Binti – Nnedi Okorafor

bintiNnedi Okorafor est une auteure américaine d’origine nigérienne. Diplômée d’une thèse de doctorat en anglais, elle est professeure de littérature et écriture créative à l’université de Buffalo. Son premier roman, Who fears Death (2010) a reçu le prix World Fantasy du meilleur roman en 2011. Il a été traduit en français et publié sous le titre Qui a peur de la mort chez Panini en 2013, puis chez ActuSF en 2017 et au Livre de Poche en 2018.

Premier livre dans la série Binti, la novella Binti a été distinguée du Nebula 2015 et du Hugo 2016. Les deux titres suivants de la série sont Binti: Home (2017) et Binti: The Night Masquerade (2018). Binti est un texte d’à peine 90 pages, publié par Tor.com en 2015 en format papier dans le cadre du lancement d’une nouvelle collection de textes courts.

La novella démarre plutôt bien. L’héroïne et narratrice Binti est une Himba, peuple traditionnel du désert de Namibie que j’avais eu l’occasion de découvrir à travers le film documentaire Les Himbas font leur cinéma (2012) de l’ethnologue Solenn Bardet. Pour tout dire, c’est ce point précis, l’origine ethnique de Binti, qui m’a donné l’envie de lire la novella, plus que les deux récompenses qu’elle a obtenues. Les Himbas sont principalement connus pour une pratique singulière qui est l’utilisation du otjize, un mélange de graisse et d’ocre, pour s’enduire le corps et les cheveux afin de se protéger des rigueurs du climat désertique de Namibie. L’otjize sera un des éléments au cœur de la novella de Nnedi Okorafor.

Nous sommes dans un futur indéterminé, dans lequel les Himbas sont toujours un peuple traditionnel ne quittant jamais ses terres namibiennes, mais ils sont passés maîtres de la fabrication des astrolabes, sorte de carte d’identité/assistant personnel/smartphone individualisé (on ne sait pas trop). Les voyages spatiaux à bord de transports vivants, sorte de crevettes génétiquement modifiées, sont habituels, d’autres planètes sont habitées, et l’humanité vit au contact d’une foultitude d’espèces extra-terrestres. Binti a un don pour les mathématiques qui lui a permis d’être sélectionnée pour rejoindre l’université d’Oomza, une planète lointaine, et l’une des meilleures au monde. Pour rejoindre ce lieu, elle s’échappe de sa famille et entreprend un voyage de plusieurs semaines vers Oomza. Les choses se gâtent pour elle et, au 17e jour du voyage, le transport est attaqué par une espèce belliqueuse, les Méduse, qui massacre tout le monde à bord sauf le pilote et Binti. Binti ne doit sa survie qu’à un artefact, une sorte de porte bonheur qu’elle a trouvé dans le désert, et qui tout à coup s’anime et lui permet de communiquer avec les Meduse.

Incidemment, c’est aussi là que tout se gâte pour le lecteur. Jusqu’ici j’avais l’espoir d’être en présence d’un univers qui allait être intéressant, éloigné de la SF d’inspiration occidentale habituelle, un peu à la Xuya, l’univers sino-vietnamien créé par Aliette de Bodard, mais dans une version africaine.  Malheureusement, l’histoire devient très rapidement confondante de naïveté et plonge dans l’improbable happy machin trucmuche bon enfant gnangnan à faire chialer un bébé panda. Nnedi Okorafor le raconte en post-face, c’est sa fille de onze ans qui lui a soufflé l’histoire. Il aurait fallu le dire tout de suite ! Parce que là, je me suis ennuyé comme pas permis.

Bon, pour le dire plus sereinement, je ne suis pas le lecteur cible. Binti est une novella de SF, tendance space opera, qui s’adresse à un public jeune. Genre Martine et les Méduses. Tor.com nous a habitué à mieux.


D’autres avis sur la blogosphère : l’Albedo, Gromovar.


Titre : Binti
Série : Binti (1/3)
Auteure : Nnedi Okorafor
Publication : 2015 chez Tor.com
Langue : anglais
Nombre de pages : 94
Prix : Nebula 2015, Hugo 2016



Catégories :Novella

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19 réponses

  1. Ah, je vois que tu n’as pas passé sur la partie YA. C’est dommage car, effectivement la trilogie dévie des canons de space-opera occidentaux pour aller vers une inspiration africaine. Sorry, du mauvais conseil.
    En revanche, je me demande comment la trilogie a obtenu autant de prix.

