There Is No Antimemetics Division – qntm

Quentin Monstier annonce chez notre confrère JustAWord, la sortie prochaine chez J’ai Lu, Nouveaux Millénaires,  de There Is No Antimemetics Division (TINAD), roman de l’auteur britannique qntm (à prononcer « quantum »), nom de plume de Sam Hugues. J’ai pour ma part eu l’occasion de lire le texte en version originale, avant sa sortie fin 2025 chez Del Ray Books en Grande-Bretagne et Ballantine Books aux Etats-Unis.

Angleterre, aujourd’hui. L’Organisation est une société scientifique secrète et transnationale dont la raison d’être est de combattre les Unknowns, des phénomènes qui échappent aux lois connues de la physique. Ce ceux-ci prennent des formes diverses : créatures invisibles au commun des mortels, idées capables de se matérialiser et se propager, anomalies conceptuelles dont la dangerosité varie du gadget absurde – tel le grille-pain qui vous fait oublier comment faire du vélo lorsqu’on s’en approche – à l’entité imperceptible qui vous détruit le cerveau dès l’instant où vous concevez qu’elle puisse exister, avant de détruire l’humanité toute entière. Mais comment détruire une idée ?

Marie Quinn dirige la division Antimemetics, une classe particulière d’Unknowns qui fonctionne à l’inverse des autres : les antimèmes détruisent l’information, en premier lieu celle les concernant, effaçant leur existence de la mémoire des hommes. Les combattre ou simplement les confiner n’est possible qu’en prenant conscience de leur existence, ce qui est par définition impossible. Marie Quinn va pourtant devoir faire face à la pire des unknowns antimémétiques, au nom de code U-3125. La tâche est impossible puisqu’avoir connaissance de possibilité de son existence vous tue. Il n’existe donc aucun dossier sur U-3125, aucune trace, aucun indice. Mais U-3125 est là et a commencé à détruire le monde. Comment gagner une guerre sans savoir qu’on la mène est la question à laquelle Quinn doit répondre, au prix de sacrifices considérables.

Le roman s’inscrit dans l’univers fictif développé sur le site d’écriture collaborative SPC foundation. Cet univers étendu, particulièrement foisonnant, s’est enrichi au fil des années de contributions venues du monde entier – y compris d’une branche française. TINAD a initialement était publié sous forme d’épisodes courts entre janvier 2015 et Janvier 2016, disponibles sur le site principal, ainsi que sur la branche française. Si la curiosité vous prenait d’y jeter un œil, je préfère vous prévenir que la traduction est médiocre. Une adaptation en web série de 4 épisodes est également disponible sur YouTube ; là encore, le résultat est tout à fait décevant. Je vous déconseille de vous y attarder.

Vous l’aurez compris à la lecture du résumé ci-dessus, le roman s’inscrit dans la veine des X-files, et présente de nombreuses similarités avec les Laundry Files de Charles Stross. TINAD repose sur une idée centrale vraiment originale – voire brillante –  autour des Unknows et regorge de nombreux  passages humoristiques. Malgré cela, le roman finit par s’essouffler. Les chapitres s’enchainent sans parvenir à construire une intrigue suffisamment solide, et la structure porte les traces de la conception du récit sous forme d’épisodes courts : une succession de saynètes souvent ingénieuses mais sans relation les unes aux autres, jusqu’à un final à la fois décevant et frustrant. L’ensemble ne satisfait pas les promesses d’ampleur et d’originalité esquissées au départ. L’épilogue est, pour peu qu’on ait mobilisé deux neurones, prévisible dès le premier chapitre. On se prend à rêver de ce qu’un tel concept aurait donné sous la plume d’auteurs tels que Charles Stross, Adrian Tchaikovsky ou Caitlin R. Kiernan. Sans doute un récit vertigineux qui aurait mis en danger notre santé mentale. Malheureusement, qntm n’est pas de cette trempe.

En conclusion, TINAD demeure un roman paradoxal : un concept brillant, un univers stimulant, mais une exécution qui ne tient pas ses promesses. J’en recommande néanmoins la lecture, ne serait-ce que par curiosité intellectuelle pour les très bonnes idées qui retournent le cerveau, mais ne attendez-vous à en ressortir pleinement satisfait. La frustration domine face à ce que le texte aurait pu être, et n’est jamais tout à fait. Mais de quoi passer un bon moment.

PS : on m’a signalé l’existence d’une autre adaptation disponible sur YouTube. Il ne s’agit que du premier chapitre, elle est bien réalisée et donne une bonne idée de l’univers dans lequel on entre. Celle-là, je la conseille !


  • Titre (VO) : There Is No Antimemetics Division
  • Auteur : qntm
  • Publication : à venir chez J’ai Lu/Nouveaux Millénaires
  • Parution originale : 11 novembre 2025

21 réflexions sur “There Is No Antimemetics Division – qntm

  1. Les postulats de base sont très intéressants et assez barrés, donc très fortement alléchants !
    Du bon klonkage de neurones à l’ancienne (désolé, mais mon côté rôliste ressort de plus en plus 😹).
    Des motivés pour reprendre les idées de scénarios d’histoires écrites… Ou de parties de JDR totalement explosées ?

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  2. Merci, si le livre est à moitié réussi, je me suis quand même bien marré à lire ton article. Sur le principe des lois de la physique qui barrent en sucette, avec un organisme ministériel chargé de réguler les fuites de temps et aberrations gravifiques locales, j’avais lu Federal Bureau of Physics, dont les 2 premiers tomes étaient vivifiants pour l’esprit.

    https://en.wikipedia.org/wiki/FBP:_Federal_Bureau_of_Physics

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  3. C’est bizarre, mais le livre n’utilise jamais explicitement le terme d’Unknows, il ne me semble pas qu’il soit fait référence à l’Angleterre (ou tout autre pays). Quand à la fin, elle ne m’a pas paru évidente.

