
Un an très exactement après Les profondeurs de Vénus, Albin Michel Imaginaire a publié le deuxième tome du diptyque écrit par l’auteur canadien Derek Künsken, La Maison des Saints. Pour rappel, cette série s’inscrit dans l’univers de la trilogie du Magicien quantique en cours de publication chez l’éditeur, avec déjà deux tomes parus (Le Magicien quantique et Le Jardin quantique). L’action se déroule au XXIIIe siècle de notre ère, soit près de trois cent ans avant les événements rapportés dans Le Magicien quantique. C’est un monde différent, qui n’a que très peu à voir avec celui dans lequel l’homo quantus Belisarius Arjona préparera le casse du millénaire. Le lien est le découverte du premier trou de ver qui ouvrira l’Axis Mundi à l’humanité et lui permettra de se disperser à travers la galaxie. C’est cette « invention » fortuite à la surface de Vénus que raconte Les Profondeurs de Vénus et La Maison des Saints.
Si je me permets cette révélation, qui n’en est pas une, c’est qu’elle n’est qu’un prétexte utile à l’auteur pour écrire une histoire familiale ayant pour scène la planète Vénus. Le trou de ver, alors inexploité, est une trouvaille dont le potentiel économique aiguise l’appétit autant des misérables que des puissants – tel un fabuleux filon d’or ou un puit de pétrole lors de la conquête de l’ouest. La duologie de Derek Künsken n’est autre qu’un western contemporain propulsé vers de nouvelles frontières, celle du système solaire. L’antagoniste ici est le capitalisme sous la forme de la Banque de Pallas qui corrompt le gouvernement vénusien qui, à son tour, exploite et soumet la population de la colonie, et de ses coureurs qui miment l’atmosphère pauvre en ressources de Vénus à en crever. Les profondeurs de Vénus rappellent ainsi le Germinal d’Emile Zola où les Aquillon reprennent le rôle des Lantiers-Macquart et Vénus celui des mines de Mintsou. Un western moderne aussi dans le choix des personnages qui composent la famille d’Aquillon, découvreuse de l’objet des convoitises, et des thématiques qu’ils permettent à l’auteur de développer, un peu trop lourdement pour l’équilibre narratif des deux romans. Un western futuriste enfin par son approche hard-SF. Derek Künsken a pris le temps d’étudier la question vénusienne, et se montre crédible sur les conditions physico-chimiques qu’on y trouve sur la planète. Son atmosphère essentiellement composée de dioxyde de carbone, sa pression de 91 atmosphères terrestres, sa température moyenne qui dépasse les 450°C et ses pluies d’acide sulfurique façonnent le décors du roman et imposent des conditions de vie extrêmes aux colons de ce far far west. Les nombreuses et minutieuses descriptions de l’atmosphère de Vénus, et des techniques déployées par ses habitants pour y survivre, apportent au roman une dimension scientifique, spéculative et vertigineuse qui font le bonheur des amateurs de science-fiction ambitieuse.
« Assassinés l’un et l’autre pour un rêve d’étoiles. »
Malgré ses qualités, au premier rang desquelles la mise en place de l’univers, ce deuxième tome confirme les défauts que je trouvais à son prédécesseur. il est lui aussi très lent et met beaucoup de temps, et de pages, à véritablement démarrer. Il faut attendre la deuxième moitié pour que le rythme s’envole et que l’histoire se meuve. Künsken dilue son récit dans d’interminables passages qui relèvent de la disgression. Certes, on m’opposera que ces pages se consacrent aux personnages et leurs tragédies personnelles, mais bon sang que c’est long ! De plus, on touche là au second problème de la série, en ce qui me concerne, qui est la galerie des personnages. Quand bien même les intentions de l’auteur sont évidentes en ce qui concerne ses personnages, les dotant d’un caractère propre, d’une quête personnelle, de forces et de faiblesses, je n’ai jamais réussi à m’intéresser à leur sort et, cruellement, n’en avais pas grand-chose à faire lorsqu’ils venaient à disparaitre. La Maison des Saints me fait l’impression d’une très bonne histoire racontée par de mauvais interprètes. En comparaison, et dans le genre du planet opera, les personnages de la trilogie Luna de Ian McDonald étaient bien plus attrayants, et par là même convaincants. A l’endroit des passions, une belle collection de salauds parfois suscitent plus l’empathie tout en remplissant une fonction cathartique essentielle à ce type de récit.
Des Profondeurs de Vénus et de sa suite La Maison des Saints, je retiendrai une œuvre vertigineuse dans sa description d’un monde étranger et hostile, réussie dans son ambition d’y faire évoluer une humanité aux frontières des possibles, toutefois alourdie par sa lenteur narrative et des protagonistes sans charisme.
D’autres avis : Les lectures du Maki, Au pays des Cave Trolls
- Titre : La Maison des Saints
- Série : Les Profondeurs de Vénus T.2
- Auteur : Derek Künsken
- Publication : 29 mai 2024, Albin Michel Imaginaire
- Traduction : Gilles Goullet
- Illustration de couverture : Manchu
- Nombre de pages : 592
- Format : papier (25,90 €) et numérique (12,99 €)
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