Les Armées de ceux que j’aime – Ken Liu

Publié dans le monde anglosaxon sous la forme d’un audio livre uniquement, le roman court Les Armées de ceux que j’aime de Ken Liu est repris en format papier dans la collection une Heure-Lumière chez le Bélial’, au détour d’un petit twist juridique orchestré par l’auteur lui-même, et sort le 5 décembre. Ken Liu est un auteur maison puisqu’il a désormais au catalogue quatre UHL (L’Homme qui mit fin à l’histoire, Le Regard, Toutes les saveurs, Les Armées de ceux que j’aime), deux recueils (La Ménagerie de papier et Jardins de poussière) et une tripotée de nouvelles parues dans le magazine Bifrost.

Avant d’aborder le roman lui-même, je crois qu’il est important de préciser deux inspirations qui sont importantes pour mieux cerner les fondements du texte que livre Ken Liu. La première est le poème I Sing the Body Electric (Je chante le corps électrique) de Walt Whitman, qui est abondamment cité dans la novella. L’électricité a son importance dans le récit. La seconde inspiration est la ville de Boston à laquelle de nombreuses références sont faites à travers les noms, comme le nom de la ville (BOSS), le village de Bow & Arrow, qui fait référence à un célèbre pub désormais fermé, situé à proximité du campus d’Harvard, Fenway, qui est le nom d’un quartier de Boston, etc.

Les Armées de ceux que j’aime est un roman post-apocalyptique, une science-fiction aux saveurs de fantasy, comme on peut en rencontrer chez Adrian Tchaikovsky, notamment dans Le Dernier des aînés publié dans la collection Une Heure-Lumière en août 2023. Chez Ken Liu, le monde a subi un cataclysme nucléaire global ; les survivants vivent dans des cités mobiles. (Ce qui n’est pas sans rappeler le film Mortal Engine (2018) ou le roman Mécaniques fatales (2003) de Philip Reeve dont il est l’adaptation.) Les livres ont pour la plupart disparu et la culture est devenue orale. Des reliques du passé sont parfois extraites du sol par les habitants des cités, et désignées sous le nom générique d’os. Mais les connaissances manquant, la technologie est associée à une forme de magie, et les anciens livres à des incantations. Seule reste cruciale à la survie l’électricité, dont on ignore comment elle est produite mais qui est fournie par la ville.

Franny Fenway a 14 ans. Elle vit seule depuis la mort de sa « grand-mère », Prudence, dans un abri aménagé dans un arbre, à l’écart du village de Bow & Arrow, lui-même dépendant de la ville-montagne mouvante de BOSS. Pour survivre, elle suit les règles enseignées par Prudence, qu’elles soient techniques ou éthiques. Un jour, un inconnu vient trouver refuge dans son abri et lui demande son aide. Venant d’une autre cité, il est poursuivi pour avoir enfreint une règle intouchable : changer de ville. En échange de son aide, il lui promet de lui révéler l’un des mystères des cités mobiles, à savoir qui sont les Pilotes et où les trouver. Pour arriver à leur destination, les deux personnages vont devoir échapper à leurs poursuivants mais aussi aux créatures biomécaniques qui défendent la cité contre les intrus et les rebelles. Le voyage et sa conclusion seront l’occasion pour Franny de découvrir la sordide réalité de son monde.

Très clairement, le but de Ken Liu en écrivant ce texte, quand bien même il s’est visiblement amusé à le faire, n’est pas de répandre la joie sur le monde. Le monde de Les Armées de ceux que j’aime est sombre et dénué d’optimisme si on le considère comme la vision d’un futur. Toutefois, à travers le personnage de Franny, le texte révèle une infaillible foi en un avenir possible quoi qu’il arrive. Cette foi fait marcher, se relever Franny quand elle chute, jusque dans la scène finale où elle ne s’avouera jamais vaincue, et qui dont tout le sens se trouve dans le titre. Ken Liu exprime à travers ce texte l’un des concepts quintessentiels qui traversent son œuvre : nous sommes définis par notre récit personnel. Les Armées de ceux que j’aime n’est peut-être pas le récit le plus marquant de l’auteur, à mon sens, en première lecture. Mais je le soupçonne de pouvoir laisser des traces qui grandiront avec le temps, car il y a un truc qui gratte le fond du cerveau dans cette dernière scène. C’est Ken Liu et il est toujours sage et bon de lire Ken Liu.

(Une dernière chose : la novella est accompagnée d’un poème, Alter. Je n’y ai rien compris.)


  • Titre : Les Armées de ceux que j’aime
  • Auteur : Ken Liu
  • Traduction : Pierre-Paul Durastanti
  • Publication : 5 décembre 2024, Le Bélial’, coll. Une Heure-Lumière
  • Nombre de pages : 128
  • Support : papier (11,90 €) et numérique (6,99 €)

5 réflexions sur “Les Armées de ceux que j’aime – Ken Liu

  1. Avis personnel mais cet auteur me laisse totalement de marbre voir pire. J’ai lu le recueil de nouvelles, la ménagerie de papier ainsi que sa nouvella, l’homme qui mit fin à l’histoire. Je reconnais son originalité dans l’univers SF mais ce n’est clairement pas pour moi.

    La novella que j’ai cité m’a horripilé au plus haut point et je ne comprends pas qu’elle soit parvenue à faire autant l’unanimité. J’ai trouvé ce texte vraiment mal aisant. C’est un lynchage constant sur un peuple qui s’oppose encore aujourd’hui à celui de l’auteur. Personnellement, je n’ai même pas vu ce livre comme une histoire mais plus comme une espèce d’apologie de la méchanceté d’un peuple sous couvert d’une pseudo SF tantant de rendre le texte vaguement romanesque.

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    1. Je comprends. D’autant plus que vraiment je n’aime pas tout chez Ken Liu et certaines choses m’horripilent aussi. Je le préfère nettement sur le format court. J’aime ses recueils de nouvelles. Je déteste ses livres de fantasy. Je reste circonspect sur ses novellas. Il va bientôt sortir un roman de pure sf. On verra ce que ça donne.

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