Kid Wolf et Kraken Boy – Sam J. Miller

52e opus dans la collection Une Heure-Lumière chez Le Bélial’- qui rappelons-le est la collection des romans courts de l’éditeur à la pointe de la SF – Kid Wolf et Kraken Boy de Sam J. Miller est sorti le 23 mai en même temps que La Marche funèbre des marionnettes d’Adam-Troy Castro. Nous avions en France fait la connaissance de Sam J. Miller avec la publication du roman La Cité de l’orque chez Albin Michel Imaginaire et de deux nouvelles Les Choses à Barbe (Bifrost n°94) et 57 raisons qui expliquent les suicides de la carrière d’ardoise (Bifrost n°103). J’avais aussi lu en VO son roman The Blade Between (non traduit), qui ne m’avait pas franchement enthousiasmé. L’auteur américain s’exprime plus volontiers dans le registre dans l’urban-fantasy que dans celui de la SF pure et dure. C’est ici à nouveau le cas avec Kid Wolf et Kraken Boy, que d’autres esprits facétieux ont avant moi qualifié de « romantasy », histoire de chatouiller un éditeur qui jure aux pieds des Grands Anciens qu’il n’en est rien. Mais si, quand même. On ne lui en veut pas, tant qu’il livre des textes de qualité.

New York, 1929. Être jeune immigré de seconde génération, juif, et homosexuel ne sont pas de qualités très appréciées par une Amérique qui regarde de travers tous ceux qui n’ont pas débarqué du Mayflower. La pègre, en plein essor en ces temps de prohibition, offre souvent – que ce soit volontaire ou forcé – un moyen d’existence à ceux qui n’ont pas le bon pédigré. Teitelstam est un tatoueur amateur, tenant boutique pour les marins en goguette. Il n’appartient pas à une des grandes lignées de tatoueurs, et sait que la magie que confère son encre à ses porteurs ne s’élèvera jamais au-delà du simple porte bonheur. Pourtant il sera recruté par Hinky Friedman, femme arrivée à la tête de la mafia locale par des moyens moins qu’honnêtes. Solomon Wolffe a quitté les bancs de l’école pour les sacs de sable et les gants de boxe. Il n’a peut-être pas assez de talent pour faire la une des journaux mais trop pour ne pas être repéré et aussitôt mis au placard par le caïd local qui décide de la météo sur les rings. Lui aussi sera repéré par Hinky Friedman. Cette dernière les associe et leur rencontre bouleversera leurs existences, et plus encore

Boxe, pègre, magie et histoire d’amour. Je n’aurais pas pris les paris devant cette affiche, mais Sam J. Miller livre un roman réussi en plongeant son lecteur dans un univers documenté et construit, celui de la boxe et de la mafia, des communautés juives new-yorkaises dans la première moitié du XX siècle, en liant le tout avec les luttes sociales de l’entre deux guerres. Il y décrit une histoire alternative, mêlant éléments fictionnels et références historiques. Tout cela est supporté par des personnages aussi touchants que convaincants. Ce roman de 192 pages se lit d’un trait tant il est passionnant.

Je suis plus réservé sur d’autres points. Le recours à la magie pour sauver les peuples des injustices et remettre le monde en ordre me semble toujours être un constat d’impuissance ramené au monde réel. On peut y voir la puissance des symboles, ce qu’exploite autrement très bien Laurent Queyssi dans son roman Trystero, mais il y a là un grand saut à faire pour accepter les tatouages de Sam J. Miller, quand bien même il cherche simplement à nous dire que l’amour peut nous sauver. Le deus ex atramentum est un peu gros. Mais bon, c’est de la fantasy. Je suis aussi dubitatif sur la fin, précipitée sur les deux derniers chapitres, comme une pièce maladroitement rapportée et collée là de guingois, tant sur la forme que sur le fond. Elle m’apparait feignante par rapport au reste du texte. Sam J. Miller aurait pu conclure son roman quelques pages avant et ne pas se lancer dans des spéculations hasardeuses, rien n’aurait manqué. En particulier, je ne suis pas convaincu par la métempsychose bolchévik qu’il suggère et qui, d’un côté abolit la propriété privée au nom du bonheur pour tous, mais de l’autre s’approprie les corps. N’est-ce pas une définition du zéro et de l’infini ?


D’autres avis : Au Pays des Cave trolls,


  • Titre : Kid Wolf et Kraken Boy
  • Auteur : Sam J. Miller
  • Traduction : Michel Pagel
  • Nombre de pages : 192
  • Support : papier (12,90€) et numérique (7,99€)

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