Beyond the Aquila Rift – Alastair Reynolds

aquila

J’ai eu plusieurs fois l’occasion de vous parler du recueil de nouvelles Beyond the Aquila Rift, un énorme pavé de 780 pages publié chez Gollancz en 2017 et qui regroupe vingt nouvelles et novella de l’auteur gallois et ancien astrophysicien de l’ESA Alastair Reynolds. On y trouve en effet trois textes chroniqués récemment :  Zima Blue, Diamond Dogs, et Trauma Pod. Je pourrais vous parler longtemps encore de ce recueil qui est l’un des meilleurs que j’ai lus ces dernières années. Bien que dans un genre différent, je le place au niveau des recueils de Greg Egan, Ken Liu ou Ted Chiang. Tous les textes qui le composent ne sont pas du même niveau mais aucun n’est mauvais, ni même moyen. Et, parmi les perles, il y a la nouvelle qui donne son titre au recueil : Beyond the Aquila Rift. Comme Zima Blue, ce texte a été adapté à l’écran pour la série Netflix Love, Death, and Robots (2019) de David Fincher et Tim Miller. Contrairement à Zima Blue, toutefois, dont l’adaptation est très fidèle au texte d’origine, les auteurs de l’épisode « Derrière la faille »  de la série  ont un peu extrapolé autour de la nouvelle d’Alastair Reynolds. Le décor est le même, les personnages principaux sont là, mais la nouvelle est plus subtile dans son déroulé et dans son final. Si vous avez vu la série, vous connaissez le twist principal. Cela n’enlève pourtant rien au plaisir de la lecture, car il est amené différemment et la fin est plus ambiguë.

Le futur est lointain et l’humanité s’est répandue dans la Galaxie. Enfin, pas vraiment. L’humanité a découvert des portails, des trous de vers laissés là par une civilisation alien disparue (un grand classique du new space-opera). Grace à ces portails, il est possible de se déplacer plus rapidement que la vitesse de la lumière mais pas n’importe où. De fait, personne n’a jamais été au-delà du Rift de l’Aquila situé à la limite de notre bulle locale qui s’étend à une centaine d’années-lumière autour du Soleil. Un tout petit coin de la Voie Lactée, donc, mais largement suffisant pour que l’humanité ait trouvé à s’occuper.  Le système des portails est fiable, même s’il arrive qu’il y ait un glitch. Dans le pire des cas, on se trouve détourné de sa destination et on perd une vingtaine de jours sur son trajet. C’est un manque d’argent à gagner pour les pilotes de cargo, mais rien de bien désastreux. Sauf en cas de glitch majeur. Et un glitch majeur est exactement ce que va subir le vaisseau cargo le Blue Goose.

Le Blue Goose emporte un équipage de trois personnes : le capitaine Thomas « Thom » Gundlupet, Suzy la navigatrice et Ray.  Personne ne comprend vraiment la technologie derrière les portails alien. Personne n’a vraiment besoin de la comprendre. Si les traversées sont sûres, elles ne sont pas pour autant très agréables et, pour les équipages, elles se font en sommeil artificiel. Lorsque Thom se réveille, il a immédiatement la sensation que quelque chose ne va pas. Le vaisseau est silencieux, amarré avec d’autres  dans une station qu’il ne connait pas. Une équipe de maintenance monte à bord et lui annonce qu’une erreur de routage a eu lieu. Rien de bien grave, il se trouve dans la station Saumlaki, en bordure de bulle, à une dizaine de jours de sa destination. Après quelques jours de réparations nécessaires sur le Blue Goose, il pourra repartir. Par le plus grand des hasards, une ancienne relation, Greta, travaille dans la station et va pouvoir l’accompagner avant son départ. Thom et Greta vont tenter de réveiller Suzy. Celle-ci réagit très mal à l’annonce et refuse de croire ce qu’on lui dit. Ils doivent la rendormir et retenter de la réveiller le lendemain. Mais à chaque fois, les choses empirent et la réaction de Suzy se fait plus violente. Greta va révéler à Thom que la situation est un peu plus compliquée que ce qu’elle lui avait dit initialement.

Beyond the Aquila Rift est une nouvelle qui se fait de plus en plus angoissante à mesure que les révélations sont distillées, jusqu’au final qui fait appel à un sense of terror, par analogie au sense of wonder classique des récits de science-fiction, de l’ordre de l’horreur cosmique. Tout le monde sait que l’espace c’est vide, froid et grand. Une fois cet état de fait accepté, quel peut être le pire qui puisse vous arriver suite à une erreur de navigation ? Exactement ce qui arrive à Thom. C’est une nouvelle dont l’écriture est particulièrement efficace et tendue. Avec une conclusion vertigineuse et un retournement final qui accroit l’horreur. J’ai tout simplement adoré ce récit.

Un jour, peut-être, un traducteur et un éditeur s’entendront pour publier ce recueil en France. Ce serait juste et bon.



Catégories :#projetMaki, Nouvelles

6 réponses

  1. Ça a l’air intéressant – j’ai vu l’adaptation Netflix – mais je n’arrive pas à trouver le livre, sauf en Kindle. C’est le seul format disponible ?

    Aimé par 1 personne

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