Eparpillés sur la mer – Mina Jacobson

En mai dernier, la maison d’édition lyonnaise 1115 a lancé une campagne de financement participatif afin de proposer ChronoPages, leur collection de nouvelles à l’unité, en abonnement mensuel. La campagne a rencontré le succès et depuis le mois de septembre, les abonnés dont je fais partie reçoivent une nouvelle par mois. (Si vous n’avez pas participé à ce financement mais que vous êtes intéressés par ces textes, vous pouvez toujours vous abonner sur le site de l’éditeur). En septembre, ce fut L’énergie du désespoir d’Adrien Tomas, texte déjà paru en 2016 chez Mnémos, qui ouvrait le bal. En ce mois d’octobre, nous recevons Eparpillés sur la mer de Mina Jacobson, un autre texte déjà publié en 2022 dans l’anthologie Clones & Chimères chez ARKUIRIS. À un moment, ce serait sympa quand même que 1115 nous propose des textes inédits dans cette série. Mais bon, je ne vais pas bouder, c’est un très bon texte de SF que j’ai découvert à cette occasion. Mina Jacobson est psychologue et psychothérapeute, et autrice de cinq nouvelles parues dans diverses revues et anthologies (merci la Noosfère).

L’histoire se déroule dans un futur postapocalyptique, après que les océans aient couvert entièrement la planète, condamnant les survivants de l’espèce humaine à vivre sur des bateaux. Mais ceci n’est qu’un décor qui n’a en fait pas grande influence sur le récit, ni d’intérêt narratif particulier. Ce qui est intéressant, c’est que la communauté humaine a dû se réinventer pour croitre et survivre. Les naissances sont artificielles et multiples, dans le sens où l’on fait naitre des clones qui sont appariés toute leur vie. Une puce électronique leur est implantée dès la naissance et ils partagent leurs pensées et leur expérience de vie. Notez que nous sommes là très proches de l’expérience décrite par Greg Egan dans Un Château sous la mer publié en hors-série dans la collection Une Heure Lumière en 2021 chez Le Bélial’. Ces clones, on les appelle les polyssés, ceux qui ont plusieurs corps. Les unissés, ceux qui n’ont qu’un seul corps, n’y en a tout simplement plus. Par contre, il existe des rebelles, des transverssés, qui ont volontairement choisi de se couper de leur clone et de détruire leur puce. Le narrateur est un cas extrême. Il est apparié à 6 autres de ses clones et fait partie d’un Essaim de 7 personnes n’en faisant qu’une. Mais un jour il est attaqué par des transverssés.

Si l’idée de l’essaim et des êtres connectés n’est pas nouvelle en SF, elle est intelligemment mise en œuvre et discutée dans ce texte. L’écriture de Mina Jacobson est immersive. La narration à la première personne et au présent est particulièrement adaptée au récit et la parole sonne juste. Est-ce parce qu’il s’agit là du travail d’une psychologue ? Quoi qu’il en soit, j’ai été impressionné par ce texte court, à peine 30 pages, mais très réussi.


  • Titre : Eparpillés sur la mer
  • Autrice : Mina Jacobson
  • Publication : 11 octobre 2023, éditions 1115, coll. ChronoPages
  • Nombre de pages : 32
  • Support : papier

3 réflexions sur “Eparpillés sur la mer – Mina Jacobson

    1. Nous sommes d’accord. Lancer un financement participatif pour faire de la réédition alors que c’était l’occasion de soliciter des auteurs, je trouve ça assez décevant. (le premier est une nouvelle de fantasy, ce qui n’est pas ma came..)

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  1. Dans ma grande naïveté, j’ai pensé que c’était des textes inédits. Je me vois un peu déçue également, même si pour ces deux-là tout au moins ce n’est pas grave puisque je ne les avais jamais lus, ils étaient donc inédits pour moi. Ca risque de devenir ennuyeux s’ils se mettent à faire des republications d’anthologies que j’ai lues.

    Le texte de Mina Jacobson est très bon. Il est vrai que le contexte spatial n’a aucune incidence sur l’histoire, on est plus sur une nouvelle qui explore un concept.

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