Janus – Alastair Reynolds

Alors que vient de sortir La Maison des Soleils qui fait un tabac chez Le Bélial’, penchons-nous sur un titre plus ancien de l’écrivain anglais. En 2005, cinq ans seulement après L’Espace de la révélation, son premier livre, Alastair Reynolds publiait son sixième roman, Pushing Ice. Traduit en français sous le titre Janus en 2011, il possède tous les traits caractéristiques, qualités et défauts, qui marquent l’œuvre de l’auteur dans les débuts de sa carrière littéraire. Il y fait ce qu’il sait alors le mieux faire : reprendre à son compte les tropes du space opera et pous­ser plus loin que ses prédéces­seurs l’aventure humaine à tra­vers l’espace.

L’histoire : nous sommes dans le Systè­me solaire, aux premiers jours de son exploration minière par l’humanité. La petite lune Janus, qui jusqu’alors orbitait paisi­blement autour de Jupiter, surprend tout le monde en déci­dant sans prévenir de prendre la tangente et foncer en di­rection de la constellation de la Vierge. Vaguement aba­sourdie, l’humanité décide de se lancer à sa poursuite pour l’étudier. Le seul astro­nef suffisamment proche pour accomplir la mission est le Rockhopper, un pousseur de glace, autrement dit un engin minier qui habituellement récolte des comètes gelées. Il n’a que quelques semaines pour rattraper Janus, l’étudier de près, puis rentrer à la maison avant qu’il ne soit trop tard. Janus, qui se révèle être un vaisseau extraterrestre en apparence inhabité. La première partie du roman fait le récit d’une aventure scientifi­que qui n’est pas sans rappeler le Rendez-vous avec Rama d’Arthur C. Clarke, avec ses meilleurs atours de hard SF. Mais Alastair Reynolds pousse, et embarque ses person­nages dans un voyage qui changera l’humanité. Le Rockhopper est happé par le champ de la lune et se voit embarqué avec elle vers sa lointaine destination. À bord, les tensions déchirent rapidement l’équipage et différents clans s’affrontent autour de l’opposition entre le capitaine du vaisseau, Bella Lind, et l’ingé­nieure Svetlana Barseghian, qui soupçonne la compagnie propriétaire du Rockhopper de les avoir sacrifiés. Une mutinerie éclate, le vaisseau se pose sur Janus, et une colonie s’y établit dans l’espoir de survivre au long voyage involontaire. Commence alors la chronique d’une petite communauté humaine à la dérive, à la manière de tant de récits d’arches interstellaires qui ont fait l’histoire du genre. Mais Alastair Reynolds pousse en­core, et mène ses personnages à destination. Dans la troisième partie, l’humanité va se confronter à l’altérité d’autres formes de vie intelligentes, mais pas toujours amicales.

Avec Janus, Alastair Reynolds donne à lire une aventure scien­tifique et spatiale de haute vo­lée qui ne peut que ravir les amateurs de space opera mâ­tiné de hard SF. Si le roman se montre très linéaire dans son déroulement et assez pauvre dans le développement psy­chologique de ses protago­nistes, il met le paquet sur le sense of wonder, qualité que l’on attend dans ce type de récits. Surtout, il embarque de tout à son bord. De l’action, de la science, des drames humains et des formes de vie exotiques et originales. On aurait tort de bouder son plaisir.

[Une première version de cette critique a été publiée dans le numéro 110 de la revue Bifrost consacré à Alastair Reynolds, paru en avril 2023.]


  • Auteur : Alastair Reynolds
  • Titre : Janus (Pushing Ice)
  • Parution originale : 2005
  • Paruation française : février 2011, Presses de la cité
  • Traduction : Florence Dolisi
  • Nombre de pages : 592
  • Disponibilité : broché et poche en occasion.

3 réflexions sur “Janus – Alastair Reynolds

  1. J’aime la plume et les univers actuels de Reynolds, tu me fais dire qu’il faut que je me penche aussi sur sa production passée. Et ayant été déguisée par les idées de Rama, je me dis qu’un Janus qui va encore plus loin a tout pour me plaire.
    Merci pour la découverte !

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