The Job at the End of the World – Ray Nayler

Après avoir écrit quelques textes dans d’autres genres, c’est en 2016 que Ray Nayler s’est lancé dans la science-fiction avec un première nouvelle, Mutability, publiée dans Asimov’s Science Fiction. De mon côté, c’est en 2019 que j’ai découvert l’auteur, dans le numéro de janvier de Clarkesworld, avec la nouvelle Fire in the Bone. Dès la lecture de ce premier texte, il m’avait semblé y déceler une étincelle un peu plus brillante que chez d’autres, une touche personnelle qui lui permettait de se distinguer au sein de la multitude des textes publiés chaque année dans les revues spécialisées anglo-saxonnes. Si vous êtes un habitué de ce blog, vous connaissez la suite de l’histoire, j’ai depuis lu tout ce qu’il avait écrit. Quelques-uns de ses textes ont été traduits et publiés dans la revue Bifrost. Fin septembre, les éditions Le Bélial’ publieront Protectorats, un recueil regroupant quatorze nouvelles, ce qui est une première pour l’auteur qui n’a pas encore publié de recueil en VO. Enfin, début 2024, la maison d’édition publiera son premier roman, The Mountain in the sea.

Le succès rencontré par ses écrits auprès des lecteurs fait que l’auteur a désormais une production soutenue et l’on – en tout cas, je – guette chaque mois si un nouveau texte ne sortira pas quelque part. Sonnez hautbois, résonnez musettes ! Ou, en d’autres termes, youpi ! Ray Nayler a publié hier, soit le 30 août 2023, The Job at the End of the World chez Tor.com et le texte est accessible librement et gratuitement en suivant le lien, si vous lisez l’anglais.

Ce qui pour moi distingue les écrits de Ray Nayler est leur humanisme profond et la direction du regard qui est posé. Nayler n’adopte jamais un point de vue surplombant, celui d’un narrateur omniscient qui dit les événements depuis des altitudes inaccessibles à ses personnages, mais place la narration toujours au plus bas, à hauteur d’homme, de ceux qui ont les pieds posés au sol et vivent – subissent – à la première personne les remous des futurs, proches ou lointains, qu’il imagine. Ses personnages sont souvent des individus se trouvant au bas de l’échelle sociale, des travailleurs confrontés aux évolutions à plus grande échelle du monde qui les entoure. Il aborde les transformations de la société du point de vue de ses maillons à une échelle personnelle. Lorsqu’on suit les écrits d’un auteur, on assiste à son évolution au cours du temps et l’on est le témoin de ses changements d’états d’âme, de ses espoirs ou de ses doutes, de manière quasiment impudique. Si les futurs imaginé par Ray Nayler sont parfois sombres, il y laisse briller une lueur d’espoir.  Sauf dans The Job at the End of the World. Il me semble que c’est là le texte le plus mélancolique que j’ai lu de l’auteur.

The Job at the End of the World nous plonge dans un avenir proche, quelques dizaines d’années tout au plus, et nous parle des conséquences du changement climatique (bien que le terme ne soit jamais employé), à savoir les tempêtes, les inondations, les feux, toutes ces catastrophes naturelles qui détruisant les villes les plus explosées. Contrairement à nombre d’auteurs qui se sont déjà exprimés sur le sujet et ont cherché souvent maladroitement (sauf Kim Stanley Robinson, bien sûr !) à dresser un état des lieux présent et à venir, Ray Nayler ne tente pas de réécrire sous forme fictionnelle les rapports du GIEC. Il s’intéresse à un ouvrier du bâtiment qui a passé trente ans de sa vie à intervenir sur les lieux des catastrophes pour reconstruire les villes tombées sur le front climatique. Jusqu’au jour où il est fatigué et décide de prendre sa retraite. Il n’y a quasiment ni histoire ni intrigue dans The Job at the End of the World, seulement le portrait psychologique du personnage et une émotion sur le monde. Et une morale des plus déprimantes qu’il soit sur l’humanité.

 Ray Nayler livre là à un nouveau un texte marquant, humaniste mais très sombre sur ce qui nous attend. Je ne m’en lasse pas.


2 réflexions sur “The Job at the End of the World – Ray Nayler

  1. Effectivement, c’est un nouveau texte splendide de Ray Nayler. Pas de connectome, ni de réceptacles, et pourtant la SF est au cœur du récit, puis qu’il s’agit de la fin du monde. On se croirait revenu aux fins du monde au ralenti de J. G. Ballard, sans la psychanalyse. Ici, tout est simple psychologie : Anton le bavard et ses paradoxes religieux, la pompière-parachutiste, et surtout le narrateur anonyme qui aspire à un repos bien mérité. Mais même ceux qui sont le mieux placés pour anticiper sont finalement impuissants face aux ravages du dérèglement climatique. L’épisode des reconstructeurs sur l’île est remarquable. J’espère que le recueil des Quarante-Deux remportera le succès qu’il mérite.

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