L’Interdépendance, Tome 3 : La Dernière Emperox – John Scalzi

Clap de fin ! La Dernière Emperox, roman publié le 25 février 2021 chez L’Atalante, conclut la trilogie de l’Interdépendance de John Scalzi entamée avec L’Effondrement de l’Empire (2019), et Les Flammes de l’Empire (2020). Le moment de la critique d’un tome final est aussi celui du bilan, là où le chroniqueur forcément subjectif que je suis se doit de livrer quelques arguments pour conseiller la lecture du cycle dans son intégralité ou, au contraire, recommander une meilleure vie. Ainsi donc, l’Interdépendance mérite-t-elle un voyage en trois volumes ? Oui, évidemment, c’est John Scalzi ! Si l’on sait à quoi s’en tenir, on est rarement déçu.

De quoi s’agit-il ? Pour plus de détails, je vous invite à vous reporter aux chroniques de deux précédents tomes en lien ci-dessus, ou de vous contenter du résumé sommaire qui suit si vous souhaitez en savoir le moins possible. Il s’agit d’un space opera de facture classique, presque à l’ancienne pourrait-on dire, qui réserve à ses lecteurs un moment de plaisir totalement décomplexé. La trilogie raconte la fin d’un Empire interstellaire, depuis longtemps coupé de la Terre des origines, dont l’existence est irrémédiablement menacée par l’effondrement même de sa structure physique. Ici, en l’occurrence, il s’agit de la disparition progressive du Flux, un courant dans l’espace-temps, qui permet de voyager en quelques semaines entre les 48 systèmes qui forment l’Empire. À terme, ces systèmes seront ainsi strictement isolés les uns des autres. Seulement voilà, dans l’Interdépendance, les existences des différentes colonies humaines sont interdépendantes (malin comme titre !) et ce pour deux raisons principales. La première est que parmi les systèmes habités, un seul est constitué d’une planète habitable et autonome. Les autres ne sont que des habitats artificiels. La seconde raison est que le pouvoir économique, et donc politique, est aux mains de familles qui se sont assurées du monopole de certaines activités qui vont de la production agricole qui nourrit des milliards d’humains à la fabrication des vaisseaux qui permettent de voyager.

« Entendons-nous bien sur ce qu’il est en train de se passer […] C’est la fin de la civilisation telle que nous la connaissons. Ce qui s’annonce excellent pour les affaires. »

En plaçant l’Interdépendance face à sa chute inévitable, John Scalzi ne fait que transposer dans le futur et l’espace le danger auquel l’humanité est exposée ici sur Terre à notre époque face au réchauffement climatique qui menace notre mode de vie, voire notre vie tout court,  à pas trop long terme. Il pose alors la question : quelle est la meilleure chute possible ? Il entrevoit deux réponses qu’il met en scène dans sa trilogie. Il y a d’un côté les méchants de l’histoire, assumant totalement son manichéisme, qui proposent ni plus ni moins que la solution qui semble être celle que nous avons collectivement choisie, ici sur Terre : face au mur, accélérons ! De toute façon, on ne pourra pas sauver tout le monde. Seuls ceux qui ont les moyens s’en sortiront, et entretemps pourront même réaliser des profits sur le dos de ceux qui… ben ceux qui resteront derrière et n’auront de toute façon plus besoin de rien puisqu’ils vont y rester, les pauvres. Paix à leur âme. De l’autre côté, il y a les gentils, qui se disent que tout ça c’est quand même un peu dégueulasse, et qu’il doit y avoir un moyen de voir les choses autrement, quand bien même cela va demander de changer d’organisation, de sacrifier l’Empire, et bien d’autres choses si on veut sauver le plus de monde possible.

En faisant ce parallèle avec la situation climatique que nous connaissons, la trilogie de L’Interdépendance est donc à rapprocher thématiquement et moralement de The Ministry for the Future de Kim Stanley Robinson. La différence, et elle est de taille, est que KSR a écrit un roman très sérieux dans lequel il envisage des solutions politiques et économiques, là où John Scalzi reste léger et aborde des questions graves sous la couverture de l’humour débridé. Mais il le fait tout de même, et pointe très honnêtement les difficultés qui se dressent sur le chemin des acteurs politiques les plus raisonnables.