    Ce n’est peut être pas un chef d’œuvre, mais il se dégage une atmosphère vraiment unique (et finalement assez éloignée du SCP d’internet) et un côté ovni qui m’a laissé une impression durable.

    et merci pour la vidéo elle est effectivement très réussi

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  4. C’est bizarre, mais le livre n’utilise jamais explicitement le terme d’Unknows, il ne me semble pas qu’il soit fait référence à l’Angleterre (ou tout autre pays). Quand à la fin, elle ne m’a pas paru évidente.

    Ce n’est peut être pas un chef d’œuvre, mais il se dégage une atmosphère vraiment unique (et finalement assez éloignée du SCP d’internet) et un côté ovni qui m’a laissé une impression durable.

    et merci pour la vidéo elle est effectivement très réussi

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    1. C’est bizarre, en effet, mais ils sont bien appelés Unknowns (à la place de SCP dans la version web) dans la version que j’ai lue. Mais c’était le manuscrit distribué aux éditeurs et donc un pre-edit. (Je suis d’accord sur l’atmosphère unique. Ne manque plus qu’un scénario.)

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  5. Personnellement, l’idée centrale ne me semble guère originale : David Brin a utilisé (inventé ?) les Mémétiques , des idées qui prennent forme dans une des strates de l’Hyperespace, il y a quoi, une quarantaine d’années ? (dans Marée Stellaire, de mémoire). Que le concept soit (très) peu utilisé en SF, c’est vrai, mais que ce soit une vraie trouvaille, non, pas vraiment. Après, qntm a sans aucun doute plus développé le concept que Brin, ça, c’est certain.

    Concernant la fondation SCP, c’est un fourre-tout où le très bon côtoie beaucoup de trucs farfelus ou médiocres. Rien à voir, à propos de projet massivement collaboratif au niveau mondial et existant depuis des années / décennies, avec le niveau de qualité que propose en SF le projet Orion’s arm, par exemple.

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    1. Oui, si on veut. Mais à ce tarif là, on pourrait aussi évoquer Un Feu sur l’abîme. Je ne suis personnellement pas convaincu que la comparaison soit très pertinente. David brin mentionne les memetics en passant, comme une forme de vie existante dans l’hyperespace mais n’en fait rien. L’idée développée par qntm est assez éloignée de ça.

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    1. Merci pour la référence, je ne connaissais pas ce texte de Langford. En lisant la page wikipedia qui lui est consacré, je découvre que Greg Egan, Charles Stross et Peter Watts y ont fait référence, ce qui m’avait totalement échappé. Je sais ce qu’il me reste à faire : lire la nouvelle au plus vite.

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        1. BLIT est différent de l’aspect mémétique, mais la nouvelle a effectivement fait pas mal de petits : les minds hacks que l’on retrouve justement chez Bendford, il est directement cité par Stross ou utilisé en clin d’oeil chez Egan (https://en.wikipedia.org/wiki/BLIT_(short_story)).

          Je ne l’ai découverte que l’année dernière et j’ai pourtant eu l’impression d’avoir toujours connu ce concept (au moins depuis Bendford).

          Je ne comprends pas que cette nouvelle (et les 2 autres + la FAQ du « cycle » Basilik) n’est pas déjà été traduite 😦

          Du coup j’ai acheté « Different Kinds of Darkness » le recueil de nouvelles où elles se trouvent (https://ae.ansible.uk/?t=dkod epub envoyé directement par mail par Langford himself) : y’a a boire et à manger, mais y’a quelque pépites (dont BLIT) qui valent le détour et les commentaires de l’auteur sont assez drôles/

          Pour ceux que ça intéresserait je me suis fait une trad maison de BLIT

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  6. Par contre l’article https://aeon.co/essays/your-brain-does-not-process-information-and-it-is-not-a-computer « Your brain does not process information, retrieve knowledge or store memories. In short: your brain is not a computer » semble donc rendre caduque le principe de « Basilik hack » qui d’après le point 5 de la FAQ explique que « He imagined the human mind as a formal, deterministic computational system – a system that, as predicted by a variant of Gödel’s Theorem in mathematics, can be crashed by thoughts which the mind is physically or logically incapable of thinking » 😦

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  7. Pour la parution le 11 novembre 2025 c’est la version papier US ? Pour la version original (hors web) c’est juillet 2021 avec la version epub. Je l’avais découvert à ce moment via
    https://lepauledorion.com/2026/02/10/there-is-no-antimemetics-division-qntm/, ce qui me permet de rajouter une couche de belles références : démon core (et donc à Doc Manhattan), Fnord (et donc toute la galaxie Illuminati). Il est également question d’autofac, une référence à Dick ou aux nano factory ?

    A l’époque je trouvais que l’auteur ne jouait pas assez avec la forme, ça reste toujours vrai.

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    1. Toutes les dates de publication avant 2025 concerne de l’autopublication sous différents formats (epub, papier) avant que qntm signe avec un éditeur. J’ai indiqué la date de la version courante (apparemment légèrement remariée) actuellement disponible.

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  8. J’ai hâte que ça sorte, le concept m’a énormément rappelé Raw shark texts de Steven Hall (Et dormir dans l’oubli comme un requin dans l’onde, en VF), un livre que j’adore. Et il y a quand même quelques superbes trouvailles dans les SCP.

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