La Cité des miracles (les Cités divines t. 3) – Robert Jackson Bennett

Disponible demain, le 26 février 2025, dans toutes les bonnes librairies, La Cité des miracles vient conclure la trilogie des Cités divines de Robert Jackson Bennett. Dans sa version originale en anglais, la trilogie a été écrite et publiée il y a une dizaine d’années, entre 2014 et 2017. Le laps de temps écoulé avant sa parution en français chez Albin Michel Imaginaire a permis une chose rare et fort appréciable pour le lecteur, à savoir des sorties rapprochées, à six mois d’intervalle, ne nous laissant pas le temps de tout oublier de l’univers et des protagonistes. Qui plus est, AMI a fait les choses en grand puisque les premières éditions de la trilogie sont dans un format relié, à tirage limité.  Une édition plus habituelle brochée suivra, le premier volume de la série étant déjà disponible sous ce format depuis août 2024. La Cité des miracles fait donc suite à La Cité des marches, publié en février 2024, et à La Cité des lames, publié en octobre 2024. Souvent, la question qui se pose pour les romans inscrits dans un cycle est celle de la possibilité de les lire indépendamment les uns des autres, comme c’est le cas par exemple pour le cycle de la Culture d’Iain M. Banks. Dans le cas de la trilogie des Cités divines, les volumes se suivent, mais proposent une histoire complète, avec un personnage principal différent. Toutefois, les bases de l’univers ont été posées dans le premier volume, La Cité des marches, et l’on suit un groupe d’individus depuis les premiers temps du récit. Inévitablement, chacun des tomes fait référence à des événements passés et lire La Cité des miracles sans les volets précédents n’aurait pas grand sens.

La Cité des miracles se déroule 13 ans après La Cité des lames et 20 ans après La Cité des marches. Le monde dans lequel le récit prend place a changé. Nous avons découvert une société en pleine mutation dans le premier volume, qui laissait derrière elle l’hégémonie du divin, les dieux ayant été éliminés — physiquement et par la violence, pour entrer dans l’âge de la technologie. Apparaissaient les trains à vapeur, le télégraphe, les premières armes à poudre. La Cité des marches affichait une esthétique de fantasy steampunk. Sur le Continent, désormais politiquement et militairement dominé par son ancienne colonie de Saypur, les derniers dieux faisaient de la résistance. C’était sans compter sur l’agente du ministère Shara Thivani (plus tard connue sous le nom d’Ashara Komayd) qui allait leur régler leur compte avec l’aide de son fidèle secrétaire Sigrud je Harkvaldsson, le géant barbare des contrées du Nord, au cours de la bataille de Bulikov. Dans La Cité des lames, les armes à feu étaient devenues courantes. Les machines et l’ingénierie de Saypur permettaient d’envisager de grands ouvrages pour transformer le continent et effacer les dernières blessures des conflits passés. Mais de nouvelles manifestations divines forçaient Shara, devenue Première ministre de Saypur et personnage secondaire, a envoyé dans la cité de Voortyashtan la générale Turyin Mulaghesh, héroïne de la bataille de Bulikov à la retraite, où elle recevrait l’aide plus ou moins opportune de Sigrud en exil.

Treize années plus tard, la technologie a fait un bond en avant. Les gratte-ciels commencent à pousser dans les villes désormais toutes reliées par le train, la radio et le téléphone permettent les communications intercontinentales, et les armes sont automatiques et explosives. Le vieux Sigrud, qui malgré sa jeunesse physique apparente accuse moralement le poids des ans, devient cette fois le personnage principal du récit, lui qui n’était jusqu’alors qu’un personnage secondaire un peu caricatural, relégué au statut d’arme, d’outils des basses œuvres, lorsqu’il fallait faire parler la violence. Ce n’est pas un autre homme que l’on découvre dans La Cité des miracles. Robert Jackson-Bennett n’essaye pas de nous vendre a posteriori un protagoniste à la sensibilité cachée pour relancer le récit, passé et présent compris. Non, Sigrud est bien la main qui ne connait que la violence, la colère et la vengeance comme lois, mais qui se révèle étonnamment conscient de ce qu’il est et du rôle qu’il a à jouer. Son histoire personnelle s’épaissit et son destin s’affirme. Et il est accompagné d’un chœur de personnages secondaires, certains déjà croisés, et d’autres qui apparaissent pour l’occasion. Le déroulement des événements est livré à travers différents points de vue, et l’on notera que cette fois-ci, le méchant de l’histoire a lui aussi son mot à dire et bénéficie d’une exposition, et d’un récit propre, dès le début du livre.

Selon le schéma éprouvé dans les deux volumes précédents, le scénario de La Cité des miracles démarre par l’enquête lancée à la suite d’un assassinat, ici celui de Shara Komayd (eh ouais !) et va crescendo jusqu’à un affrontement final avec les forces du mal, à tendances surnaturelles puisque nous sommes dans la trilogie des Cités divines et que c’est là le cœur des drames comme métaphore du pouvoir qui corrompt inéluctablement. Comme dans les deux volumes précédents, et malgré la formule réutilisée, Robert Jackson-Bennett a le talent de nous offrir un récit différent, dans une ambiance en tous points renouvelée. On retrouve certes des mécanismes à l’œuvre, les clins d’œil à d’autres productions de fantasy qui parsèment la trilogie (de Fritz Leiber à Lovecraft en passant ici par Tolkien), mais chaque tome est marqué par le caractère de son personnage principal et les particularités de l’époque à laquelle il se déroule. C’est là une des originalités du cycle qui permet à l’auteur de se renouveler. Dans La Cité des miracles, c’est Sigrud qui est aux commandes dans un monde résolument moderne. Et Sigrud n’est pas tout à fait un homme comme les autres. Il est en particulier doté d’une capacité que lui-même ne comprend guère d’échapper sans cesse à la mort. Ce dernier roman a des allures de Mission Impossible (espionnage, cascades et explosions incluses), avec un scénario qui se déroule à un rythme très soutenu, face à des forces divines déchainées et déterminées à en finir une bonne fois pour toutes. Les enjeux sont astronomiques et, quelle que soit la façon dont les choses se termineront, le monde s’en trouvera changé à jamais.

La trilogie des Cités divines de Robert Jackson Bennett, lancée avec l’original La Cité des marches, poursuivie un peu plus classiquement — si ce n’est pour sa protagoniste — avec La Cité des lames, se boucle ici dans un explosif mené tambour battant, sans pause ni temps mort. La conclusion est telle qu’elle devait être, il n’y avait pas d’autre fin possible. La Cité des miracles est le roman de divertissement pur que l’on pouvait souhaiter pour refermer le cycle, très appréciable en ces temps troublés.

D’autres avis : Gromovar, Le Nocher des livres, Au Pays des Cave Trolls, Feygirl,


  • Titre : La Cité des miracles
  • Série : Les Cités divines, tome 3/3
  • Auteur : Robert Jackson Bennett
  • Parution originale : mai 2017, Anglais US
  • Publication VF : 26 février 2025, Albin Michel Imaginaire
  • Traduction : Laurent Philibert-Caillat
  • Illustration de couverture : Didier Graffet
  • Nombre de pages : 576 pages
  • Format : relié (27,9 €)

6 réflexions sur “La Cité des miracles (les Cités divines t. 3) – Robert Jackson Bennett

  1. Du divertissement, une fin qui boucle bien la boucle. J’ai déjà hâte d’y être car mine de rien beaucoup de saga se casse la gueule dans la dernière ligne droite. Je suis donc curieuse de voir quelle sera la nouvelle direction de l’auteur dans ce dernier tome.

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