The Tiger and the Wolf – Adrian Tchaikovsky*

wolfandtigerJ’ai eu le plaisir de lire  plusieurs romans d’Adrian Tchaikovsky mais uniquement dans le domaine de la science fiction. Pourtant, si on regarde sa bibliographie, Tchaikovsky est principalement un auteur de fantasy. Il s’est fait connaître avec la série Shadows of the Apt débutée en 2008 et comportant à ce jour 10 volumes. C’est avec une série plus récente que j’ai choisi d’explorer ce pan de son oeuvre : la série Echoes of the Fall qui est constituée des romans The Tiger and the Wolf (2016), The Bear and the Serpent (2017) et The Hyena and the Hawk dont la sortie est prévue en 2018.

Avant de parler du fond, prenons tout d’abord le temps d’admirer la couverture de The Tiger and the Wolf. Je n’aurai qu’un mot pour qualifier cette magnifique couverture : elle est magnifique. Le relief doré sur fond mat noir est du plus bel effet. Par contre, elle a tendance à s’abîmer assez rapidement à l’usage, le fond noir grisaille, et comme le livre fait 600 pages, on le manipule quelques fois avant de le refermer définitivement.

Le cadre

S’éloignant de la high fantasy traditionnelle d’inspiration médiévale, Adrian Tchaikovsky se lance avec la série Echoes of the Fall dans une ambitieuse entreprise qui est de donner vie aux mythes nord américains, ou du moins de s’en inspirer librement. (Je ne dirai pas tout le mal que je pense des accusations d’appropriation culturelle qui fleurissent ces temps-ci sur le terreau de l’hystérie collective américaine et dont, par exemple, J.K. Rowling a récemment fait les frais pour avoir osé écrire History of Magic in North America).

Une carte en début de livre pose très succinctement la géographie du monde de The Tiger and the Wolf. Très simplifiée, elle ne servira guère lors de la lecture. Un dramatis personae par contre aurait été le bienvenu, car les personnages sont nombreux et possèdent tous un nom, un surnom, un nom de chasse… mais il est absent. La caractéristique principale de cet univers de fantasy, et qui constitue le moteur de l’intrigue, est que ses habitants sont tous sans exception capables de thérianthropie, c’est à dire de se changer en animal. Inspirée du chamanisme sibérien, des skin-walkers  Navajo, du nahual aztec, voire des animagi de J.K. Rowling, cette capacité est toutefois différente des ses modèles car elle appartient à tous, et non  pas seulement à quelques magiciens ou sorciers. Il n’est d’ailleurs jamais question de magie dans l’univers mis en place par Tchaikovsky. Cette thérianthropie est à rapprocher des skin-changers des Tolkien (souvenez vous de Beorn) en cela qu’elle relève du totémisme : chaque individu possède un animal totem qui ne lui est pas propre, mais l’identifie à une famille, clan, tribu. On ne choisit ainsi pas son animal, mais on y est associé par naissance, par hérédité, et par appartenance au clan. On né ainsi loup, ou tigre, ours, hyène, faucon, coyote ou encore serpent. Sous sa forme animale, on en possède toutes les caractéristiques et sens aiguisés. Il y a une autre particularité à cette thérianthropie, qui est que lors du changement de forme (le Step), l’individu incorpore à sa forme animale ce qu’il porte sur lui sous sa forme humaine. Ainsi ses armes deviennent ses dents et ses griffes, ou il peut incorporer des vêtements en laine à sa fourrure pour gagner en résistance au froid. Au sein de leur clan, certains personnages sont choisis par les dieux pour être un Champion. Il adopte alors une forme extrême et puissante de son animal totem, voire hybride. L’âme de l’animal champion est elle aussi puissante et possède une volonté propre que le porteur doit apprendre à contenir ou à libérer à loisir.

