Saturation Point – Adrian Tchaikovsky

Plus tôt dans l’année, je vous parlais du roman Alien Clay d’Adrian Tchaikovsky, dont le décor était une planète extrasolaire dotée d’une faune et d’une flore particulièrement hostile à l’humain. Le dernier texte paru de l’auteur britannique, Saturation Point, reprend ce cadre thématique pour le transposer cette fois-ci sur Terre, dans quelques dizaines d’années peut-être.

Le réchauffement climatique a mené à l’apparition d’une zone de forêt dense où le climat local se caractérise par une chaleur élevée (une trentaine de degrés centigrades) et une forte hygrométrie (très haut dans l’échelle, c’est-à-dire proche des 100%). L’indice de chaleur y est défavorable à la vie des animaux à sang chaud, notamment l’humain. Cet indice de chaleur est la combinaison de la température et du taux d’humidité, soit une chaleur « ressentie ». Pour vous donner une idée, lorsque la température extérieure est de 35°C et que le taux d’humidité est de 75% – soit rien de très incroyable a priori – la chaleur ressentie est de… 53°C. Plus que ce que notre corps peut supporter. Le problème des animaux à sang chaud est qu’il leur faut transpirer pour évacuer leur chaleur interne. Sans ce système de refroidissement, la machinerie interne à nos cellules basée sur l’action de protéines cesse de fonctionner. Lorsque température et hygrométrie sont trop élevées, il nous devient impossible de transpirer car l’eau ne s’évapore plus lorsque le point de saturation est atteint. On meurt, rapidement. Kim Stanley Robinson en a illustré très efficacement le principe dans le premier chapitre du formidable Le Ministère du Futur, où des millions d’Indiens meurent lors d’un gros coup de chaleur.

Les conditions dans la Zone de Saturation Point, officiellement dénommée Hygrometric Dehabitation Region, sont telles qu’elle est impropre à la vie des mammifères et totalement abandonnée par l’humanité qui s’est retranchée en dehors de on périmètre. Périmètre qui ne cesse de s’étendre. Une vingtaine d’années avant le début du roman, des expéditions scientifiques s’y sont tenues, des laboratoires y ont été installés. Le seul moyen d’y survivre est de se protéger de l’air ambiant, en portant des combinaisons intégrales refroidies et déshumidifiées. Mais même ainsi, la Zone ne pardonne pas et affecte le fonctionnement du matériel, jusqu’à l’incident, toujours mortel. La Zone a fini par être abandonnée, près asséchement des financements de recherche.

Vingt-ans plus tard, donc, la docteure en biologie Jasmine Marks, survivante de la dernière expédition dans la Zone, est contactée par une entreprise privée de gestion des risques pour y retourner. Un avion s’y est crashé et il est envisagé de secourir les passagers. Toute une équipe se met donc en place, et elle est la « spécialiste » des lieux, la seule à y être déjà aller. Elle servira de guide local.

Vous voyez venir les choses, tout repose sur un mensonge et ce n’est pas vraiment les raisons de l’expédition. Evidemment, Jasmine Marks l’ignore, mais va le découvrir petit à petit, en même temps que le lecteur. C’est son journal que nous lisons, écrit à la première personne (procédé d’immersion que l’auteur aime beaucoup). Elle y fait le récit au jour le jour des drames qui ne manquent pas de se produire, dès qu’ils posent les pieds dans la Zone. Les ressorts de l’intrigue jouent entièrement sur l’ignorance de la narratrice sur les motivations réelles des personnes qui l’entourent, et les twists, parfois un peu gros, parfois un peu parachutés, s’enchainent profitant de cette zone aveugle. Adrian Tchaikovsky excelle à y tisser une ambiance oppressante de la première à la dernière page.

Deux inspirations se révèlent très nettement à la lecture de ce roman qui évoquera tour à tour  Annihilation de Jeff VanderMeer pour le décor et l’ambiance, et Apocalypse Now (ou Au cœur des Ténèbres de Joseph Conrad pour les plus littéraires d’entre vous) en ce qui concerne le déroulement et les enjeux. Je n’en dirai pas plus pour ne rien révéler.

Saturation Point est un court roman typiquement tchaikovskien dans la forme comme dans le fond. Les lecteurs de la novella Sur la route d’Aldebaran ou de son dernier roman Alien Clay, seront en terrain connu. Récit efficace et tendu, on ferme aisément les yeux sur les quelques tirages de cheveux scénaristiques pour profiter pleinement du moment. Il s’agit là d’une lecture fort recommandable pour ceux que l’anglais ne rebute pas. Ou il faudra attendre sa (probable) traduction.

PS : j’ai ouï dire qu’Adrian Tchaikovsky serait présent cette année aux Utopiales de Nantes.


D’autres avis : Quoi de neuf sur ma pile,


  • Titre : Saturation Point
  • Auteur : Adrian Tchaikovsky
  • Publication : 30 juillet 2024, Solaris
  • Langue : anglais
  • Nombre de pages : 176
  • Support : papier et numérique

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