Le Courage de l’arbre – Léafar Izen

Le 20 avril, c’est-à-dire dans quelques jours, les éditions Albin Michel Imaginaire publient Le Courage de l’arbre, nouveau roman de Léafar Izen, deux ans après La Marche du Levant qui, il faut bien le reconnaitre, ne rencontra pas un grand succès ni critique, ni commercial. Ce dernier était un roman aux allures de pure fantasy qui, à travers maints détails parsemés dans le texte et un final renversant, révélait un ancrage science-fictif. Parmi les critiques les plus courantes, qu’on a pu lire ça et là sur la blogosphère, revenaient une facture classique et un manque d’originalité par rapport à des précédents littéraires clairement identifiables, et ce malgré quelques fortes idées. Le Courage de l’arbre, en première approche, éveillera sans doute les mêmes critiques. Il s’agit cette fois d’un roman de science-fiction aux allures de space opera, qui contient de nombreuses références au genre, souvent énoncées de manière humoristique. Mais Le Courage de l’arbre est avant tout et surtout un roman de Léafar Izen et qui commence un peu à cerner l’auteur y retrouvera le questionnement spirituel (et non religieux) qui dirige sa plume, sous-texte déjà très présent dans La Marche du Levant ou dans son premier roman, Grand Centre. J’ai, pour ma part, aimé ce roman. Mes raisons ne seront pas forcément les vôtres.

Le monde de l’Egrégor

Le Courage de l’arbre nous propulse dans un futur très lointain, plus de cent soixante mille ans. La Terre des origines a été perdue et l’humanité s’est répandue dans la galaxie. Elle y est seule et, mise à part d’occasionnelles formes de vie animales ou végétales, elle n’a croisé aucune vie « intelligente ». Son expansion sur d’autres planètes, ou lunes ou astéroïdes, a été rendue possible grâce à plusieurs découvertes scientifiques. Le lecteur féru de science-fiction y retrouvera un certain nombre de tropes. La science-fiction est un laboratoire d’idées qui, comme en science, se développent sur des acquis. À l’invitation de Nicolas Martin, j’ai écrit un article sur les origines littéraires de la saga Alien qui paraitra à la rentrée dans la monographie qui lui est dédiée. J’y cite Dan O’Bannon : « Je n’ai volé Alien à personne en particulier. Je l’ai volé à tout le monde ». Faire pousser des univers sur des terrains déjà labourés est le marqueur du genre. En science-fiction, on ne vole pas à l’un mais on vole à tous. Comme tout auteur de science-fiction qui se respecte, Léafar Izen va donc puiser dans la grande boîte à outils du genre, réutilise à loisir certains concepts déjà éprouvés et, comme on le verra plus loin, en développe d’autres sur une base qui, sans trop le dire car ce n’est pas son propos et il n’en fait pas grand cas, relève d’une hard-SF assez poussée.

La première de ces découvertes, et la plus importante, est celle du Phytoïde de Katz. Un phytoïde ressemble à s’y méprendre un arbre dont le tronc est une double hélice. De plus près, il n’a cependant rien de commun avec la vie végétale nous connaissons. Il relève plus de la chimie minérale que de la chimie organique. Rien ne dit d’ailleurs qu’il soit vivant, mais comment définir le vivant ? La particularité du phytoïde est de pouvoir s’implanter dans tout type de terrain et de n’avoir besoin d’aucun nutriment pour croitre. Au contraire, les phytoïdes semblent produire ex-nihilo tout ce dont l’humain a besoin pour transformer une roche stérile en un sol vivant : oxygène, carbone, etc. L’implantation de forêts de phytoïdes sur n’importe quel bout de rocher permet sa terraformation en quelques siècles et l’installation humaine en deux millénaires. Le Phytoïde de Kats apparait ainsi comme la corne d’abondance moderne à laquelle l’humanité doit entièrement et uniquement sa survie au sein des étoiles. Ce qui n’est jamais une bonne chose. À l’instar de l’épice dans Dune, ou du gaz russe en période de conflit, si jamais ça vient à manquer… la métaphore est transparente.