Les clans sont puissants, territoriaux et quasi systématiquement en conflit les uns avec les autres,  à l’exception de quelques-uns, comme les chevaux qui commercent avec les autres, ou les coyotes, trop indépendants et éparpillés pour réellement former un clan. Le grand Nord est sous l’ombre des loups. Ceux-ci, féroces et guerriers, ont en outre une connaissance qui leur apporte un avantage énorme face aux autres clans, celle de la fabrication du fer. Les autres tribus ne possèdent que des armes faites de bronze ou de lames d’obsidienne pour les peuples du Sud, inspirés des cultures mésoaméricaines. Ces dernières sont évoquées à travers deux personnages de l’histoire mais assez peu développées, en tout cas dans ce volet du cycle. Les amateurs de cultures précolombiennes y noteront quelques allusions aux mythes et à l’histoire, notamment, des Toltèques et des Aztèques.

– So what happened to this Snake-Jaguar place.
– Gone. The Pale Shadow people came from the sea, fair in person and with fair words, but they were without souls and they seduced the men of the Jaguar and turned our own warriors against us.

Ce passage fait évidemment référence à la chute de l’empire aztèque, placé sous l’égide de Quetzalcoatl (le serpent à plume) et de Tezcatlipoca (le Jaguar) qui a suivi l’arrivée du guerrier blanc Hernan Cortés grâce à son alliance avec les tribus ennemies des aztèques, notamment les Tlaxcaltèques. Le royaume du Sud est désormais connu sous le nom de Sun River Nation et sa capitale est la grande cité d’Atahlan. Mais ce livre n’est pas son histoire.

L’histoire

L’histoire est celle de Maniye, fille d’Akrit Stone River, chef de la tribu des loups les Winter Runers, qui dirigent le royaume du Nord, Crown of the World, et de la défunte reine des Tigres. Cette double ascendance lui a donné une double âme et un double totem : loup et tigre. Elle peut se changer en l’un ou l’autre. Mais elle devra choisir. A l’adolescence, les jeunes de la tribu doivent passer le test imposé par le prêtre Kalameshi pour montrer leur habilité de loup. Kalameshi connait le secret de Maniye et la soumet à un test particulièrement cruel, qu’elle réussit néanmoins. Maniye est haïe par son père qui ne voit en elle qu’une opportunité d’asservir définitivement les tigres ennemis. Au lendemain du test, il souhaite la marier à Broken Axe, le loup qui fut la main armée de son père lorsqu’il décida de tuer sa mère après sa naissance.  Maniye s’enfuit de la tribu, emportant avec elle un prisonnier destiné au sacrifice, Hesprec Essen Skese, l’homme serpent du royaume du sud. Hesprec, qui est prêtre du Serpent, lui servira alors de guide.

If you’re not where you would like to be, Quiet when Loud pointed out, then just keep moving. There will be a better place.

La suite de l’histoire est la fuite sans fin de Maniye pour échapper aux hordes de son père, mais aussi à celles des tigres. En chemin, elle agrégera autour d’elle une bande de personnages plus ou moins bannis de leur culture d’origine, et aux motivations diverses. Il y a Asmander, le champion du royaume de Sun River, homme-crocodile, dont le récit se fait en parallèle à celui de Maniye pendant une grande partie du livre; Vernater, l’esclave d’Asmander, et homme-dragon; Shyri, la femme-hyène; et Loud Thunder, l’homme-ours. La scène centrale du livre, le refuge chez Loud Thunder, n’est pas sans rappeler le séjour des hobbits dans la demeure de Beorn chez Tolkien, et s’avérera un tournant dans l’histoire.

Mon ressenti

Si je résume à coups de hache, The Tiger and the Wolf est l’histoire d’une adolescente qui se cherche et tente d’échapper à l’influence conflictuelle de ses parents divorcés. A l’évidence, je n’appartiens pas à la démographie cible de ce roman qui pour moi s’inscrit pleinement dans la mouvance Young Adult. C’est la plus grosse critique que je ferai. Mais il y a d’autres éléments qui m’ont refroidi.

