Voile vers Byzance – Robert Silverberg

En février 1985, la revue Asimov’s science fiction publiait Sailing to Byzantium, une novella de Robert Silverberg, que l’auteur considère lui-même comme l’un de ses textes favoris. Elle remportera le prix Nebula en 1986. Le texte a été traduit par Pierre-Paul Durastanti sous le titre Voile vers Byzance et publié en 1987 dans l’anthologie Univers 87 chez J’ai Lu. Il a ensuite été repris en 2003 dans le troisième volume du grand recueil des nouvelles de l’auteur, Nouvelles au fil du temps, chez Flammarion. Aux Etats-Unis, Sailing to Byzantium a été édité en roman dès 1985. En revanche, Voile vers Byzance n’avait pas encore bénéficié du même traitement, jusqu’à aujourd’hui. Ou plutôt jusqu’à après-demain.

Les éditions Le Bélial’ l’intègre le 21 août dans la collection Une Heure-Lumière, offrant ainsi à ce texte un écrin qu’il mérite.

Le titre original renvoie au poème éponyme de William Butler Yeats (1926), dont le premier vers est devenu célèbre « That is no country for old men »[1].

Le poète irlandais y décrit le voyage métaphorique d’un homme vers l’immortalité. Et comme vous le savez, toute métaphore suffisamment développée devient un texte de science-fiction. Mesdames et messieurs, Robert Silverberg, sous vos applaudissements.

Nous sommes au cinquantième siècle (après quoi ?), sur une Terre transformée. Ses citoyens sont immortels, et peu nombreux. Combien exactement ? Charles Phillips l’ignore. Tout comme il ignore comment il est arrivé là. Lui n’est pas un citoyen du cinquantième siècle, il vient de New York city, 1984. Une citoyenne, Gioia, l’a pris pour compagnon et ensemble ils parcourent le monde. Celui-ci se limite à cinq villes, des cités « antiques » recrées pour le seul plaisir des citoyens, sorties de terre par des armées de robots, puis détruites pour êtes remplacées par d’autres dès que l’intérêt des citoyens de ce monde s’étiole. Au début du récit, on compte Xi’an, Alexandrie, New Chicago, Tombouctou et Asgard – cette dernière devant bientôt être remplacée par Mohenjo-Daro. Les villes sont habitées – animées – par des temporaires, simulacres d’humains, dénués de conscience, crées uniquement pour servir les citoyens, faire fonctionner les villes et entretenir l’illusion d’une vie ordinaire pour tromper l’ennui d’une existence éternelle et oisive.

Un jour, alors qu’ils visitent Xi’an, Charles voit se dessiner le début d’une ride au coin de l’œil de Gioia.  Il sait ce que cela signifie. Elle s’enfuit.

Dans Sailing to Byzantium, W.B. Yeats écrit

Once out of nature I shall never take, My bodily form from any natural thing

(Une fois hors de la nature, je n’emprunterai plus, Ma forme corporelle à nulle chose naturelle – Traduction de J.-Y. Masson pour La Pléiade)

C’est autour de ces vers que Robert Silverberg bâtit son récit, offrant à la quête du poète une résolution que seule la science-fiction pouvait imaginer.

Entre explorations de cités antiques en cités mythiques et quête d’immortalité, Robert Silverberg signe avec Voile vers Byzance un texte où le vertige côtoie la mélancolie, tout à l’image de l’âme humaine. Une superbe reprise dans la collection Une Heure-Lumière.

[1] Cormac McCarthy en a fait le titre de son roman  No Country for Old Men (Non, ce pays n’est pas pour le vieil homme, 2007), adapté au cinéma en 2007 par les frères Coen.


D’autres avis : Gromovar, Le Maki, Le Nocher des livres,


  • Titre : Voile vers Byzance
  • Auteur : Robert Silverberg
  • Traduction : Pierre-Paul Durastanti
  • Publication : 21 août 2025, Le Bélial’, coll. Une Heure-Lumière
  • Illustration : Aurélien Police
  • Nombre de pages : 128
  • Format : broché (11,90 €) et numérique (6,99 €)


5 réflexions sur “Voile vers Byzance – Robert Silverberg

  1. Pendant que fais voile vers Stari Grad, je suis allé lire le poème de Yeats, qui a tisonné ma cinquantaine défraîchie :

    « An aged man is but a paltry thing,

    A tattered coat upon a stick, unless

    Soul clap its hands and sing, and louder sing

    For every tatter in its mortal dress »

    Stimulant!

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