La deuxième est l’Egrégore, un réseau de communication global qui permet de relier instantanément les humains entre eux et de synchroniser les vies où qu’on se trouve dans la galaxie. Par nécessité, le space opera a toujours dû composer avec les distances et le temps. Il a fallu inventer des moyens de communication qui faisaient tomber les limites physiques. Ainsi est née l’Ultrawave chez E. E. Smith dans le cycle du Fulgur (à partir 1935) et dans Fondation d’Isaac Asimov (à partir de 1942), repris plus tard à l’identique par Vernor Vinge dans Un Feu sur l’Abîme (1992). Dans Les Quinconces du temps (1975), James Blish invente un communicateur de Dirac. Mais l’exemple le plus connu est sans doute l’ancible imaginé par Ursula K. Le Guin à partir de 1966. Elle en a détaillé le concept dans Les Dépossédés (1974). Un ansible est un dispositif permettant de communiquer à une vitesse supraluminique, et il a été utilisé par de nombreux auteurs de science-fiction comme Orson Scott Card ou Dan Simmons, Richard Morgan, ou encore plus récemment Becky Chambers. Neal Asher y rend hommage dans son cycle Human Polity et emploie le terme de runcible. L’Egrégor de Léafar Izen, par son amplitude et son importance pour le monde humain, est à comparer à l’infosphère qui relie les mondes de l’Hégémonie dans le cycle d’Hypérion de Dan Simmons. Comme chez ce dernier, le nom du réseau donne son nom à la partie de l’espace qu’il occupe. On parle du Retz chez Simmons. Ainsi, Egrégor est aussi le nom de la civilisation qui en dépend. Les humains se définissent eux-mêmes comme homo-egregorius. Léafar Izen pousse en effet le concept un petit peu plus loin vers le domaine du transhumanisme. Chacun est équipé d’un implant neuronal, relié à l’Egrégor. Celui-ci a permis l’invention de l’imago « ce jumeau psychique qui se déploie dans le vide inter-neuronal [et] permet d’échanger émotions et perceptions sur la trame du réseau égrégorien. Il transforme l’humanité communicante en humanité communiante. » L’imago est ainsi la version ultime de l’assistant personnel connecté à internet. Il permet de stocker des souvenirs, de communiquer avec autrui, et d’avoir accès à une version augmentée de la réalité. Mais cela va plus loin. La possibilité de créer des captures synaptiques complètes du cerveau et d’envoyer ces données à travers le réseau rend les individus pratiquement immortels. Il suffit pour cela de transférer sa dernière sauvegarde, au prix de la perte des souvenirs les plus récents, dans un corps d’emprunt ou un clone pour les plus fortunés, des émanations. L’auteur va d’ailleurs en faire une utilisation très intelligente et assez originale dans la deuxième partie du roman. Ici aussi, comme avec les phytoïdes, la dépendance de l’humanité est quasi-totale, ce qui n’est jamais une bonne chose… surtout quand votre imago commence à avoir des opinions différentes des vôtres et que vous ne savez jamais qui peut espionner vos pensées. Encore une fois, la métaphore est transparente.

La troisième découverte est celle d’une technologie basée sur la manipulation du champ gravitationnel local permettant le déplacement dans l’espace à des vitesses de l’ordre d’un tiers de la vitesse de la lumière. Il est possible de se déplacer plus rapidement, mais au-delà de cette vitesse on perd le contact avec l’Egrégor et on se dirige alors à l’ancienne, au sextant. Les appareils équipés de ce type de propulsion sont ainsi nommés des infléchisseurs. L’antigravité, elle aussi, est une vielle obsession de la science-fiction. On y trouve des matériaux exotiques comme la fameuse cavorite de H.G. Wells dans Les Premiers Hommes dans la Lune (1901), ludiquement reprise récemment par Laurent Genefort dans le roman Les Temps ultramodernes publié en janvier dans la collection Albin Michel Imaginaire. Plus tard d’autres auteurs ont imaginé des technologies permettant de manipuler la gravité sans avoir recours à des matériaux fantastiques. James Blish a inventé le gyrovortex dans le cycle des Villes Nomades, et Frank Herbert l’effet Holtzman dans Dune. Bien qu’il en dise peu, car encore une fois ce n’est pas son propos, Léafar Izen propose une solution beaucoup, mais alors beaucoup, plus subtile.