Le succès de Scalzi est avant tout de proposer une aventure interstellaire hautement divertissante, emmenée par des personnages truculents, des révélations et des rebondissements, de l’action et de l’humour, beaucoup d’humour, et distribue çà et là, pour le plus grand plaisir de son lecteur, des claques et des coups de pieds au cul dans des scènes et des dialogues d’anthologie. Il y a tout de même quelques critiques à faire sur ce troisième tome dépourvu du charme du deuxième qui était, dans son genre, assez glorieux. Tout d’abord, John Scalzi, confronté au succès rapide de sa trilogie, a tendance à s’auto-caricaturer dans ce dernier volume. L’humour qui était jusqu’ici savamment dosé, déborde un peu plus des pages, parfois de façon contre-productive. C’est une question de goût, me direz-vous. Disons alors qu’il en fait beaucoup plus que dans les pages précédentes. D’autre part, la personnalité des intervenants est, elle aussi, dessinée en appuyant plus fort le crayon sur la feuille de papier. Scalzi en fait un peu des tonnes de ce côté-là. Par ailleurs, chose qui semblait impensable jusqu’ici, je lui ai trouvé des longueurs. Scalzi se met à expliquer plutôt qu’à illustrer. Cela ne me dérange pas de la part de KSR, on sait dans The Ministry… qu’on assiste à un cours magistral, mais cela m’a paru déplacé ici dans le cadre de cette trilogie.

Si ce dernier tome conclut, et de manière tout à fait satisfaisante la trilogie, j’ai trouvé qu’il était le plus faible de la série, malgré son lot de révélations et de twists. Un poil de retenue l’aurait mieux servi, à mon humble avis. Cela étant dit, je vous recommande chaudement la lecture de la trilogie qui constitue un cycle très plaisant à lire.


D’autres avis : Gromovar (VO), Anudar (VO), De l’autre côté des livres (VO), De livres en livres (VO), Ombrebones, Au Pays des Cave Trolls, Les lectures du Maki, L’Albedo,


  • Titre : La Dernière Emperox
  • Cycle : L’interdépendance
  • Auteur : John Scalvi
  • Publication : le 25 Février 2021 chez L’Atalante, coll. La dentelle du cygne
  • Traduction : Mikael Cabon
  • Nombre de pages : 320
  • Format : Broché et numérique
  • Prix : 21,90€


Catégories :Cycles, Romans VF

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7 réponses

  1. On est d’accord : ce tome est le moins bon de l’ensemble, et c’est dommage. Un an après, les détails de son intrigue se sont faits assez flous dans ma mémoire…

    Merci pour le lien !

    Aimé par 1 personne

  2. Merci pour le lien 🙂 perso j’ai passé un bon moment et le roman a répondu à mes attentes. Mais j’ai conscience que mon esprit critique fait la grève quand il s’agit de Scalzi parce que le lire me fait toujours beaucoup de bien 😅 c’est donc chouette de lire une chronique comme la tienne qui prend du recul.

    Aimé par 1 personne

  3. C’est l’expression que je cherchait : un poil plus de retenue. Comme toi, même si je le trouve amplement satisfaisant, il reste le plus « faible » -toutes proportions gardées – de la série.

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  4. J’ai trouvé ce dernier tome complètement bâclé.
    Scalzi est un auteur extrêmement doué mais qui devrait passer un peu moins de temps à s’excuser à la fin de ses romans et un peu plus à bosser.
    Son talent lui a permis de s’en sortir jusqu’à cette trilogie, et si c’est une conséquence de son nouveau contrat, ça augure mal de la suite.
    Très déçue.
    Il vient de passer d’auteur sur lequel je me précipite, à auteur que j’attendrai de lire à la bibliothèque ou en édition de poche.

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Rétroliens

  1. La Dernière Emperox [L’Interdépendance 3], John SCALZI – Le nocher des livres
  2. La Dernière Emperox – John Scalzi – Albédo

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