La Science fait son cinéma : final cut – Roland Lehoucq et Jean-Sébastien Steyer

Nous vivons une époque qui a décidé d’être sotte, de manière globale et collective. Outre Atlantique, l’agent orange et ses mignons tout droit sortis d’une galerie rejetée de créatures de série B ferment institutions et laboratoires, virent à tout va, et désignent l’Université comme l’Ennemi à abattre, sous les applaudissements. En France, le désintérêt affirmé de nos politiques pour une science qui n’est pas au service immédiat des actionnaires nous envoie sur le même chemin. Pourtant, il existe des îlots de résistance, où quelques passionnés instruits refusent d’abandonner l’idée que la connaissance s’inscrit dans l’avenir de l’homme autant que dans son présent et usent de subterfuges pour transmettre le plaisir du savoir de façon originale et ludique. La collection Parallaxe publiée chez Le Bélial’ est l’un de ces îlots. Fille ainée de la rubrique Scientifiction de la revue Bifrost et façonnée autour de l’idée que la science-fiction dans son dialogue continu avec les sciences permet de poser un regard conscient sur notre réalité, la collection dirigée par l’astrophysicien Roland Lehoucq accueille des spécialistes de domaines divers pour questionner la représentation du monde à travers la littérature et le cinéma de science-fiction et vulgariser une connaissance sans cesse remise à jour. Onze volumes ont été publiés en 2018, touchant des sujets allant de la physique pure et dure à la linguistique et à la sociologie. Le premier ouvrage de la série fut La Science fait son cinéma signé par Roland Lehoucq et Jean-Sébastien Steyer, paléontologue au CNRS. Le dernier en date, Le Laboratoire de l’imaginaire : la chimie dans la science-fiction du professeur de chimie Fabrice Chemla s’est vu attribuer le prix Martin Lessard du Festival Sirennes en mars 2025.

Le temps a coulé depuis 2018, et les dossiers Scientifiction n’ont cessé de s’enrichir au rythme de 4 par an imposé par la périodicité de la revue Bifrost. Il était donc temps d’opérer une mise à jour et l’éditeur propose depuis le 20 mars 2025 un douzième volume sous la forme d’un Final Cut de La Science fait son cinéma. Il ne s’agit pas de quelques retouches cosmétiques apportées à l’occasion d’une réédition d’un volume bientôt épuisé dans sa première mouture, mais d’une nouvelle version largement augmentée puisque le l’ouvrage passe de 256 pages à 352. Ce sont donc des chapitres entiers, tirés des dossiers Scientifiction et remaniés, qui ont été ajoutés.

On trouve ainsi, dans la partie Défier la physique, un nouveau chapitre « Tenet : à rebrousse temps », qui tente une définition du temps en physique à travers le film Tenet de Christopher Nolan, sorti en 2020. Dans la partie Nouveaux horizons, deux chapitres apparaissent. Le premier « Du soleil plein les yeux » prend prétexte du film Sunshine de Danny Boyle (2007) pour nous parler du fonctionnement des étoiles, et de l’extinction du soleil. On y apprend que « Un Q-ball désigne un type de soliton non topologique ». Après avoir relu plusieurs fois cette affirmation, on finit même par la comprendre quelques lignes plus loin. Le second chapitre ajouté, « Les astres creux » reprend le pitch du terrible navet Moonfall de Roland Emmerich (2022), pour nous en apprendre sur la formation de la Lune et l’hypothèse ludique, mais réfutée des astres creux. La troisième partie, Curieux extraterrestres, s’agrémente désormais d’un chapitre « Prometheus : le massacre d’Alien ? », qui comme son nom l’indique s’en donne à cœur joie, mais toujours de manière très argumentée, sur les incohérences de cette préquelle mal ficelée (2012) pourtant due au père de la saga Ridley Scott. Enfin la quatrième partie, Attention danger !, reçoit deux nouveaux chapitres sobrement nommés « Catastrophes et apocalypses », qui revient sur les prédictions de fin du monde du calendrier aztèque et le film 2012 de Roland Emmerich (encore lui) ; et « Collision avec la Terre » qui s’intéresse aux météorites tueurs de planètes, à travers des œuvres comme Don’t look up : déni cosmique (2021) d’Adam McKay et Armageddon (1998) de Michael Bay.

Pour conclure cette courte recension, je ne peux que citer les dernières lignes de cet ouvrage : « La science-fiction montre ainsi que le futur, notamment dans sa dimension écologique et environnementale, est forcément un futur commun, un futur dans lequel l’habitabilité de la planète relève d’une responsabilité collective et transgénérationnelle. On ne peut que souhaiter que les politiques lisent davantage de SF… » J’ajouterai qu’il est aussi une responsabilité collective de maintenir ouvertes et accessibles les connaissances scientifiques. Il en va de l’avenir de l’humanité. Vous pouvez commencer par lire La science fait son cinéma : final cut, et tous les ouvrages de la collection Parallaxe. C’est un devoir.


D’autres avis : Au pays des Cave Trolls,


  • Titre : La science fait son cinéma : final cut
  • Auteurs : Roland Lehoucq et Jean-Sébastien Steyer
  • Publication : 20 mars 2025, Le Bélial’, coll. Parallaxe.
  • Nombre de pages : 352
  • Support : papier (20,90 €) et numérique (10,99 €)

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