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  2. Feyd, as-tu lu Kirinyaga de Mike Resnick ? si tu cherches de la SF africaine (enfin disons plutôt mettant en scène des cultures africaines), tu trouveras difficilement mieux. Je te conseille l’édition Lunes d’encre, parce que 1/ il y a une nouvelle supplémentaire et 2/ parce que la couverture est superbe.

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    • >>>Je te conseille l’édition Lunes d’encre, parce que 1/ il y a une nouvelle supplémentaire et 2/ parce que la couverture est superbe.

      Je garde le souvenir d’une traduction des nouvelles de vraiment moins bonne qualité que dans les revues dans lesquelles j’avais découvert le cycle.

      Et effectivement quand je vérifie sur noosfere je vois que le recueil est traduit par Olivier Deparis alors que les nouvelles isolées bénéficient des traductions suivantes :

      « Toucher le ciel » (Galaxies 2 avec traduction de Fabienne Rose).
      « Kirinyaga » dans (Galaxies 4 avec traduction de Fabienne Rose).
      « Bwana » (Futurs mode d’emploi avec traduction de Maryvonne Ssossé).
      « La Manamouki » (Futurs sens dessus dessous avec traduction de Maryvonne Ssossé).

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  3. Je n’ai pas été convaincue par cette novella non plus, par contre je ne me suis pas vraiment ennuyée, j’ai juste trouvé ça un peu déjà vu et sans grand intérêt. Vite oublié en gros (je ne lirais pas la suite).

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  4. En réalité, Nnedi Okorafor a un autre recueil publié en français, il s’agit de « Kabu Kabu », par les Éditions de l’Instant. Mais je crois qu’il n’est pas facile à récupérer…

    Et je plussoie fortement Apophis quant à la lecture de « Kirinyaga » de Mike Resnick, c’est un pur chef d’oeuvre. Il y a d’autres récits africains de Resnick qui valent vraiment le coup, notamment son recueil (trouvable en occasion) « Sous d’autres soleils ».

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  5. Ça demande une précision : ça fait pleurer les pandas roux aussi ?
    Je rejoins le conseil d’Apophis sur Mike Resnick, même si personnellement je conseille encore plus les trois tomes de « L’Infernale comédie » : « Paradis », « Purgatoire » et « Enfer » (même si je n’ai lu que ce dernier, je l’ai préféré à « Kirinyaga » – et le tout a le Gromovar seal of approval).

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  6. J’ai surtout l’impression que pour Binti cela doit être une question de sensibilité culturelle car la série est encensée outre-Atlantique.
    Les autres textes de Okorafor sont vraiment bien par contre.
    Et pour ajouter aux deux ouvrages disponibles en français (« Qui a peur de la mort » et le recueil « Kabu Kabu »), il y aussi quelques nouvelles ici où là et la novelette « la fille au mains magiques » qui peut être écoutée librement sur Coliopod :

    https://coliopod.com/episode-006-la-fille-aux-mains-magiques-de-nnedi-okorafor-1er-partie/
    https://coliopod.com/episode-007-la-fille-aux-mains-magiques-de-nnedi-okorafor-2eme-partie/

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    • Je ne pense pas que ce soit une question de sensibilité culturelle propre aux US, mais juste une question de lectorat. Il y a un important lectorat attiré par le YA, ici comme là-bas. C’est même le premier marché d’un côté et de l’autre de la marre. Mais il y a aussi un lectorat américain pour Ada Palmer et la série Terra Ignota est tout aussi encensée. Un décryptage de ces lectorats passerait non pas par des considérations géo-culturelles, mais économico-sociales. Et puis il y a des recouvrements…

      Merci pour les précisions concernant les traductions.

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  7. On a à peu près le même ressenti concernant cette nouvelle et je te rejoins sur le fait que la réussite de ce texte doit venir en parti du lectorat YA mais aussi d’une sorte de changement aussi dans le lectorat de l’Imaginaire US qui cherche voir demande de plus en plus une diversité culturelle.
    Concernant les Hugo je pense aussi que les Puppies ont eu pour conséquence de renouveler le « panel » de membres et donc par conséquent de votants, avec des lecteurs qui cherchent plus un côté touchant voir un côté entrainant, mais sans demander non plus énormément de profondeur. Je pense que c’est de là que pourrait venir les énormes succès de séries comme Binti ou encore The Murderbot Diairies. Après ce n’est que mon avis personnel.

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  8. Ah dommage, le speech de départ m’intriguait. Comme toi, je n’aime pas le YA.

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Rétroliens

  1. Binti de Nnedi Okorafor – Albédo

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