Carbone n°2 : Les maisons hantées – collectif

carbone
C’est bientôt Halloween, ça tombe bien, on va parler de maisons hantées avec le numéro 2 de la revue Carbone. Carbone est une revue trimestrielle « transmedia » dédiée à l’imaginaire, sur le format d’une anthologie de pop culture. Le numéro 1, publié en février 2018, prenait le thème des cartes aux trésors. Ce second numéro s’intéresse aux maisons hantées à travers des articles de fond, des nouvelles originales ou des extraits de livre, et de la bande dessinée. On y parle de cinéma, beaucoup, de littérature, un peu, de jeux vidéo, et de BD. Le tout en 258 pages.

Le livre est joliment réalisé et richement illustré. La maquette est très travaillée, même si parfois un peu trop « dans tous les sens » à mon goût. C’est en soi un bel objet. La charte du transmedia est respectée, et des compléments aux articles sont disponibles sur le site internet de la revue ainsi que via l’application Carbone. (Le site est assez épileptique). Les réalisateurs de Carbone nous le promettent, « cachés au premier regard, des jeux mobiles, des fictions interactives et des expériences augmentées sont accessibles ». La revue elle-même est ainsi une maison hantée qui cache ses secrets. A ceci près que cette application n’est disponible que sur iOS, ce qui prive d’accès une majeure partie de la population mondiale. Donc soit vous avez croqué la pomme (ça doit faire partie intégrante de la pop culture), soit vous n’aurez qu’une partie du produit en main, sans bon de réduction. Je ne pourrai pas vous en dire plus sur les contenus augmentés, vu que je fais partie des « sans-dents » qui sont sur Android.

Les articles livrent un vrai travail de fond sur le thème de la maison hantée. Très bien documentés, ils montrent une volonté de placer la revue Carbone à un haut niveau. J’ai particulièrement apprécié une lecture éclairée et éclairante de la dimension sociale, féministe, mais aussi psychique et psychiatrique de la maison hantée. La maison hantée, grand thème classique de l’épouvante domestique, symbolise l’aliénation familiale et représente un piège dans lequel la femme se trouve historiquement enfermée.  Le cinéma exploite d’ailleurs à fond le filon de la jeune fille rebelle qui se trouve souvent au centre des histoires de possession. Toutefois, cette approche, aussi intéressante soit-elle, se focalise sur la famille nucléaire américaine. Et c’est là une autre critique que je ferai sur ce numéro de la revue : elle est très majoritairement axée sur la culture américaine, que ce soit dans son analyse sociale et historique ou à travers les différents textes qui s’intéressent au cinéma. Pour faire bonne mesure, on parlera sur la fin de ces fantômes qui hantent l’ex-URSS dans les jeux vidéo, ou aux fantômes de Kyoto, mais cela fait peu, très peu, face à la préoccupation nord-américaine des auteurs. Je pense que lorsque l’on veut parler de fantômes et de maisons hantées, que ce soit l’Asie (il y avait justement en début d’année une expo consacrée aux fantômes d’Asie au quai Branly), l’Afrique ou l’Amérique pas du Nord voire, pourquoi pas, soyons fous, l’Europe, les autres continents ont des choses à dire. Mais ça ne doit pas être très « pop culture ».

Du côté des textes originaux, on trouve une nouvelle de Maëlle Fierpied, Cette réconfortante étrangeté, qui est une nouvelle beaucoup trop marquée littérature jeunesse pour que je puisse l’apprécier. C’est ainsi, les histoires d’adolescentes au lycée, ça ne me parle pas. Ariel Holzl propose avec P’tites morts un préquel à son roman les Sœurs Carmine. Je pense que cela parlera surtout aux personnes qui connaissent le roman. Ce n’est pas mon cas. L’homme qui a oublié Ray Bradbury est un texte Neil Gaiman que j’ai trouvé assez moyen.  Heureusement, il y a un excellent texte de Nicolas Texier, Le lotus pourpre, qui non seulement propose une histoire de fantôme originale mais une chute délicieusement romantique façon littérature gothique. Enfin, la revue dévoile le premier chapitre du roman La Cité Exsangue de Mathieu Gaborit (sorti en  Avril 2018 chez Mnémos).  Pourquoi pas ?

Du côté des BD, on trouve deux courts récits graphiques, La veillée de Jaouen Salaün et Raphaël Penasa et Tichey de Boulet. Sympathiques mais sans plus. Boulet a déjà fait beaucoup mieux sur le même thème. Puis, la revue nous propose en avant-première quelques pages du comic Mageek Mathilde de Mute et Alex Veniel, ainsi que deux chapitres de la série, par ailleurs superbe, The Black Monday Murders de Tomm Coker et Jonathan Hickman. Personnellement, cela m’ennuie. Si j’achète une revue à 20 euros, ce n’est pas pour avoir des premiers chapitres de romans ou des extraits de BD. Cela relève plus du teasing publicitaire que du produit fini.

Ce numéro 2 de Carbone est frustrant. C’est d’un côté une très belle réalisation, avec des articles de fond  intéressants, une approche multimedia ambitieuse, et de l’autre des promesses non tenues en raison de choix techniques qui laissent une partie des lecteurs à la porte, et de la publication de teasers. Il y a clairement un travail énorme fait dans la conception de la revue, mais pour un résultat qu’au final je trouve assez fouillis et pas très satisfaisant pour le lecteur lambda. Était-ce trop ambitieux ? Ou pas assez ? Mais surtout, la question qui me taraude après lecture, c’est : à qui s’adresse cette revue ? Je ne suis pas sûr d’en bien comprendre le ciblage.



Catégories :Magazines

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11 réponses

  1. Frustrant, c’est un peu l’impression que j’ai eue pour le seul article que j’en ai lu, celui sur « La Maison des feuilles ». Quelques pages sur un sujet qui en appelait sûrement bien davantage. ‘nfin bon. L’ouvrage est joli et je reste intrigué.

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  2. Je me tate pour acheter la revue, mais j’ai déjà un planning lecture bien chargé. Ceci dit, tu m’intrigues vraiment!
    Le côté visuel de la revue n’est pas étranger non plus à la tentation.

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  3. Je veux bien croire que cela soit frustrant. Surtout que cela semble sinon sortir de l’ordinaire et être de bonne qualité. Il ne reste plus qu’à espérer que les prochains numéros rectifieront cela…

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  4. J’ai un sentiment bizarre avec cette revue, je l’ai déjà prise en main plusieurs fois, et à chaque fois reposée. Je partage ton sentiment de fouillis, et cela me laisse dubitatif.

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  5. Ce que tu ressens avec ce numéro je l’ai ressenti à la lecture du premier. Du coup j’ai laissé tomber l’idée d’acheter ce numéro 2, visiblement j’ai bien fait de passer mon chemin. Merci ^^

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  6. Retour mitigé mais si ce n’est que le 2è numéro il y a moyen qu’ils s’améliorent ^^

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