Les harmoniques célestes – Jean-Claude Dunyach

lesharmoniquesAvec Les Harmoniques célestes, je reviens sur une série de recueils des nouvelles de Dunyach dont je vous avais déjà parlé l’année dernière sur ce blog avec Déchiffrer la trame. Cette série a été publiée entre 2000 et 2011 chez L’Atalante dans la collection La Dentelle du Cygne. Elle est constituée des volumes :

  • La Station de l’Agnelle (2000)
  • Dix jours sans voir la mer (2000)
  • Déchiffrer la trame (2001)
  • Les Nageurs de sable (2003)
  • Le Temps, en s’évaporant (2005)
  • Séparations (2007)
  • Les harmoniques célestes (2011)

Dernier recueil de la série, Les harmoniques célestes présente six nouvelles, dont trois inédites : Les harmoniques célestes (inédit), La fin des cerisiers (inédit), les cœurs silencieux (Bifrost n°4, 1997),  Repli sur soie (prix Rosny ainé 2008, Bifrost n°47, 2007), Aime ton ennemi (Moissons futures, 2005), Visiteur secret (inédit). Sous la forme d’une exploration méticuleuse et quasi anthropologique, le recueil aborde une thématique qui nous concerne tous un jour ou l’autre, sonnez hautbois résonnez musettes, celle de la mort et de ses représentations sociales et fantasmées.

Les harmoniques célestes

Dans un futur proche, qu’on pourrait qualifier d’inspiration post-cyberpunk, la nouvelle explore le phénomène des NDE, near death experience, ou plutôt des fantasmes qu’ils engendrent. Le docteur Schönberg, ou plutôt désormais Quaid, Dennis Quaid, est un ancien neurochirurgien qui, à force d’être le témoin du passage de vie à trépas de ses patients, a fini par approcher de manière scientifique les NDE. En notant les variations d’ondes cérébrales associées à des fluctuations des longueurs d’onde ultraviolettes émises par les lampes de salle opératoire, les lampes scialytiques, il construit un appareil permettant de soulager les mourants en leur faisant voir des anges. Son invention a été dérobée et détournée de son utilisation primaire, ce qui a amené à un scandale mettant fin à sa carrière.  Ayant changé d’identité pour échapper à un procès, il est retrouvé par une riche héritière qui souhaite faire subir un sort peu enviable à son père honni. Elle est en quête de vengeance, Quaid est en quête de rédemption. J.-C. Dunyach s’attache en outre à décrire un monde futuriste qui situe l’action sur des arcologies, îles artificielles créées à partir de déchets récupérés dans la poche Pacifique, stérilisés puis compressés pour en faire des matériaux de construction. La nouvelle, longue, presque une novella, est une perle qui donne le ton au recueil. Très efficace dans sa narration, elle montre un petit côté horrifique qui fait tout son sel.

La fin des cerisiers

Nous sommes le 26 mars 1972 et une équipe de cinéastes américains est venu au Japon pour y tourner un film durant le hanami, la période des cerisiers en fleur. Mark est le scénariste, Hugo le réalisateur, Grace l’actrice. S’inspirant d’un conte japonais, le scénario du film prévoit que l’héroïne finisse décapitée par son samouraï d’amant. Trop de sang, pas assez de glamour, la starlette qui endosse le rôle demande à ce que la fin soit modifiée afin qu’elle ne meure pas. Les Japonais vont donner une petit leçon à l’équipe sur la vision de la mort au Japon. Tout en n’étant guère de la science-fiction à proprement parler, la nouvelle vire au fantastique dans le choc des cultures.

Les cœurs silencieux

A 82 ans, une leucémie en phase terminale le rapproche chaque jour un peu plus de sa mort. Son visage est connu de tous. Il y a 51 ans, il a fait une découverte qui a changé le monde : l’empathiazine, un composé chimique qui décuple l’empathie pendant quelques minutes. Ayant œuvré pour que son invention ne soit pas brevetable mais disponible pour tous, il a changé le monde. Avec l’empathiazyne, les bourreaux et les officiers apprirent à hésiter et la duplicité a disparu des contrats commerciaux. Mais la mort approchant, la soif d’empathie ne se trouble-t-elle pas d’une certaine amertume ? Jusqu’où a-t-on le droit de se préoccuper de son prochain ? Dunyach ramène ici la mort à ce qu’elle est avant tout : une affaire personnelle.

Repli sur soie

Variation poétique et ontologique sur les multivers de Hugh Everett, Repli sur soie s’interroge sur le sens de l’existence lorsque les vies bifurquent à chaque embranchement. Inspiré par les origamis, le jeune Richard se lance dans les mathématiques pour déchiffrer la trame de l’univers et simplifier la complexité en la repliant. Est-ce que le monde prendra sens s’il le replie comme il faut ? Lorsqu’il apprend son cancer, Richard fera un dernier effort pour atteindre son but, avec des répercussions inattendues. C’est une nouvelle très habile.

Aime ton ennemi

C’est à un autre aspect du cycle de la vie et de la mort que s’intéresse Aime ton ennemi, le recyclage façon Lavoisier et son fameux rien ne se perd, rien ne se créé, tout se transforme. Cayre est expert scientifique. Il évalue les avancées réalisées par rapport aux financements accordés à un centre de recherche sur la pollution situé sur une île grecque. Sur place il va découvrir que les scientifiques du centre ont fait nettement plus de progrès qu’ils ne le clament encore pour le moment. Mais tout a un prix et la lutte contre la pollution revient forcément vers son créateur sous une forme ou une autre. La conclusion est cynique et on dira que c’est bien fait ! La nouvelle n’est toutefois pas la meilleure du recueil.

Visiteur secret

C’est sur un clin d’œil que se referme le recueil et une nouvelle courte qui ne traite pas de la mort mais de la vie en invitant à ne pas laisser celle-ci se transformer en boucle sans fin habitée par le passé mais à s’éparpiller. L’auteur se montre hédoniste. On saurait la voir comme une réponse à la nouvelle Repli sur soie.

Conclusion lapidaire

Jean-Claude Dunyach aborde le sujet de la mort avec dextérité, que ce soit dans la réflexion ou dans l’écriture. Ce recueil est empli d’intelligence et de sensibilité avec parfois juste ce qu’il faut de cruauté ou de taquinerie. Ainsi vu, il est raisonnable de penser que je reparlerai des recueils de nouvelles de Jean-Claude Dunyach dans un futur proche.


Titre : Les harmoniques célestes
Série : Nouvelles de J.-C. Dunyach (7/7)
Auteur : Jean-Claude Dunyach
Publication : avril 2011 dans la collection Le Dentelle du Cygne chez l’Atalante
Nombre de pages : 144
Support : papier et ebook



Catégories :Recueils

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6 réponses

  1. Il faudra vraiment que je lise les nouvelles de l’auteur, j’avais lu l’un de ses premiers romans et j’avais vraiment kiffé !
    Merci en tout cas pour ta chronique 🙂 !

    Aimé par 1 personne

  2. Merci pour cette chouette critique.
    Un détail : les Harmoniques Célestes n’est pas mon dernier recueil à l’Atalante, mais mon avant-dernier. Depuis, il y a eu « Le clin d’œil du Héron », qui parle de ma vision de la magie…
    J’ignore ce que sera le prochain, on verra bien !

    Aimé par 1 personne

  3. Non, je n’ai pas trop envie de lire de recueils pour l’instant.

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