D’une manière qui n’est pas forcément évidente au premier regard, bien que Léafar Izen distille discrètement les indices, ces trois découvertes sont intimement liées. J’y reviendrai plus loin pour ceux que les théories physiques exotiques intéressent car cela mérite quelques explications.

Le cataclysme

L’histoire commence avec Thyra, ethnologue isolée sur une petite lune, étudiant les mœurs d’une population locale revenue à une forme de vie primitive. Comme je le disais, l’humanité est seule à bord de la galaxie. Il n’existe pas de peuplades autochtones. Il n’existe que des néo-endémiques. Des humains revenus à un stade de civilisation préindustriel suite à la colonisation. Soumise à des règles strictes de protection des populations locales, Thyra commet un crime. Elle triche en utilisant une technologie d’implants, à base de prions (ces petites molécules qui peuvent parfois faire de gros dégâts dans les cerveaux) pour espionner ses sujets. Pourtant, quelqu’un a fait bien pire. Les autorités de l’Egrégor vont la contacter pour exiger d’elle qu’elle élimine l’un des membres de la communauté qu’elle étudie. Devant l’idée de ce crime impensable, elle va se lancer dans une enquête qui la mènera au bord du précipice : une catastrophe globale qui menace l’existence même du réseau égrégorien et des phytoïdes, ce qui signifie l’extinction de l’espèce humaine.

Au cours des aventures qu’il va lui faire vivre, avec les compagnons qu’elle va rencontrer en route, Léafar Izen fait de nombreuses références à d’autres œuvres du genre. Parfois de manière tout à fait ludique ou humoristique. On trouve ainsi une référence directe au Jihad Butlérien de Dune, à Star Wars, on y croise même une référence à Hubert Félix Thiéfaine ! L’auteur s’amuse. Mais il prend aussi le contrepied de certaines références. Les lecteurs qui ont lu Dan Simmons, verront tous les liens qui unissent Le Courage de l’arbre aux Voyages d’Endymion, le second volet du cycle d’Hypérion après Les Cantos, jusque dans le déroulement du récit. Toutefois, Léafar Izen oppose son roman à celui de Dan Simmons sur des points bien précis, notamment tout le fatras religieux qui encombre la fin du cycle d’Hypérion. Si la démarche d’Izen est spirituelle, elle ne s’inscrit pas dans le creuset des religions révélées. Lorsque Thyra se rend auprès d’un oracle (passage que j’ai par ailleurs trouvé un poil long, mais je déteste les oracles), celui-ci déclare sans équivoque : « je ne connais aucun dieu ». Chez Dan Simmons, Enée endosse pleinement le rôle de messie. Elle sauvera le monde par la communion (de son sang). J’avais récemment critiqué un autre roman qui s’inspire (beaucoup trop) d’Hypérion, Cantique pour les étoiles de Simon Jimenez, pour son « mysticisme béat ». Thyra n’est pas un messie. Il n’y a pas de messie chez Izen. Dans une scène finale, Izen nous montre un personnage crucifié sur un arbre, obligé d’en descendre pour expliquer à la foule outrée par ce sacrifice qu’il est volontaire et que personne ne l’a forcé à être là. Une variante ironique de la descente de la croix.

Au-delà de la métaphore, politique et économique qu’on peut aisément décrypter à travers son récit, Léafar Izen s’intéresse avant tout à notre rapport au monde, à travers le ressenti et la conscience, et au frottement des réalités. Comme il le faisait déjà dans ses ouvrages précédents, l’auteur dénonce la vision purement matérialiste de l’existence et de l’univers. Je cite ci-dessous, un passage tiré de son essai La Révolte du ressentant (2021) :

« Bien qu’en apparence tout oppose le matérialisme et le spiritualisme, ils sont assez comparables. Car ces deux modèles de pensées opèrent une séparation entre esprit et matière, c’est-à-dire entre ressentant et phénomène. Pour le matérialisme, le premier est causé par le second et la matière est donc première, pour les spiritualismes, à l’inverse, l’esprit est premier. Mais l’un comme l’autre les considère comme des choses distinctes. »

