Les Ferrailleurs du cosmos – Eric Brown

ferrailleurs

Les Ferrailleurs du cosmos, quatrième volume de la collection Pulps (dirigée par Pierre-Paul Durastanti) des éditions Le Bélial’, est un fix-up d’Eric Brown, initialement publié en 2013 sous le titre Salvage. Il a été traduit par Erwann Perchoc et Alise Ponsero pour une publication en français en mars 2018. Un fix-up, si le terme vous est étranger, est un assemblage de nouvelles, ici douze, qui constituent les chapitres d’un roman. Trois de ces douze nouvelles ont été publiées dans la revue Bifrost (numéros 63, 65 et 85), dont la formidable Exorciser les fantômes (Laying the Ghosts) dont je vous parlais récemment.

L’auteur le dit dans la postface de l’ouvrage, il a pris beaucoup de plaisir à écrire ces nouvelles, au ton plus léger que ses productions habituelles. Le roman s’ouvre sur une virée dans les hautes terres de Campbell, jusqu’au Havre de Tanner. Aucun doute, ce sera bien du pulp ! Et Eric Brown délivre un aventurier intergalactique sans peur ni reproche, une belle en détresse, des races extraterrestres ressemblant à des limaces, à des poulpes ou à des crevettes, des courses de vaisseaux spatiaux dans des champs d’astéroïdes et des shows lasers pew-pew. La recette est reprise avec l’intégralité de ses ingrédients.

« Ça sent le rance » me diras-tu, lecteur à l’esprit critique formé au déboulonnage iconoclaste des grands anciens. Et tu auras tort. Car Eric Brown est malin, et il retourne la pièce montée pour saupoudrer son hommage d’une impertinence aux accents taquins et résolument modernes. Et nous, on se marre tout du long. Prenons pas exemple la belle en détresse. Ella Rodriguez. Eric Brown nous dit qu’Ella ressemble « Au fantasme pervers de ce à quoi une jeune femme devrait ressembler. Non seulement c’est dégueu, mais c’est sexiste ». Elle se promène en mini-short moulant, bande de tissus cachant à peine sa jeune poitrine à la manière de Leeloo dans Le Cinquième élément.  Et le cliché pulp prend toute sa saveur lorsque la vue d’Ella ramène le capitaine Edward « Ed » Hennessy au stade adolescent au cortex rongé par les hormones, au grand désespoir de son ingénieure Karrie. Ella n’est même pas une jeune femme. Elle est un prototype de construct IA, désignation HOxia-66, propriété de l’Organisation commerciale Hayakawa. Une IA avancée aux capacités intellectuelles dépassant largement l’IA du Loin de chez soi, le vaisseau d’Ed et Karrie, et aux talents offensifs ridiculisant les tendances paternalistes et protectrices d’Ed.

Ed rencontre Ella dans un bar, alors qu’elle cherche à échapper à l’Organisation Hayakawa et ses drones araignées. Sous le charme, il l’embauche comme copilote du Loin de chez soi et le trio Ed-Karrie-Ella part à l’aventure aux quatre coins de la galaxie, recherchant des épaves de vaisseaux à dépouiller et revendre. Tout cela n’est que prétexte à interroger, et c’est aussi en cela que le roman d’Eric Brown est moderne, la notion d’humanité, de conscience, et de droit de l’individu, ainsi que d’aliénation à travers un regard critique sur la religion. Contrairement à Karrie qui ne voit en Ella qu’une machine, Ed, certes aidé en cela par les sentiments qu’il éprouve pour elle, la voit comme une personne. Ella, elle, est en quête d’identité. Le chapitre Exorciser les fantômes, qui constitue indéniablement le sommet du fix-up, est un tournant. Ed saura dépasser la toxicité de ses hormones pour livrer au final un véritable acte d’amour. Eric Brown l’avoue, il reste un grand romantique.

Les Ferrailleurs du Cosmos est un vrai plaisir de lecture pour tout fan de science-fiction, à la fois nostalgique et critique de l’âge d’or et du pulp. C’est un fix-up d’aventure qui réfléchit sans trop se prendre la tête, et avant tout s’amuse autant qu’il amuse son lecteur. Faites-vous plaisir.


D’autres avis : Yozone, Lorhkan, Les chroniques du chroniqueur, Yossarian, Anudar, Au pays des Cave Trolls,


Titre : Les Ferrailleurs du cosmos
Auteur : Eric Brown
Publication : 22 mars 2018, coll. Pulps, Le Bélial’
Traduction : Erwann Perchoc et Alise Ponsero
Nombre de pages : 280
Format : papier et ebook



Catégories :Romans

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6 réponses

  1. Ha super d’avoir une critique favorable de cet ouvrage. Il était dans ma wish-list, mais grâce à l’opération « Bol d’air » le voilà déjà dans ma PAL. Une lecture prochaine assurément 🙂

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  2. Je l’ai pris, c’est bon de savoir que c’est chouette à lire. Et ça me donnera l’occasion de découvrir cette collection Pulps qui me fait de l’oeil depuis un moment.

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