Jurassic Park – Michael Crichton

Comme beaucoup, j’ai vu le film Jurassic Park réalisé par Steven Spielberg, sorti en 1993. En revanche, je n’avais encore jamais lu le roman de Michael Crichton dont il est tiré, bien que j’aie lu d’autres œuvres de l’auteur. Après avoir récemment chroniqué l’essai Jurassic Park et les sciences de Jean-Sébastien Steyer et Nicolas Allard, il me semblait souhaitable de combler cette lacune. J’ai donc profité de la trêve estivale — et de la réédition du roman chez Pocket en juin dernier, préfacée par notre ami Nicolas Allard — pour enfin m’y plonger.

Jurassic Park est sans doute le roman le plus célèbre de Michael Crichton, notamment grâce à son adaptation cinématographique signée Spielberg. Il est représentatif de l’univers de l’auteur, avec ses qualités et ses défauts. On y retrouve d’abord l’essence du technothriller, un genre dont Crichton est l’un des pionniers. C’est justement sur cet aspect que se dessine l’une des principales différences entre le roman et le film : Spielberg a opté pour un récit d’aventures familial, misant sur l’émerveillement suscité par le parc et ses créatures, tout en édulcorant de nombreuses scènes. Le roman, lui, est bien plus sombre et violent.

Dès les premières pages, le ton est donné. Des dinosaures se sont échappés de l’île Isla Nublar — où le milliardaire John Hammond a implanté son parc — et commencent à apparaître sur le continent en y faisant ce qu’ils font le mieux : chasser. Contrairement au film, le danger a déjà franchi les limites de l’île. Le roman se distingue également par la richesse de ses explications scientifiques, qu’il s’agisse de génétique, d’informatique ou de mathématiques, à travers notamment la théorie du chaos, très en vogue dans les années 1980 et chère au personnage du mathématicien cynique Ian Malcolm.

En allégeant considérablement ces dimensions scientifiques pour privilégier le spectacle grand public, Spielberg a offert une version plus accessible et moins exigeante. Autant de raisons qui font recommander la lecture du roman aux amateurs de science-fiction et de récits scientifiques documentés.

L’intrigue, dans ses grandes lignes, reste fidèle à ce que tout le monde connaît : un milliardaire parvient à recréer des dinosaures (du Crétacé, en réalité, et non du Jurassique) dans le but d’ouvrir un parc d’attractions, mais avant même l’inauguration, tout dérape — et presque tout le monde finit par se faire bouffer sur l’île. Les causes de la catastrophe sont, là encore, simplifiées dans l’adaptation cinématographique. Cela dit, les choix opérés par Spielberg ne sont pas tous regrettables, bien au contraire, notamment en ce qui concerne les personnages.

Michael Crichton concentre ses efforts sur l’aspect techno-thriller du récit, avec un scénario très construit, riche en détails scientifiques, mais au détriment de la profondeur des personnages — une faiblesse récurrente dans son œuvre d’après ce que j’en ai lu. Dans le roman, la plupart des protagonistes sont désagréables, au point qu’on en vient presque à applaudir le T-Rex et à se ranger du côté des vélociraptors.

Spielberg a eu la lucidité de retravailler les personnages pour susciter l’empathie du public. Certains ont vu leur personnalité profondément modifiée, d’autres ont tout simplement disparu de l’écran. Les écarts entre roman et film, en matière de traitement des personnages, sont souvent majeurs, tant dans leurs caractères que dans leurs destins. Par ailleurs, Crichton accorde peu d’attention à ses personnages féminins, et cela se ressent. Le roman, écrit à la fin des années 1980 et publié en 1990, baigne dans son jus. À la lecture, certains aspects pourraient aujourd’hui être qualifiés, sans trop forcer, de quelques « - ismes » peu flatteurs. Cette impression est d’ailleurs renforcée par une traduction française qui aurait mérité une révision. (J’ai comparé certains passages avec la version originale, plusieurs formulations m’ayant interpellé). Elle aussi est datée.

Enfin, les dinosaures sont plus nombreux dans le roman que dans le film — et ce sont, après tout, les véritables protagonistes de l’histoire. Ils y sont également plus justement représentés et décrits. Quant aux « erreurs » les concernant — qu’elles soient dues à des choix spectaculaires, à des imprécisions scientifiques de l’époque, ou à l’évolution des connaissances depuis — je ne peux que recommander la lecture de l’essai Jurassic Park et les sciences, déjà mentionné plus haut, qui revient avec précision sur ce point.

Malgré des défauts — notamment des personnages énervants, un côté daté  —, Jurassic Park de Michael Crichton mérite d’être lu. Plus sombre, plus riche scientifiquement, et bien plus détaillé que le film, le roman offre une expérience différente, plus intense, plus sombre, et plus critique sur l’éthique du progrès scientifique et de son utilisation par les compagnies privées. Jurassic Park reste une œuvre incontournable, et pour les amateurs de science-fiction, un des premiers romans qu’on peut rattacher au biopunk.

Et puis, bon : dinosaures ! Tout autre argument est superflu.


  • Titre : Jurassic Park
  • Auteur : Michael Crichton
  • Traduction : Patrick Berthon
  • Édition : 12 juin 2025, Pocket
  • Nombre de pages : 704
  • Format : poche (12,00 €)

3 réflexions sur “Jurassic Park – Michael Crichton

  1. « Crétacé Park », ça ne l’aurait pas fait, comme titre 😆 Le roman est donc différent du film, enfin, pardon, le contraire ! Le film n’a pas suivi tout à fait le roman, mais je peux comprendre, fallait attirer les gens dans les salles obscures. Un film que j’avais adoré et que j’aime toujours, mais j’ai zappé les franchises, qui ne m’ont pas plu du tout.

    Tu me donnes envie de lire le roman !

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  2. je l’ai revu récemment, tous les personnages méritent de mourrir dans d’atroces souffrances tellement ils sont têtes à claques (mention spéciale une fois de plus pour les enfants)

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