
11. C’est le nombre de volumes que compte la collection Parallaxe dirigée par le bon professeur Roland Lehoucq, astrophysicien au CEA et président des Utopiales de Nantes, et publiée par une maison d’édition spécialisée dans la science-fiction de haute tenue, j’ai nommé le Bélial’. Parallaxe, ce sont des livres de vulgarisation de la science par l’entremise de la science-fiction, un dialogue entre nos connaissances actuelles et la littérature de genre qui s’y intéresse. Les 10 premiers volumes ont parcouru des domaines aussi divers que la physique, l’astrophysique, la neurologie, la linguistique, ou la sociologie et l’architecture. Le 11ème volume est dédié à la chimie. Il est l’œuvre de Fabrice Chemla, un autre bon professeur, enseignant chercheur à Sorbonne Université. J’ai fait la connaissance – et vous aussi peut-être – de Fabrice Chemla à l’occasion de la lecture de Dune, Exploration scientifique et culturelle d’une planète-univers paru en 2020 dans ladite collection. J’écrivais à l’époque : « Un autre, nouvel arrivant dans le gang, se distingue particulièrement dans cet essai à mon sens. Il s’agit de Fabrice Chemla ». Les trois articles qu’il signait dans cet ouvrage collectif m’avaient en effet beaucoup impressionné par leur originalité et leur profondeur. Plus tard, je découvrais que Fabrice avait son bureau à peu près à 25 m du mien !
Depuis le 17 Octobre 2024, le professeur de chimie met sa réputation en jeu – pas de pression – en livrant un essai dans lequel il entreprend de vulgariser la chimie en s’appuyant, comme il est de rigueur dans la collection Parallaxe, sur des récits de SF. Mais qu’est-ce donc que la chimie au juste ? C’est bien là le problème : la chimie est tout et dans tout. Elle nous entoure, elle est en nous, elle est partout, plus directement accessible à nos sens que, par exemple, la physique. Or, bien souvent, la science-fiction met en avant plus volontiers des concepts de physique, plus facile à isoler, que des concepts de chimie qui font appel à des ensembles plus vastes et plus complexes. À moins que la science-fiction ne parle de chimie sans le savoir ? Inévitablement, et c’est ce que montre Fabrice Chemla dans son ouvrage.
Le Laboratoire de l’imaginaire : la chimie dans la science-fiction est un parangon de vulgarisation limpide et passionnante. Pour autant, il ne sacrifie à rien. L’auteur choisit d’éduquer son lecteur à la chimie avec patience et pédagogie, mais ne passe pas sous silence la complexité du sujet. Les premiers chapitres s’occupent de nous expliquer tout d’abord ce qu’est la chimie moderne, et comment on la parle. Le professeur guide le lecteur sur le chemin qui va lui permettre d’appréhender la deuxième partie du livre avec sérénité, lorsqu’il se confrontera aux écrits de fiction. Il faut parfois s’accrocher, un peu, mais la pente est douce et on apprend des choses. Quand bien même mon bureau n’est pas loin du sien, j’ai appris quantité de choses que j’ignorais totalement sur le monde qui nous entoure au quotidien.
Dans la seconde partie de l’ouvrage, le bon professeur saisit des exemples de textes choisis dans la littérature de science-fiction et explique la science qu’ils décrivent ou évoquent, et ce que le chimiste peut en comprendre. C’est un véritable tour de force qui m’a laissé pantois, par la diversité des thèmes qui y sont abordés : de la métallurgie aux phéromones, en passant par les drogues psychédéliques. Je n’ose imaginer le travail qu’il a fallu fournir pour dénicher toutes les références qui accompagnent la démonstration, allant de Jules Verne à Kim Stanley Robinson, en passant par des textes beaucoup plus obscurs.
Dans un chapitre de bravoure, Fabrice Chemla se met dans la peau d’un chimliste d’aujourd’hui qui, dans son laboratoire, devrait étudier et comprendre la composition et les effets de l’épice produite sur Dune. Passionnant, vous dis-je.
L’ouvrage terminé, on ne peut qu’applaudir l’accomplissement et remercier l’auteur de nous avoir offert ce voyage lumineux au sein des molécules et de leurs interactions. Le Laboratoire de l’imaginaire : la chimie dans la science-fiction est un superbe ouvrage de vulgarisation, au propos limpide et à la forme réjouissante, car en plus on s’y amuse.
À vos molécules, chimliquement vôtre.
- Titre : Le Laboratoire de l’imaginaire : la chimie dans la science-fiction
- Auteur : Fabrice Chemla
- Collection : Parallaxe
- Publication : 17 octobre 2024, le Bélial’
- Nombre de pages : 352
- Format : papier (20,90 €) et numérique (10,99 €)
Je me demandais justement si ça restait accessible quand les cours de chimie commencent à remonter, mais ça a l’air que oui 🙂 Faut que je me penche un peu plus sur cette collection 😀
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Mes cours de chimie remontent à… loin. Et j’ai tout compris !
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Ouf, merci, ça devrait le faire alors 😀
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