Si l’univers créé par Tchaikovsky est intéressant et original en fantasy, le livre souffre de son rythme. Celui-ci basé est sur un scénario qui se répète trop systématiquement : fuite, rencontre avec une nouvelle tribu représentant un nouvel animal, baston, refuge, puis arrivée des loups, fuite, baston, loups, fuite, baston, loups… etc. Le rythme est ainsi d’une monotonie qui s’avère rapidement lassante. Le scénario ne recèle aucune surprise ou moment fort. La fuite de Maniye ne l’emmène jamais très loin, et le lecteur n’est pas amené à découvrir le vaste monde autour du royaume des loups. Une courte excursion chez les ours et une autre chez les tigres, constituent tout l’exotisme qui nous sera donné.

L’histoire n’est jamais d’une folle complexité. Il n’y a aucun développement politique ou réflexion philosophique qui pourrait élever le roman au dessus de la simple fuite de Maniye. Il y a bien quelques personnages intéressants car dotés de profondeur, comme Hesprec, Broken Axe, voire Shyri dont on n’apprendra malheureusement pas grand chose alors qu’elle est intrigante. Mais les principaux protagonistes que sont Maniye et Asmander sont creux et l’un comme l’autre figés dans leur relation avec leur père.

Les affrontements sont assez bien écrits et reposent sur les changements de formes incessants des opposants. Mais ils sont eux aussi répétitifs et trop systématiques, donc sans surprise. Notons qu’ils finissent rarement mal. La manière dont Maniye arrive toujours à s’échapper, en courant… quand bien même elle fait face à de meutes de guerriers bien plus expérimentés qu’elle, ne soulève qu’incrédulité.  Tout ceci participe à ce que rapidement toute tension qui pouvait tenir le lecteur retombe sous le poids de la prédictibilité. La conclusion elle-même est sans surprise et n’a pas réussi chez moi à ranimer la flamme.

Cette première plongée dans le volet fantasy des œuvres d’Adrian Tchaikovsky est donc une déception, qui n’est due qu’à un mauvais ciblage de ma part. Je vais toutefois poursuivre cette exploration avec un roman très différent, Guns of the Dawn qui, à ce qu’on en lit sur les blogs, semble plus à même de répondre à mes attentes de lecteur.


Sur Amazon.fr : The Tiger and the Wolf


Livre : The Tiger and The Wolf
Série : Echoes of the Fall (1/3)
Auteur : Adrian Tchaikovsky
Publication : 2016
Langue : Anglais
Nombre de pages : 608
Prix : British Fantasy 2017



Catégories :Fantasy

7 réponses

  1. Argh. Je suis bien embêté, du coup. D’abord parce que j’avais prévu de le lire et que tu m’as bien refroidi, là (surtout que ce qui ne plaît pas à l’un a fortement tendance à ne pas plaire à l’autre dans notre duo de choc, de chic et de charme). Ensuite parce que j’ai acheté le tome… 2 en promo, et que du coup si je ne lis pas le 1, il va me rester sur les bras 😀 Bon, ben lecture maintenue, mais repoussée en 2021.

    Aimé par 1 personne

    • Figure toi que j’ai failli acheté les trois de la série d’un coup, parce que c’est Tchaikovsky bon sang, mais un petit vent frais derrière la nuque a retenu ma main au dernier instant. Le souffle léger du Serpent sans doute. Et je suis content de ne pas l’avoir fait. Ce n’est pas que c’est un mauvais livre, il est pas mal somme toute, mais il ne s’adresse pas à nous, tout simplement.

      Par ailleurs, j’ai précommandé le premier livre de sa nouvelle série Redempion’s blade. Livraison cet été.

      En attendant, j’attaque Guns of the Dawn.

      Aimé par 1 personne

  2. J’aurais la même réaction que l’ami Apophis. J’étais sur le point de l’acquérir, j’ai juste décalé la date d’achat…. et j’ai bien fait!!! Je vais me rabattre sur d’autres oeuvres que j’ai repéré. Notamment The expert system’s brother.

    Aimé par 2 personnes

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