Le regard – Ken Liu

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Ken Liu est un auteur américain d’origine chinoise, multiplement primé notamment pour ses nouvelles « La ménagerie de papier » (Nebula 2011, Hugo 2012, World fantasy 2012) et Mono no aware (Hugo 2013). La nouvelle ici traduite pour la première fois par les bons soins des éditions le Bélial a été initialement publiée sous le titre original The Regular en 2014 et nominée pour le Locus, le Theodore Sturgeon et le Nebula. La version originale dans le recueil The Paper Menagerie publiée par Saga Press en 2016. S’il est souvent classé en science-fiction, Ken Liu lui-même se définit comme un écrivain de fiction spéculative. Il propose pourtant avec le Regard une véritable nouvelle de SF, une enquête policière tendance cyberpunk.

Ken Liu reprend dans sa nouvelle un scénario de roman policier à ce point éculé qu’on en soupirerait de froide lassitude : une enquête sur le meurtre d’une prostituée par un détective privé. Jasmine, de son vrai nom Mona Ding, jeune prostituée chinoise haute gamme, est assassinée dans son appartement de Boston. L’enquête est rapidement laissée de côté par la police locale, estimant qu’il s’agit d’une affaire liée aux gangs chinois. Sarah Ding, la mère de la victime, embauche la détective Ruth Law pour reprendre l’enquête qui la mènera sur les traces d’un tueur en série. On ne saurait a priori faire plus cliché que cela. Pour revisiter la chose, Ken Liu projette l’histoire dans un futur proche et la technologie, le hacking et les réseaux vont se trouver au centre de l’enquête. Dans ce futur, de nombreuses modifications corporelles permettant d’augmenter significativement les possibilités de l’être humain sont possibles, même si pas toujours très légales. Ruth Law est ainsi décrite par son médecin traitant comme quasi-cyborg à force d’avoir recours à toutes sortes d’implants osseux et musculaires (qui se révéleront d’une efficacité toute relative par ailleurs). Les puristes noteront que nous sommes là bien dans le cyberpunk, et non dans une de ses déclinaisons modernes (bio- ou nanopunk) faisant appel à des technologies plus avancées. (Clin d’oeil appuyé à Apophis)

Au-delà de cet aspect, Ruth Law rappelle grandement par certains côtés le personnage de Nick Stavrianos dans le roman Isolation de Greg Egan publié en 1992. Tous deux sont anciens policiers, tous deux ont quitté la police à la suite d’un évènement traumatique impliquant la perte d’un membre de leur famille, tous deux se sont reconvertis en détectives privés high-tech, et tous deux possèdent un implant, hérité de leurs jours passés dans la police, qui leur permet de gérer leurs émotions en contrôlant le taux d’hormones secrétées par le cerveau, et en font une utilisation dépassant largement le seuil recommandé au point d’y être accros. On ne peut à ce point que féliciter Ken Liu sur le choix de ses lectures. Mais Ken Liu n’est pas Egan, et son histoire reste terre à terre, lorsqu’Egan croise l’aéropostale pour s’élever loin dans la stratosphère.

Si Ken Liu propose avec ce court texte un moment de lecture SF pas désagréable, le Regard est tout de même loin d’atteindre le niveau de ses meilleures nouvelles (comme L’homme qui mit fin à l’histoire, par exemple), tant du point de vue de l’originalité du scénario que du développement des personnages. Que ce soit les motivations du tueur, ou la scène finale qu’on voit arriver grosse comme une maison, le tout reste assez entendu. C’est une nouvelle de SF sympathique, mais vu l’attente que pouvait susciter ce texte et son auteur avec sa ribambelle de prix, je reste franchement sur ma faim.

Comme toutes les sorties d’Une Heure Lumière, celle-ci a été chroniquée par nombre de bloggers de SF. Voir par exemple les critiques de l’Albédo, d’Apophis, de Célindanaé, de l’ours inculte, de Lecture 42, de Blog-O-livre, de Nicolas Winter

Sur Amazon.fr : Le Regard


Livre : Le Regard
Collection : Une Heure Lumière (Le Bélial)
Auteur : Ken Liu
Publication : 2017 (VO 2014)
Langue : Français (traduction de Pierre-Paul Durastanti)
Nombre de pages : 110
Format : papier et ebook



Catégories :Novella

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1 réponse

Rétroliens

  1. Le Regard de Ken Liu… – Albédo

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