Pour Léafar Izen, le cataclysme en cours est une crise existentielle portée par ces visions dualistes de l’existence. Elle est le produit d’un enfermement de l’humain dans un rapport faussé au monde. Deux facteurs y participent.  D’un côté, via l’Egrégor qui agit comme un carcan. De l’autre, par la fragile prodigalité des phytoïdes. Dans Le Courage de l’arbre, l’humanité connectée est coupée de l’expérience personnelle du monde dans lesquelles différentes réalités peuvent coexister. Cet aspect est présenté sous différentes formes : des mondes virtuels à travers les jeux en réseaux et la constitution d’une communauté qui va aider les personnages dans le monde réel, des divergences historiques qui vont donner lieu à des passages très humoristiques dans le roman et commencer à faire douter des protagonistes de l’existence d’une réalité unique, et des vécus multiples via les émanations. Petit à petit, la trame de la réalité se fissure et une fenêtre s’ouvre sur d’autres possibilités. C’est là une question fascinante qui se trouve au cœur du roman et des interrogations de son auteur.

Dans le monde extraordinaire de la gravitation quantique

[À réserver aux cœurs vaillants] Je le disais plus haut, de nombreux aspects du roman de Léafar Izen reposent sur des bases scientifiques qui ne sont pas directement expliquées mais qu’on peut entrevoir à travers les indices disséminés par l’auteur. À plusieurs reprises, il indique que la « signature phytoïque » se situe à une échelle de taille extrêmement petite, inférieure à la longueur de Planck, exactement à 10-57 m. Ce chiffre n’est pas lancé là au hasard. Il s’agit du rayon (dit de Schwarzschild) d’une entité physique hypothétique qu’on appelle un trou noir électronique, c’est-à-dire un trou noir qui posséderait la masse et la charge d’un électron. Ce qui est en apparence un détail, nous fait entrer dans le monde extraordinaire de la gravitation quantique. La longueur de Planck est une mesure en dessous de laquelle il n’est plus possible de traiter de la gravitation par la théorie de la relativité générale, mais il faut faire appel à une théorie quantique de la gravité, comme le sont la théorie des cordes ou la théorie de la gravitation à boucles. Peu d’auteurs de SF s’y frottent véritablement, parce que c’est tout simplement extraordinairement complexe. Greg Egan l’a fait, dans le roman Schild’s Ladder. Si Léafar Izen a décidé de ne pas en faire le sujet de son roman, il faut tout de même lui reconnaître un certain courage pour s’engager dans ces marécages (je laisse aux plus hardis d’entre vous le loisir d’apprécier ce jeu de mots. Signalez vous en commentaire !). Une fois qu’il a planté ce décor, beaucoup de choses en découlent. Quand on invoque la gravité quantique, on impose un monde dans lequel il existe beaucoup plus de dimensions que les quatre auxquelles nous sommes habitués. Nous entrons dans le domaine de la physique des branes. Hannu Rajaniemi y fait appel dans la série du Voleur Quantique, sans donner le moindre début d’explications. De la même manière, Yoon Ha Lee invoque la cosmologie branaire dans son roman Le Gambit du Renard, toujours sans livrer la moindre explication. Que voulez-vous, ces gens sont méchants.

