
Si Alastair Reynolds est principalement connu comme auteur de hard science-fiction et de space opera, ses fidèles lecteurs les plus fidèles savent qu’il nourrit également un goût marqué pour le roman policier, dans sa veine hard-boiled. Il a plus d’une fois mobiliser les codes du genre pour construire des récits d’enquête à suspense mettant en scène détectives ou espions, le tout transposé dans des univers de science-fiction. On peut citer à cet égard La Cité du gouffre (Chasm City, 2001) ou encore La Pluie du siècle (Century Rain, 2004). C’est sans doute de ce dernier qu’Halcyon Years, le nouveau roman de l’auteur gallois, se rapproche le plus, du moins par ce jeu littéraire qui consiste à entremêler les figures du roman noir, de l’uchronie et du space opera.
Halcyon Years est, avant tout autre chose, un roman policier qui embarque le lecteur aux côtés d’un détective debas étage et sans ambition, dans les méandres d’une enquête sur un double meurtre. Jusqu’alors cantonné à des affaires de disparitions d’animaux de compagnie et d’adultères, celui-ci se retrouve d’emblée confronter à une situation qui excède manifestement ses compétences habituelles. Très vite, l’enquête prend une tournure inquiétante, à mesure que se dévoilent les protagonistes et leurs secrets. D’autant plus que, dès les premières pages, le lecteur se trouve lui confronté à des éléments pour le moins inhabituels, voire déconcertants.
Tout d’abord, le détective n’est autre que Youri Alekseïevitch Gagarine, le célèbre cosmonaute soviétique qui fut le premier homme à être allé dans l’espace en 1961, et qui mourut dans le crash de son MIG-15 en 1968. On apprend que ses restes ont été prélevés, conservés dans la glace puis reconstitués des siècles plus tard… à bord d’un vaisseau spatial, l’Halcyon. Ce dernier est une gigantesque arche générationnelle de plus de cinquante kilomètres de long, abritant huit millions de passagers, et qui, après un voyage de 350 ans, entame enfin la dernière phase de son périple. Pourtant, cet environnement artificiel recèle de nombreuses étrangetés : les téléphones y sont filaires et à cadran, les appareils photos argentiques, et les ordinateurs ne semblent pas avoir été inventés. Le monde de l’arche ressemble davantage à celui que Gagarine a quitté sur Terre qu’à l’avenir technologique auquel on pourrait s’attendre : à une uchronie plus qu’à une prospective.
Bien entendu, cette anomalie a une explication, et celle-ci constitue l’enjeu du roman, progressivement dévoilé au fil de l’enquête menée par Gagarine et les compagnons qu’il se fera en chemin. C’est également à ce moment que le roman assume sa dimension purement science-fictive et bascule dans un véritable récit de space opera. Alastair Reynolds joue à merveille des tropes et réimagine le voyage à travers l’espace sur le long temps, avec tout ce qui peut mal se passer à bord d’une arche générationnelle.
En choisissant d’écrire Halcyon Years sous la forme d’un roman policier, Alastair Reynolds adopte une stratégie narrative à double tranchant. D’un côté, l’enquête constitue un puissant moteur dramatique : elle fournit un fil directeur clair, une unité de lieu et de temps, impose un rythme soutenu et permet une exploration progressive de l’univers, selon une logique de dévoilement particulièrement efficace. Le lecteur avance ainsi dans l’arche générationnelle au même rythme que Gagarine, découvrant ses strates sociales, ses zones d’ombre et ses dysfonctionnements à mesure que l’enquête s’enfonce dans des cercles toujours plus larges de causalité et de responsabilité. Le roman constitue un jeu entre l’auteur et le lecteur qui se prend à tenter de deviner avant les personnages où l’auteur les emmène. Mais Alastair Reynolds est d’une imagination sans limite, et les twists sont nombreux.
De l’autre, cette focalisation tend à restreindre l’ambition purement science-fictive du roman, et son potentiel spéculatif. Ainsi de nombreuses questions pourtant fondamentales – notamment sur la sociologie de l’arche, thématique habituellement centrale dans ce type de récits – sont laissées en arrière-plan. Les révélations prennent par ailleurs parfois la forme d’explications livrées de manière un peu rapide, au détour d’un dialogue où un personnage se fait trop dissert. Mais cette économie de moyens sert à la concision du roman.
Avec Halcyon Years, Alastair Reynolds livre un page turner ludique et efficace, mêlant une certaine légèreté, un humour qui sied au genre, et des considérations scientifiques on ne peut plus sérieuses sur les voyages interstellaires. Autrement dit, un roman très abordable et fort plaisant à lire.
Réjouis-toi lecteur, la traduction du roman est annoncé chez Le Bélial’ pour… l’automne 2026 !
- Titre : Halcyon Years
- Auteur : Alastair Reynolds
- Langue : Anglais
- Publication : 30 octobre 2025, Gollancz
- Nombre de pages : 336
- Format : relié et numérique
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Alastair Reynolds semble avoir une capacité à se renouveler dans ses écrits assez importante tout en restant dans de la qualité.
Il n’y a plus qu’à attendre sa traduction prochaine
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Bientôt au Bélial !?
Mais c’est la fête ! Et peu importe que ça n’arrive qu’en… 2027 ? Il y aura de quoi patienter avec ce qui sort au printemps.
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Prévu à l’automne 2026 aux dernières nouvelles !
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La fenêtre se referme doucement. 🤩
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Plus que tentant, ce genre de roman (et de chronique !!) 😉 Mais en anglais, impossible de le lire, pour moi.
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Je l’ai lu en anglais et j’ai beaucoup aimé. Il est plus léger dans la ton. Certaines idées auraient méritées d’être plus développées. Mais c’est un bon page turner.
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