Harrison Harrison – Daryl Gregory

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La conception du roman Harrison Harrison trouve son origine en la personne du fils de Daryl Gregory. L’auteur a voulu écrire une histoire d’horreur lovecraftienne que son fils de 12 ans, fan du maître de Providence, pourrait lire et apprécier. Ainsi est né le personnage d’Harrison. De là, Gregory a commencé à se demander ce que devenaient les personnages encore en vie dans les récits d’horreur une fois le livre ou le film terminé, se disant qu’ils avaient certainement besoin d’une sérieuse thérapie. Cela a donné le roman Nous allons tous très bien, merci en 2014, qui a été traduit et publié chez Le Bélial’ en 2015. Bien qu’écrit avant, Harrison Harrison fut publié un an plus tard. C’est en février de cette année 2020 qu’il est arrivé en France aux éditions Le Bélial’, traduit par Laurent-Philibert-Caillat et illustré par Nicolas Fructus.

Mais qu’est-ce qu’un éditeur comme Le Bélial’, connu pour son catalogue de science-fiction à la pointe du genre, allait donc s’enquiquiner à publier un bouquin pour gosses de douze ans ? – te demanderas-tu lecteur dont la perspicacité rivalise avec la finesse d’esprit. C’est plus compliqué que ça. Compliqué et simple à la fois. Le simple, c’est que Harrison Harrison est un bon livre. Le compliqué est que Harrison Harrison est a priori un roman jeunesse qui a posteriori ne se laisse pas contenir dans ce rayonnage et déborde largement vers les autres sections, jusqu’à aller faire le pied de nez à la littérature générale.

A trois ans, Harrison a perdu son père et une de ses jambes dans un terrible accident de bateau. Lui se souvient de tentacules et de dents, mais c’est un bout du métal de la coque qui l’a amputé. Il a maintenant quinze ans et quitte la Californie pour s’installer quelques mois dans la petite ville côtière de Dunnsmouth (nom composé à partir de celui des villes imaginaires de Dunwhich et Innsmouth au centre du mythe lovecraftien) au Massachusetts. Il y suit sa mère scientifique venue étudier la migration des grandes bestioles à tentacules qu’on trouve parfois dans les profondeurs. La ville est froide et peu accueillante, ses habitants sont étranges, et la communication avec l’extérieur est limitée par la vétusté du réseau. Les premiers jours d’Harrison dans son nouveau lycée sont à la hauteur du lieu : les professeurs sont des freaks et les élèves des zombies aux yeux dénués d’expression. Quelques jours à peine après leur arrivée, le drame frappe à nouveau et la mère d’Harrison disparaît en mer. Pour la retrouver, il devra compter sur un nouvel ami extraordinaire, Lub, qui incarne un retournement du mythe lovecraftien et une intéressante et fine mise en scène du thème du racisme (ses discussions avec Harrison sont savoureuses), la fraîche et sémillante tante Sel qui vient de New York pour veiller sur le pauvre garçon, margarita à la main, ainsi que sur ses camarades de classe qui vont se révéler plus intéressants (et encore plus étranges) qu’il ne le pensait au départ.

Daryl Gregory emprunte à la littérature jeunesse ses topos et déploie tout l’arsenal du genre : le héros adolescent, le parent disparu, la situation familiale compliquée, l’installation dans une nouvelle ville, l’école peu accueillante, l’ami un peu différent et le groupe de Goonies qui part à l’aventure pour sauver le monde. Tout y est, et plus encore. L’auteur met cela au service d’une histoire inscrite au cœur du mythe de Cthulhu et revisite les écrits d’Howard Phillips Lovecraft. Le roman s’inspire librement mais non moins fortement de la nouvelle Le Cauchemar d’Innsmouth de Lovecraft. Puis il y infuse des références nombreuses, issues des littératures de l’imaginaire et de la littérature classique anglo-saxonne, et use d’un humour auquel un gosse de douze ans ne sera pas sensible. Ainsi, Harrison Harrison mêle délicieusement horreur et humour, intelligence des dialogues et élégance d’une érudition discrète, et tel un bon Pixar s’adresse à des lecteurs de toutes générations. Il fera frémir les jeunes shoggoths et frétiller les grands anciens.

Un mot sur l’objet lui-même : de la couverture aux illustrations insérées dans le texte, ce bouquin est superbe. C’est un très beau travail d’illustration et d’édition.

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Ruth et Isabel (par Nicolas Fructus)

D’autres avis : Quoi de neuf sur ma pile, De l’autre côté des livres, Au pays des Cave Trolls, Les Chroniques du Chroniqueur, Chut… Maman lit, Bookenstock,


Titre : Harrison Harrison
Auteur : Daryl Gregory
Publication : le 27 février 2020 chez Le Bélial’
Traduction : Laurent-Philibert-Caillat
Illustrations : Nicolas Fructus
Nombre de pages : 352
Format : Grand format et ebook
Prix : 19,90€ (GdF) et 9,90€ (ebook)



Catégories :Romans

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8 réponses

  1. « Il fera frémir les jeunes shoggoths et frétiller les grands anciens » j’adore!

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  2. « Il fera frémir les jeunes shoggoths et frétiller les grands anciens » : ça c’est de la formule de compétition ! Allez hop les Béliaux, sur un bandeau rouge !

    Aimé par 2 personnes

  3. Très tentée ! Et merci pour l’illustration qui permet de voir un peu à quoi ça ressemble à l’intérieur 😉

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  4. Il a l’air vraiment super ce bouquin, je pense que je me laisserais tentée ^^

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  5. Il a l’air génial! Et je rejoins l’avis des autres « Il fera frémir les jeunes shoggoths et frétiller les grands anciens » ça donne carrément envie!

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Rétroliens

  1. Harrison Harrison, de Daryl Grégory – Les Chroniques du Chroniqueur
  2. Nous allons tous très bien, merci – Daryl Gregory – L'épaule d'Orion

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