Le mode de propulsion imaginé par Léafar Izen repose sur l’utilisation de micro-trous noirs embarqués à bord des vaisseaux. On parle d’Infléchisseurs chez Léafar Izen, et de géodésiques, ce qui fait référence à la théorie de la relativité générale d’Einstein. L’antigravité des débuts de la science-fiction est évidemment une vision naïve de la physique en jeu. Il n’existe pas de matériau capable de produire une antigravité car il faudrait qu’il possède une masse négative. Dans la théorie d’Einstein, le champ gravitationnel correspond à une courbure de l’espace-temps. Pour produire une « antigravité », il faut donc localement courber l’espace-temps. C’est ce que proposa par exemple le physicien mexicain Miguel Alcubierre qui imaginait qu’en créant une distorsion locale du champ de gravité, on pourrait créer une bulle enfermant le vaisseau et grâce à laquelle des vitesses supraluminiques pourraient être atteintes. Ce n’est pas le cas chez Izen (quoi que), mais le principe est le même. Les vaisseaux se déplacent ainsi le long des géodésiques de l’espace-temps. Reste à trouver comment produire cette distorsion. L’objet qui par définition produit une distorsion importante de l’espace-temps est une singularité, un trou noir. Un trou noir est habituellement un objet très massif qui ne se capture pas facilement et s’enferme encore moins dans la coque d’un vaisseau. Il faut donc le produire. C’est imaginable dans le cadre de la physique des branes où on lève les restrictions liées à l’échelle de Planck. Le CERN s’est penché sur la question et étudie sérieusement la possibilité de produire par collisions des micro-trous noirs. Le problème de ces trous noirs de faible masse est qu’ils s’évaporent (comme prédit par Stephen Hawking) très rapidement. Si on veut les maintenir, il faut donc les produire en continu. Il existe plusieurs moyens de produire des micro-trous noirs. Soit par collisions proton-proton, proton-deutérium, ou par collisions muon-muon. C’est pour cette dernière voie qu’a manifestement opté Léafar Izen en imaginant une forme stable de matière muonique, qu’il appelle muonite, et qui sert de carburant pour produire les trous noirs qui propulsent les infléchisseurs.

La gravité possède une particularité qui interroge les physiciens : elle est très faible comparée aux trois autres forces fondamentales. Comme on le raconte souvent, un tout petit aimant posé sur la porte d’un frigo permet de combattre la gravité. Ce qui fait penser à certains que la gravité « fuit » à travers d’autres dimensions. On entre là dans le domaine de la cosmologie branaire où l’univers existerait dans différentes dimensions qui s’empilent comme un mille feuilles. Dans son roman Diaspora, Greg Egan imaginait que l’écroulement d’une double étoile à neutrons révélait l’existence d’autres dimensions par l’intermédiaire d’une fuite de moment angulaire. C’est la même chose ici, mais avec la gravité. La détection de ces fuites, notamment par l’étude des ondes gravitationnelles lors de l’écroulement de double étoile à neutrons par exemple, serait un moyen de prouver l’existence ou non d’autres dimensions que seule la gravité semble traverser. Comme je le disais précédemment, le principe des phytoïde fonctionne au-dessous de la longueur de Planck, à l’échelle de la gravité quantique, là où les branes de dimensions supérieures se connectent. Léafar Izen ne lève pas complètement le mystère des Phytoïdes de Katz (car il faut que cela reste plus ou moins un mystère dans son roman), mais il donne suffisamment d’indices pour qu’on comprenne qu’ils ne créent pas ex-nihilo l’oxygène ou le carbone, mais agissent comme des connections entre dimensions, entre branes. Les phytoïdes sont des fuites entre univers. C’est en tout cas ce que je comprends.

Conclusion

Le Courage de l’arbre de Léafar Izen est un space opera métaphorique qui s’interroge sur notre rapport au réel, aux réels, et propose une réflexion spirituelle, voire métaphysique, très personnelle à son auteur. Il ne séduira pas tout le monde. Certains, c’est déjà le cas, lui trouveront d’incontournables défauts. D’autres peut-être, comme moi, profiterons du voyage à travers un univers à multiples facettes et bizarreries physiques, et des réalités divergentes. On regrettera certaines lenteurs, et une fin amenée beaucoup trop rapidement alors qu’elle aurait mérité un plus long développement. C’est aussi un roman qui repose, en arrière-plan, sur des théories physiques très avancées et parfois exotiques qui se laissent deviner et qui ne peuvent que séduire le lecteur de hard-SF que je suis. C’est pour moi de la belle science-fiction qui va défricher des territoires qui lui sont propres, tout en faisant de nombreux clins d’œil à de grandes grandes œuvres qui l’ont précédée.


