The Book of Love – Kelly Link

The Book of Love est le premier roman de Kelly Link. Une telle entrée en matière pourrait laisser croire à un travail de débutante ; loin s’en faut. Un coup d’œil à la bibliographie de l’autrice — que je ne connaissais pas avant cette lecture — révèle au contraire une spécialiste reconnue de la forme courte, qui accumule depuis plus de vingt ans les distinctions les plus prestigieuses : Hugo, Locus, Nebula, Theodore Sturgeon, James Tiptree Jr., entre autres. Le sentiment qu’on a dès les premières pages d’avoir affaire à une plume parfaitement maîtrisée ne doit donc rien au hasard : il est le fruit d’un long travail.

De fait, The Book of Love se révèle étrangement addictif. L’ouvrage est conséquent — 736 pages denses — et si sa lecture m’a pris du temps, c’est uniquement parce que je menais d’autres livres de front, non par manque d’intérêt. Ce constat a de quoi surprendre, car le roman relève de l’Urban fantasy — un genre où la magie s’immisce dans le monde contemporain — qui n’est habituellement pas ma tasse de thé. Vraiment pas. Sauf lorsque la qualité d’écriture l’emporte sur les réticences liées au genre.

La trame principale, en elle-même, reste assez classique : dans une petite ville de la côte Est américaine, Lovesend, des adolescents réapparaissent un an après leur disparition, sans savoir ni comment ils sont morts ni comment ils sont revenus. Leur destin est lié à un artefact magique convoité par une divinité obscure ; ils disposent de quelques jours pour le retrouver avant qu’elle ne s’en empare, avec des conséquences potentiellement catastrophiques. Rien de très surprenant, donc.

L’intérêt du roman réside ailleurs, dans ses digressions — nombreuses, sur 736 pages. L’intrigue principale sert surtout de prétexte à l’exploration d’une certaine Amérique : celle d’un groupe d’adolescents, de leurs relations amoureuses, amicales et familiales, dans le cadre d’une petite ville côtière. L’ombre de Stephen King n’est pas loin. Il est important de noter que la musique occupe une place centrale au cœur du récit, d’où la présence sur la couverture d’une guitare — détail qui m’a donné l’envie de lire le roman (et le diable se cache toujours dans les détails). The Book of Love appartient à cette catégorie de « romans-univers », qui cherchent à livrer une peinture complète. Kelly Link retourne chaque pierre, explore une multitude de thèmes et de trajectoires — parfois en quelques lignes, parfois sur plusieurs chapitres. À mesure que l’on progresse, Lovesend devient un territoire familier, intime.

Certes, en cours de lecture, la tentation surgit parfois de trouver le tout trop long, trop dispersé. Mais, paradoxalement, on en vient à attendre ces détours, ces récits enchâssés. On les guette, on en redemande. Au point de reléguer la trame principale au second plan. Celle-ci agit davantage comme un fil conducteur que comme un moteur narratif. L’élément fantastique — magie, monstres, créatures — sert avant tout de catalyseur : il place les personnages dans une situation extrême qui les contraint à se révéler, à affirmer leurs personnalités, leurs contradictions. Le même dispositif aurait pu relever de la science-fiction ; mais ici, Kelly Link préfère les incantations à la relativité générale. Allez comprendre.


  • Titre : The Book of Love
  • Autrice : Kelly Link
  • Traduction : Michelle Charier
  • Publication : 25 février 2026, Albin Michel Imaginaire
  • Illustration : Anouck Faure
  • Nombre de pages : 736
  • Format : broché (29 €) et numérique (14,99 €)

Laisser un commentaire