
Octavia E. Butler retrouve ce mois-ci une actualité éditoriale avec la sortie du roman inédit en français Mauvaise Graine (Wild Seed, 1980), premier récit dans la chronologie interne de la série Patternist, chez Au Diable Vauvert. Depuis quelques années, la maison d’édition gardoise s’est lancée dans la publication ou la réédition des œuvres de l’autrice américaine de science-fiction disparue en 2006. Il y a un an, je chroniquais dans le numéro 114 de la revue Bifrost Imago, troisième titre conclusif de la trilogie Xenogenesis. Voici ce que j’en disais.
Suite à la publication de L’Aube en 2022 et de L’Initiation en 2023, la parution en février 2024 d’Imago complète la trilogie « Xenogenesis » d’Octavia E. Butler, qui était restée jusqu’ici inédite en français. Rappelons que c’est à Marion Mazauric, et à la maison d’édition Au Diable Vauvert, que l’on doit le retour en librairie, voire la découverte, des œuvres de cette grande dame de la science-fiction américaine.
On retrouve dans la trilogie « Xenogenesis » certains des thèmes abordées par l’autrice dans l’ensemble de son œuvre, à savoir les mécanismes de domination sociale et l’évolution individuelle nécessaire sous la contrainte d’un changement de paradigme. Ici, la bascule est d’une brutalité inouïe pour l’espèce humaine. En grande partie décimée par une guerre nucléaire entre nations, l’humanité – ou ce qu’il en reste – se voit proposer comme alternative à l’extinction de renoncer à son libre arbitre, à sa nature même, et de s’hybrider avec les Oankalis, une race extraterrestre aux connaissances en génétique avancées. C’est en véritable ethnologue, voire en xénologue, qu’à partir de cette proposition science-fictive, Octavia E. Butler étudie le devenir de l’humanité face à un mode d’existence, qu’il soit sociétal, familial ou individuel, qui lui est étranger. Comme toujours chez l’autrice, l’argument est complexe, et la palette des nuances n’autorise jamais la simple dichotomie du noir et blanc. L’Aube suivait les doutes et les choix de Lilith, femme noire américaine, à la fois traitresse et sauveuse de son espèce pour avoir accepté l’échange avec les Oankalis. L’Initiation avançait d’un pas en donnant à lire le point de vue d’Akin, premier enfant hybride de Lilith, un façonné.
Imago avance plus loin les choses et propose au lecteur le récit de Jodahs, lui aussi fils de Lilith, lui aussi façonné, mais qui connaît une transformation non prévue par les Oankalis. Jodahs devient un ooloi, c’est-à-dire un individu ni homme ni femme, mais appartenant à ce troisième sexe spécifique à l’espèce Oankali, essentiel à leur reproduction et maître d’œuvre des hybridations. Un ooloi hybride, ni Oankali ni humain, qui représente cette fois-ci, en retour, un changement de paradigme pour les Oankalis eux-mêmes. Par son intermédiaire, Octavia Butler s’intéresse à la nature et à l’histoire des Oankalis, aux contraintes qu’eux-mêmes subissent, alors que les deux tomes précédents se focalisaient sur les humains. Jodah constitue le véritable pont entre les deux espèces, offrant à l’une et à l’autre un nouvel avenir, différent de celui qui était jusque-là promis.
Parce l’autrice était noire américaine, de nombreux commentateurs ont voulu voir dans la trilogie une métaphore de l’esclavage et de l’histoire des Afro-américains, ce qui est fort tentant dès lors qu’on cherche à donner une justification aux récits de science-fiction. Octavia Butler réfutait cette explication. « Xenogenesis » est avant tout une histoire d’invasion extraterrestre et d’altérité profonde, touchant au corps, aux rapports entre individus de sexes différents, à la famille et à l’organisation sociale. Intelligente et saisissante de singularité. Imago en offre la parfaite conclusion.
- Titre : Imago
- Série : Xenogenesis (T3)
- Autrice : Octavia E. Butler
- Publication : 15 février 2024, Au Diable Vauvert
- Traduction : Jessica Shapiro
- Nombre de pages : 384
- Support : papier (23 €) et numérique (12,99 €)
Oups, toujours pas lu le premier tome, à se demander si un jour, j’aurai le temps
Pourtant, j’en ai envie !
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Un excellent roman et une belle conclusion à la trilogie.
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