
Première sortie de l’année chez Le Bélial’, et 56e novella inscrite dans la collection Une Heure-Lumière, As-tu mérité tes yeux ? d’Eric LaRocca ouvre le bal avec un texte décrit comme un récit d’horreur psychologique. Il s’agit de la première traduction en français de l’auteur bostonien, et on la doit à Mélanie Fazi.
Tout débute comme une banale histoire d’annonce postée sur internet qui va mettre deux personnes étrangères pas en relation. Agnes Petrella, 24 ans, reniée par sa mère depuis qu’elle a révélé son homosexualité, se trouve en difficulté et n’arrive plus à payer son loyer. Elle se résout à se séparer d’une antiquité familiale, un épluche-pomme du XIX siècle ayant appartenu à sa grand-mère italienne, qu’elle met en vente via une annonce postée sur un forum queer. L’annonce est longue de plusieurs pages, elle y raconte l’origine de l’objet et son attachement sentimental. Zoe Cross y répond et se déclare intéressée par la transaction. Les deux jeunes femmes commencent à discuter via une messagerie, et apprenant les difficultés financières d’Agnes, Zoe lui propose de l’aider puisqu’elle n’a aucun souci d’argent. S’engage alors une relation épistolaire, qui le restera, mais qui va rapidement prendre une tournure sombre. Zoe va profiter de la solitude affective d’Agnes et de sa fragilité psychologique pour exercer sur elle, simplement par jeu, une emprise grandissante jusqu’à la pousser à accomplir des choses stupides, humiliantes, et dont le lecteur aura pris connaissance des conséquences dramatiques dès l’avant-propos.
As-tu mérité tes yeux ? a ceci d’original qu’il adopte la forme d’une retranscription fidèle et complète, à quelques suppressions près pour raisons juridiques, des échanges entre Agnes et Zoe. Une forme épistolaire donc, qui permet d’exposer les mécanismes de l’emprise et plonge le lecteur au cœur du drame sans lui imposer le regard, forcément biaisé, d’un narrateur. C’est efficace. Mais malgré cela, le texte n’a pas fonctionné comme il aurait dû sur moi. Tout d’abord parce qu’il est court et ne se donne pas véritablement le temps d’installer une tension psychologique aussi angoissante qu’elle aurait pu être pour un meilleur effet. Par ailleurs, je trouve Eric LaRocca bien trop timide dans ses propositions. Il ne s’aventure pas bien loin dans le régime de la perversion et du mal, et il m’est arrivé d’être autrement plus horrifié par des histoires d’emprises réelles vécues dans mon entourage ou rapportées régulièrement par la presse, qui sont bien plus scabreuses que le récit fait dans cette novella. Tant et si bien que j’aurais du mal à qualifier As-tu mérité tes yeux ? de roman d’horreur psychologique tant la réalité est souvent bien plus sordide. L’imagination de l’auteur me semble en deçà de celle des prédateurs ou des imbéciles malveillants qui sévissent en ligne. Le sentiment d’horreur, l’angoisse, m’aura fait défaut à la lecture de ce récit. Je dois être trop anesthésié par le quotidien dans ce monde pour qu’une telle histoire imaginaire m’émeuve. C’est en soi un triste constat.
D’autres avis : Gromovar, Le Maki, Au Pays des Cave Trolls,
- Titre : As-tu mérité tes yeux ?
- Auteur : Eric LaRocca
- Traduction : Mélanie Fazi
- Publication : 23 janvier 2023, Le Bélial’, coll. Une Heure-Lumière
- Nombre de pages : 176
- Support : papier (12,90 €) et numérique (6,99 €)
Pourquoi pas ? Je viens de lire un Le Bélial, mais je n’ai pas aimé (Houston, Houston, me recevez-vous ?).
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Houston, c’est un titre vraiment très particulier, qui s’inscrit dans un contexte historique et littéraire, et dans le parcours de son autrice. Hors contexte, c’est vrai qu’il est spécial à apprécier aujourd’hui.
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Oui, j’ai eu du mal avec les personnages masculins (surtout un). Bon, ce n’était pas pour moi, tout comme « le dernier des aînés » de la même collection. On ne peut pas matcher à tout les coups
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La collection regorge de pépites et il y en a pour tous les goûts, de la Hard-Science au Fantastique, de l’Horreur au Space Opera, du Cyberpunk à la Fantasy… Dis nous ce que tu aimes, on te dira sur quelle novella porter ton choix.
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J’en ai déjà lu un grand nombre, cela m’a permis de mettre un pied dans la SF, que je connais mal, puisque ce n’est pas mon genre de prédilection. Il m’en reste quelques-uns à découvrir, je les loue à la biblio. 😉
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Tu es vraiment insensible ou alors je suis trop naif ? Ce titre m’a un peu malmené…
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Non mais je dois être insensible. Comme je le dis dans la chronique, j’ai vu tellement pire dans la réalité.
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Non mais Yogo, le type s’appelle FeydRautha Harkonnen, s’il se met à être sensible il va perdre toute street credibility 😀
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Un raté pour toi donc. Bon, je vais tout de même tenter ma chance xD
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