
Après Conte des cinq sens paru en 2024 chez Flatland, Emmanuel Brière Le Moan poursuit avec Au creux des étoiles, publié cette fois-ci chez Mnemos, son exploration des formes narratives et des grands motifs de la science-fiction. Reprenant à nouveau le format du fix-up — une collection de récits courts au sein d’une histoire commune, qui permettait à l’auteur des sauts à la fois narratifs, temporels, et stylistiques — il propose un roman foisonnant de concepts, au risque parfois d’un manque de cohésion.
Au creux des étoiles raconte le voyage, l’odyssée — terme que j’utilisais dernièrement pour qualifier la novella Aspects de Ian McDonald, parue dans la collection Une Heure-Lumière chez le Bélial’, et que je reprends ici car ces deux textes ont des ambitions communes — d’un personnage à travers l’espace et le temps. Julius Harrison est un gamer plutôt doué. Avec quatorze autres qui présentent des qualifications similaires, il est recruté par un mystérieux service gouvernemental pour participer à une expérience scientifique. Plongées dans diverses simulations informatiques, les recrues devront apprendre à improviser face à des situations inattendues et complexes. À la lecture de cette longue introduction d’une soixantaine de pages, on ne peut s’empêcher de penser au roman La Stratégie d’Ender (1985) d’Orson Scott Card, et ainsi d’attendre une révélation qui arrive, et lance l’odyssée spatiale qui constitue le véritable récit. Je vous déconseille de lire le texte en quatrième de couverture si vous voulez garder une peu de surprise sur ce qui arrive à Julius et ses compagnons, car il résume tout le roman ou presque. Disons simplement que Julius changera plusieurs fois de forme pour explorer la galaxie et tenter à la fois de trouver le lien entre les différentes espèces intelligentes qui la peuple et sa propre identité au-delà des corps physiques.
Hasard des calendriers de publication, Au creux des étoiles partage avec Aspects à la fois la thématique des transformations physiques de l’individu lancée dans une quête personnelle et celle de la définition d’une identité à travers le temps long et les épreuves. Les deux textes servent aussi à une exploration de l’univers qui nous entoure, sa cosmologie, ses origines, ses mystères. Voilà pour les ambitions communes.
En ce qui concerne la forme, on peut faire les mêmes reproches aux deux textes : une narration brisée procédant par ellipses parfois brutales et déstabilisantes. Cet effet est renforcé par l’incursion des souvenirs des simulations vécues qui hantent Julius — courts chapitres dans lesquels Emmanuel Brière Le Moan explore différents styles et genres littéraires, comme il l’avait déjà fait dans Conte des cinq sens. Les nombreuses influences venues de l’histoire de la science-fiction sont ouvertement revendiquées par l’auteur. De fait, on a le sentiment qu’il a voulu écrire plusieurs romans en un et les enjeux parfois se perdent dans le foisonnement des idées. Plus de cohésion interne pour accompagner le lecteur dans cette vaste aventure aurait sans doute aidé le lecteur à naviguer sur ces mers agitées.
Emmanuel Brière Le Moan signe, avec Au creux des étoiles, un deuxième roman à l’ambition cosmique, rendant hommage à ses influences. Il propose à ses lecteurs un voyage référencé à travers l’espace et le temps dans une quête sur l’origine. On pourra toutefois regretter le choix d’une ligne narrative brisée qui aurait mérité plus de clarté pour mener le lecteur à travers les concepts scientifiques et philosophiques que le roman explore.
Ailleurs sur les blogs : Le Nocher des livres,
- Titre : Au creux des étoiles
- Auteur : Emmanuel Birère Le Moan
- Publication : 18 mars 2026, Mnémos
- Nombre de pages : 236
- Format : broché (19 €) et numérique (9,99 €)
Je l’avais en ligne de mire mais ta chronique comme celle du Nocher me font penser que ca ne serait pas pour moi !!!
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