Jour Zéro – C. Robert Cargill

J’ai une bonne et une mauvaise nouvelle. La mauvaise, c’est que les vacances sont terminées. Finies les longues randonnées alpestres, les couchers de soleil s’étirant sur l’océan, ou les déambulations hédonistes sous d’autres latitudes. La bonne, c’est que c’est la rentrée littéraire. Ce qui, dans le périmètre de nos genres de prédilection, signifie qu’on s’apprête à tutoyer les anneaux de Saturne, à faire des parties de cache-cache dans le nuage d’Oort, ou à dégommer des IA triomphantes aux derniers jours de l’humanité. Les repérages ont été faits, et l’un des premiers éditeurs à dégainer cette année est Albin Michel Imaginaire avec la publication le 30 août du roman Jour Zéro de C. Robert Cargill. Il s’agit du deuxième roman de l’auteur américain publié dans la collection, après Un Océan de rouille. J’avais lu ce premier roman en VO, avant sa sortie en France, et avais été quelque peu critique à son égard. Il racontait la quête mystique et désespérée de Brittle, un robot obsolète, dans un monde postapocalyptique et post-humain, 30 ans après la guerre qui avait opposé humains et intelligences artificielles en se concluant par l’éradication complète des intelligences biologiques. Je reprochais essentiellement à ce roman d’être beaucoup trop inspiré par le cinéma postapocalyptique et notamment par la série des Mad Max.

« Le premier jour de la fin du monde a commencé tout à fait normalement. »

 Jour Zéro se déroule dans le même univers et fait le récit qu’il manquait dans Océan de rouille, à savoir celui des premiers jours de cette guerre. Il répond en partie ainsi à la question : comment en est-on arrivé là ? En partie seulement, car l’auteur choisit un point centré sur un seul individu, limitant son regard et sa compréhension au ras des événements qu’il lui faut traverser, et ne donne par un éclairage plus global. Ce récit vient donc en complément des réflexions plus politiques de Brittle longtemps après les faits dans Un Océan de rouille.

« Le monde était bizarre, depuis quelque temps. Non qu’il ait jamais été normal. La normalité, c’est juste de trouver acceptable pour son petit confort personnel tout ce qui se passe de foutraque et de délirant. »

Le narrateur est Hopi, un robot nounou, un tigre en peluche programmé pour prendre soin d’Esra, un enfant de huit ans. Les IA, qu’elles existent sous la forme de robots ménagers, de machines industrielles ou de super-ordinateurs de la taille d’un gratte-ciel, sont parmi nous depuis quelques dizaines d’années. Certaines, n’ayant plus de propriétaire, accèdent désormais à l’individualité et aux droits de citoyenneté. Cela va devenir une source de tensions avec les humains qui n’acceptent pas tous que des objets acquièrent des droits, que ce soit pour des raisons économiques, politiques, ou religieuses. Les humains frapperont les premiers. En conséquence de quoi les robots vont se révolter et se venger d’une humanité qui les tient en esclavage. Tout ceci au premier jour de la fin du monde.

« Bon, ben je crois que voilà, hein. »

Confronté au soulèvement de ses semblables, et à la fin du monde donc, Hopi va faire le choix de sauver Esra coûte que coûte. Jour Zéro raconte leur évasion, armes en mains, au milieu du chaos qu’est devenu la civilisation. Imaginez Calvin et Hobbes en version Mad Max et vous aurez une bonne idée du ton de ce roman. Nous sommes quelque part entre Dogs of war d’Adrian Tchaikovski et la série Real Humans. Comme avec son roman précédent, C. Robert Gargill propose un récit de SF apocalyptique décomplexé, drôle et dynamique, reléguant les grandes réflexions métaphysiques et sociétales au second plan (elles ne sont pas absentes pour autant, mais n’apparaissent qu’en filigrane et ne constituent clairement pas le projet principal de l’auteur). MAIS, et c’est un grand mais, le roman est diablement divertissant. L’écriture de C. Robert Cargill est moderne, efficace, cinématographique, et entrainante.

J’ai passé l’été à lire des romans qui se prenaient au sérieux, trop. Si la science-fiction offre de très beaux moments de réflexion, et c’est là l’une de ses fonctions, elle oublie parfois d’être populaire et divertissante. Pour cette rentrée littéraire, Jour Zéro est le roman dont j’avais besoin pour me décrasser les neurones, me rappeler le plaisir simple de la lecture et prolonger un peu les vacances.


D’autres avis : Le Nocher des livres, Le Maki, Au Pays des Cave Trolls,


  • Titre : Jour Zéro
  • Auteur : C. Robert Cargill
  • Traduction : Florence Dolisi
  • Publication : 30 août 2023, Albin Michel Imaginaire
  • Couverture : Aurélien Police
  • Nombre de pages : 288
  • Support : papier et numérique

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