robert Jackson Bennett

Ce ne sont que les deux premiers tomes de la trilogie des Cités divines de Robert Jackson Bennett, mais qu’il sont beaux !

La Cité des marches – Robert Jackson Bennett – Albin Michel Imaginaire – Traduction de Laurent Philibert-Caillat – 28 août 2024 – 522 pages – 24,90 €

La Cité des lames – Robert Jackson Bennett – Albin Michel Imaginaire – Traduction de Laurent Philibert-Caillat – 25 septembre 2024 – 576 pages – 27,90 €

  • La Maison des jeux – Claire North

Ils auront tergiversé, mais finalement convaincus de l’attrait des beaux livres, les éditions du Bélial’ se lancent enfin dans le format relié avec cette intégrale de La Maison des jeux de Claire North. L’approche est différente, plus sobre que chez AMI, rappelant les collectors de la réédition de Dune, avec une couverture en toile du marais, pour un résultat du plus bel effet. Collector qu’on vous dit !

La Maison des jeux – Claire North – Le Bélial’ – Traduction de Michel Pagel – 21 novembre 2024 – 416 pages – 27,90 €


Les bilans des années précédentes : 2018 – 2019 – 2020 – 2021 – 20222023


10 réflexions sur “Les romans de science-fiction à lire ou à offrir en 2024

  1. Que j’aime cet article chaque année, il m’aide à voir si je n’ai rien oublié et ici, ceux que j’ai sur mes étagères et ceux que j’ai demandé pour Noël (Carnage et La montagne), je me sens pile poil 😁
    J’aurais juste ajouté Dracula de chez Callidor à ta liste en catégorie bel objet 💕

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  2. Comment ça, le père Noël n’existe pas ?? Mais, on ne m’a jamais rien dit, à moi 😆

    De Dufour, j’avais adoré « le bal des absents », alors je note son p’tit dernier, je dois lire « la cité des lames » (je viens de terminer le T02 des maîtres enlumineurs), j’ai aussi Anatem qui prend les poussières, la trilogie de Claire North, c’est lu et adoré et après avoir adoré « la millière nuit », j’ai grande envie de lire « La maison des soleils ».

    Bref, j’ai de quoi faire ! 😉 Merci pour cette petite liste.

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  3. Merci pour cette liste, et pour vos articles en général, qui sont toujours de très grande qualité.

    J’ai été pour ma part déçu par le livre de Ray Nayler. Je pense qu’il part d’une idée de base excellente, mais ne tiens pas ses promesses. Une infime fraction du roman met en scene les fameux poulpes, au final (une centaine de pages sur 450 dans l’édition anglaise tout au plus; première déception), le reste étant une série de dialogues/monologues pas toujours pertinents sur la conscience, délivrés par des personnages plus ou moins incarnés (deuxième déception). Le récit manque de souffle et on se désintéresse très vite de cette histoire sans enjeux (troisième déception).

    Le principal atout de ce roman, je dirais, est de donner envie de lire d’autres ouvrages qui sont cités dans le texte. Et d’être bien encré dans son temps, vu que l’auteur coche toutes les cases des sujets de sociétés à la mode (ex. fluidité de genre, antispecisme, anticolonialisme, AI…).

    La montagne dans la mer est un premier livre, après tout, avec ses fulgurances et maladresses, et j’apprécie l’effort. Mais je suis surpris de toutes les louanges qu’il reçoit.

    Par contre, les livres d’Emil Ferris sont bel et bien les chef d’œuvres que vous décrivez!

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  4. j’étais content de trouver une page avec tout des romans de SF récent. Confiant j’ai pris le premier de la liste. Les champs de la lune. Mais quelle déception, les 100 première pages sont dédiées aux plantes et leurs manière de se développer sur la lune . Le reste du roman n’est pas plus passionnant. Pas d’action, rien.

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    1. C’est vrai que c’est un roman contemplatif. Cela dit, je ne suis pas le seul à l’avoir malgré cela apprécié, puisqu’il cumule les nominations , les critiques positives et vient d’être retenu dans la catégorie meilleur roman de sf en 2025 par l’European science fiction society. C’est qu’il doit tout de même avoir quelques qualités.

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        1. En fait dans cette sélection, il y a peu de romans où l’action est au cœur du récit, exception faite du Lucazeau. C’est à l’image de la production actuelle. J’en discutais hier avec une éditrice et nous faisions le constat que le sentiment qui domine dans de très nombreux textes récents est la mélancolie.

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