D’autres avis : Apophis (qui lui a trouvé de trop nombreux défauts), Sometimes a book, Le Nocher des livres, Au Pays des Cave Trolls,


  • Titre : Le Courage de l’arbre
  • Auteur : Léafar Izen
  • Publication : 20 avril 2022, Albin Michel Imaginaire
  • Nombre de pages : 416
  • Format : papier et numérique

12 réflexions sur “Le Courage de l’arbre – Léafar Izen

  1. Deux remarques :

    1/ Le runcible du cycle Polity de Neal Asher n’est pas un équivalent de l’Ansible (d’un système de communication), mais un système de téléportation interstellaire, même si effectivement, le nom est réputé être inspiré par la création de Le Guin, alors qu’en fait, il est directement issu d’un terme inventé par Edward Lear. Cela crève les yeux quand tu sais que le champ qui est au centre de cette technologie est explicitement qualifié de « runcible spoon ».

    2/ Izen mentionne que la Muonite est utilisée pour alimenter le micro-trou noir des Infléchisseurs, mais je n’ai aucun souvenir qu’il dise explicitement qu’elle sert à les créer. Ce qui change tout de même quelque peu la perspective ou les hypothèses scientifiques qu’on peut établir en ce qui concerne son utilité exacte. Alors simple maladresse dans la formulation ou autre chose, chacun jugera. Quoi qu’il en soit, même si se lancer dans des explications scientifiques n’était pas l’angle d’approche du roman (c’est un choix), il n’en reste pas moins que pour de la Hard SF (présumée), autant la muonite dont l’utilité n’est jamais expliquée clairement peut passer, autant le Phytoïde de Katz fait vraiment désordre. Donc soit il fallait faire beaucoup plus que des allusions très vagues et compréhensibles seulement par un Physicien comme toi, soit il faut accepter que a/ le classement en Hard SF et b/ la cohérence scientifique de la chose posent question pour de « simples » lecteurs. Là aussi, j’y vois une maladresse : c’est prêter le flan inutilement à la critique alors que visiblement, il y a eu beaucoup de réflexion et de travail dans la conception de ce monde, et qu’il aurait suffi de quelques phrases pour au moins permettre au lecteur LAMBDA (non-Physicien) d’établir ses propres hypothèses et donc accepter le fait que le Phytoïde contrevienne en apparence aux lois les plus élémentaires de la physique a en fait une explication rationnelle, plaçant dès lors le roman dans le champ de la Hard SF et non de la Soft SF, voire de la Science Fantasy.

    En tout état de cause, comme nous en avons discuté, je suis fermement convaincu que ce roman a bien d’autres soucis que son aspect scientifique, qu’ils soient intrinsèques (dont certains que tu relèves toi-même, comme le rythme) ou pas (c’est tout de même extrêmement inspiré par Simmons et Vinge, entre autres).

    Quoi qu’il en soit, bravo pour cette magistrale critique et la clarté de tes hypothèses scientifiques.

    Aimé par 1 personne

    1. J’ai personnellement classé le roman en hard-SF, en raison des quelques explications données ci-dessus, mais je ne crois pas que ni l’éditeur ni l’auteur l’ait fait. Si ? Après, je ne pense pas que de nombreux lecteurs s’interrogent sur les fondements scientifiques du texte. Moi je l’ai fait parce que, évidemment, ça m’amuse mais comme ce n’est pas le propos principal de l’auteur (je ne veux pas présumer de ses intentions), mais je doute que beaucoup d’autres lecteurs aillent chercher, surtout à ce niveau là.
      PS : je viens d’avoir confirmation de l’auteur que mes interprétations sont correctes.

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      1. L’éditeur le classe à la fois en Planet et Space Opera 😀
        Pour l’auteur, aucune idée, car j’ai fait mienne la sagesse de Gromovar : « L’œuvre, rien que l’œuvre ».

        Sinon oui, nous sommes d’accord (et je le souligne d’ailleurs dans ma propre critique), je ne pense pas, moi non plus, que de nombreux lecteurs pousseront la réflexion sur le plan scientifique (et taxonomique, d’ailleurs) aussi loin.

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  2. Comme j’ai lu également « Grand centre » et « la marche du Levant », j’ai bien hâte de lire « le courage de l’arbre ». Les deux premiers ne sont certes pas exempts de défauts, mais ceux-ci ne m’ont pas semblé compromettre ma lecture . Une certaine vision et expérience de la vie de l’auteur transparaissaient et ce que j’avais beaucoup apprécié .

    Aimé par 1 personne

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